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No-Man : "Together we’re stranger"
Quand les side-projects deviennent meilleurs que les groupes principaux

mercredi 11 juillet 2007, par Geoffroy Bodart

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Tout commence par une sorte d’interférence, un bruitage qui nous jette littéralement dans le disque sans se donner la peine de l’introduire. Cette sonorité presque agressive s’efface alors au profit d’une délicate nappe de clavier enjôleuse, d’un calme absolu, qui oscille et s’étire, et sur laquelle, après quelques instants, vient se poser la voix à fleur de peau de Tim Bowness : « We step outside and face the poison weather ». Nous voilà déjà gagnés par un frisson qui ne nous quittera pratiquement plus avant la fin de l’album.

Quoique déconcertante, l’introduction du disque s’avère cohérente avec l’ensemble de la discographie de Steven Wilson. Bien qu’indéniablement influencé par Pink Floyd, l’Anglais n’a de cesse d’essayer de briser cette filiation difficile à assumer, et l’on se rend compte que s’il avait débuté l’album sans avoir recouru à ce stratagème, la ressemblance avec Shine on you crazy diamond lui aurait été jetée à la figure. Mais plus qu’un artifice destiné à préserver son égo, cette étonnante entrée en matière pour un disque aussi apaisé a le mérite, après nous avoir interpellé une vingtaine de secondes, de nous permettre de nous plonger immédiatement dans la torpeur qui s’ensuit, dans un mouvement de chute, d’abandon. Débuter autrement aurait certainement nécessité plus de temps à l’auditeur pour entrer dans le monde éthéré de No-Man.

On s’en sera aperçu, le souci du détail et l’extrême fignolage dont fait preuve Steven Wilson à l’égard de ses créations est intact. Qu’il s’agisse de metal, de prog, de pop, d’expérimentations, le bonhomme veut aller au bout de son sujet et ne rien laisser au hasard. Il sait pour cela bien s’entourer. Pour donner vie à ce projet de pop alternative, il a jeté son dévolu sur Tim Bowness, qui co-composera l’ensemble des chansons et se chargera de l’écriture des paroles et du chant. Steven Wilson s’occupera pour sa part de la quasi-totalité des instruments et de la production.

Le résultat est d’une quiétude absolue. D’un minimalisme sidérant, les chansons ne demandent pas de la part des musiciens une interprétation simplement professionnelle et clinique pour fonctionner, mais une interprétation impliquée et investie. Loin d’être rédhibitoires et hermétiques, les expérimentations instrumentales (le long solo de guitare terminant la chanson-titre, guidé uniquement par le clavier, sans la moindre percussion) sont planantes à souhait et, sans aller aussi loin dans l’abstraction, renvoient parfois à Bass Communion, un autre side-project de Wilson auquel est, par ailleurs, emprunté ce son de clavier. Mais il y a surtout, en guise de guide de l’ensemble des compositions, un feeling pop et mélodique qui crève les oreilles. Les chœurs de Back when you were beautifull rappellent instantanément que c’est aux Beach Boys que Steven Wilson doit sa passion de la musique pop. Et même si l’ensemble de l’album est sous sédatif et en mode acoustique, il en demeure une accroche mélodique qui n’incitera jamais à la somnolence.

Musique progressive oblige, Together we’re stranger est pensé comme un tout. C’est ainsi que les quatre premiers morceaux n’en forment en réalité qu’un seul, d’à peu près vingt-cinq minutes. Les deux premières étapes sont tout simplement magnifiques. On a déjà parlé du morceau-titre qui ouvre le disque. S’ensuit All the blue changes, qui, sur une rythmique métronomique et de simples accords au piano, fait grimper la tension au-travers de lignes de chant pour lesquelles on se damnerait. Merveilleux. Le troisième morceau en forme de transition et la dernière pièce acoustique font un peu pâle figure à côté. Plaisant mais pas aussi indispensable que ce qui a précédé. Et que ce qui va suivre. Car les morceaux indépendants qui s’enchaînent, à l’exception du final The break-up for real assez classique, sont fabuleux. On a déjà parlé du très beau Back when you were beautiful. Pour donner une idée du style, on pourrait rapprocher ces deux morceaux de ce que font les Soulsavers. Ne reste que la pièce centrale, longue de dix minutes, de l’album : Photographs in black and white. Par mes aïeuls, je serais prêt à échanger une très large part de ma discothèque contre un seul titre de ce niveau. La première partie, tout en finesse, laisse la part belle au chant. On apprivoise doucement un titre plaisant et simple. Vient ensuite ce break à la clarinette qui ouvre le champ à une guitare qui semble grattée par Dieu le Père himself. La perfection existe, et elle est là ! Dans cette seconde partie de la chanson qui n’est rien d’autre qu’un concentré d’émotion qui nous fait perdre tout ce qu’on a dans ce crescendo mirifique. J’en fais trop ? No comment.

On l’a dit et on le répète, Steven Wilson n’est pas un débonnaire qui bâcle ses side-projects comme autant de joujous inconsistants qui ne poursuivraient d’autres objectifs que d’accorder une pause-détente à leur géniteur. La production, qu’il assume, est donc parfaite, et comme pour tous les albums dont il s’occupe, on peut à loisir s’attarder sur chaque instrument et savourer un son limpide. No-Man n’est toutefois pas un complément, un appendice de Porcupine Tree, qui plairait forcément aux fans et ne plairait qu’à eux. Ceux qui n’apprécient que le space-rock de Stupid dream ou le metal de Fear of a blank planet n’y trouveront peut-être pas leur compte. Certes, le chant de Tim Bowness est très voisin de celui de Wilson et on n’est pas forcément dépaysé. Mais la démarche, l’approche, le son et le fond sont fondamentalement autres. Bref, un des tous meilleurs disques de Steven Wilson.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

No-Man : "Together we’re stranger"
(1/2) 16 février 2008
No-Man : "Together we’re stranger"
(2/2) 26 juillet 2007, par rere




No-Man : "Together we’re stranger"

16 février 2008 [retour au début des forums]

"Together We’re Stranger" est le chef d’oeuvre de no-man qui pourtant avait déjà sorti plusieurs pépites auparavant ! ("Returning Jesus", "Flowermouth"...)
cet album de 2003 est le plus mélancolique et ce n’est pas un hasard si c’est aussi le plus épuré. il ne s’embarrasse pas de rhytmique ou de tas d’effets superflus. tout ici est à fleur de peau, nu, arride et l’album se mérite plus qu’il ne se donne. soit l’on est happé instantanément par l’atmosphere d’apesanteur qui règne tout au long des 7 pièces, soit le propos peu laisser dubitatif pour qui serait habitué aux seuls travaux récents de Steven Wilson.
la dernière solution serait pourtant bien dommage, car ce disque magique, miraculeux même, propose bien plus que les 2 ou 3 dernières productions ’mainstream’ de P.Tree. donc si vous n’avez pas accroché du premier coup, un bon conseil : replongez-vous, immergez-vous complètement dans l’univers singulier de no-man et de cet album magique !

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No-Man : "Together we’re stranger"

26 juillet 2007, par rere [retour au début des forums]

merci pour cet article ! Je ne connaissais pas ce projet de wilson... mais j’ai commandé l’album sur le champ... Album qui n’est d’ailleurs pas évident à trouver (d’où la nécessité de le commander) !

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