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Of Montreal : "Hissing fauna, are you the destroyer ?"
Poppy therapy

jeudi 4 octobre 2007, par Alexandra Jakob

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En hiver, le soleil assure le service minimum en Norvège. Il faut bien admettre que là-haut, ces conditions de travail se révèlent particulièrement pénibles. Ah, pour sûr, par -20°C et un blizzard à couper au kniv, même l’astre patron préfère larver tranquille sur son canapé devant un bon film. Mais bon, comme il faut bien bosser, notre étoile se lève paresseusement tous les matins vers 10 heures, se traîne péniblement jusqu’au milieu du ciel pour le déjeuner, baille un grand coup puis entame sa descente pour rentrer au paddock à peine 15 heures sonnées. Par chance, ses clients des fjords sont des gens bien élevés et résignés, même s’ils se plaignent parfois de ses prestations lumineuses défaillantes. Le soleil n’en a cure, du haut de son monopole absolu. D’ailleurs, chez quelques péquenauds lapons, il ne daigne même pas se lever du tout.

Pour toutes ces bonnes raisons, on ne saurait que trop déconseiller une Oslo hivernale à un être photosensible en provenance directe du Sud des Etats-Unis. Si en plus notre résident d’Athens, Géorgie, vient de rompre avec sa femme, on imagine aisément les effets de l’obscurité sur sa dépression carabinée.

Heureusement, Kevin Barnes, le leader d’Of Montreal, n’est pas un homme ordinaire. En grand habitué des peines de cœur, il a nommé son groupe en hommage à la ville natale d’une de ses ex. Il se trimballe également sur scène dans des costumes plutôt folklos, qui vont du simple slibard drapé à la panoplie de samouraï ancestral. Avec ses quatre musiciens, il s’est montré d’une prolificité rare en dix ans de carrière, puisque Hissing Fauna,are you the destroyer ? est leur huitième album.

Alors, vous vous doutez bien que quand Kevin Barnes touche le fond, il ne le touche pas comme tout le monde. Avec pour seul compagnon au pays des fjords son ordinateur portable, l’étrange luron s’est mis en tête de bidouiller un disque musicalement sautillant et synthétique, sur lequel il chante son mal-être d’une voix gonflée à l’hélium. Puisqu’en plus en Norvège les gens parlent un gloubiboulga viking, il a affublé ses morceaux de titres abscons. Une fois la chose bizarrement composée et baptisée, il l’a empaquetée dans un joli origami, a dessiné quelques jolies rosaces bariolées dessus et a balancé son disque tel quel aux quelques farfelus assez curieux pour l’écouter. Ils ne seront pas déçus du voyage. Hissing Fauna, are you the destroyer ? évoque un patchwork sonore fait de bric et de broc, dont les textes intelligents et profonds soulignent la grande capacité d’introspection de son auteur. The past is a grotesque animal, qui marque la frontière entre une première partie de disque pop et une seconde aux influences plus funk, incarne à la perfection ce dangereux voyage intérieur. Long de douze minutes, ce morceau hypnotique transporte dans une conscience à la fois profondément malheureuse, idéaliste et révoltée. Moins grave, le reste du disque évoque avec un rien d’ironie la cruauté des anxiolytiques (Heimdalsgate like a promethean curse), les interminables insomnies (Gronlandic edit) et autres joyeusetés indissociables de l’état dépressif. Car au lieu de se laisser aller sur son sort comme certains pleurnichards en ont fait leur fond de commerce, Kevin Barnes s’applique à trouver la joie là où elle n’est pas, et ce au fil de mélodies facétieuses pleines de synthés enfantins (Suffer for fashion, Bunny ain’t no kind of rider). Certes, on sent bien que le bonhomme va attraper une crampe à force de se forcer à sourire, que toute cette gaieté est profondément factice. Mais la méthode Coué a fonctionné. Kevin Barnes a quitté la Norvège pour retrouver le moral et sa femme. De là à dire qu’un disque aussi réussi valait bien une petite et temporaire rupture...



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Alexandra Jakob