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Nine Inch Nails : "The slip"
L’inspiration au ras du caleçon

vendredi 28 novembre 2008, par Vincent Ouslati

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Trent Reznor est un artiste libre, qu’on se le dise. A la manière d’un Radiohead récemment (à la différence que ses derniers semblent dire que c’était une expérience unique), le marabout de l’industriel torturé s’est détourné de ces méchantes maisons de disques, de ces vilains managers et de toute cette armada de communicants pince-fesses qui auraient émis ne serait-ce que la plus légère opinion sur l’oeuvre du maître. De fait, The slip est proposé en téléchargement libre sur le site internet de NIN, laissant à chacun la possibilité d’acquérir le dernier halo en date sans pour autant aller se prostituer sur les boulevards pour l’acheter. Chose qui plaira aux fans, pour qui The slip a, parait-il, vu le jour tout spécialement. Bonne action, manifeste courageux, vraie liberté de ton, révolution markéteuse ? Peut-être un peu de tout cela, peut-être rien, je ne me permettrai pas de juger la forme. Par contre, le fond, donc la musique m’intéressait déjà plus. Mais à toucher du doigt le fond, je regretterai presque de ne pas en être resté à la forme justement...

Autant l’avouer dès le départ, le meilleur de Nine Inch Nails sera toujours pour moi Pretty hate machine. Jamais je n’ai pu retrouver dans la longue série qui suivit la même atmosphère d’angoisse glaciale, ces morceaux de mal-être qui s’insinuaient dans les tréfonds de vos conduits auditifs jusqu’à les empoisonner durablement. Tout ce petit monde malsain que je découvrais via un Reznor encore peu sûr de lui, doutant beaucoup mais parvenant déjà à ériger son mausolée de noirceur sur une friche industrielle, capable d’ouvrir à un public plus large une porte sur une musique complexe et dure à l’oreille vierge. Lorsque je pus écouter The downward spiral, je retrouvai des bribes de ces premières impressions, le son était un peu moins daté (sans pour autant me sembler meilleur), le travail sur les ambiances avait été impressionnant, le relatif amateurisme d’alors n’était plus de mise, NIN avait atteint le niveau technologique et musical qu’il était en droit de proposer à ses ouailles avides de déprime et de torture psychologique. Je ne cherchais pas un Pretty hate machine Vol. 2, je cherchais la même somme de sensations troubles que l’on m’avait offert à entendre précédemment, et The downward spiral n’y parvenait qu’à moitié.

Je vois d’ici les acharnés NINiens qui vont me balancer que je n’ai rien compris, que je suis trop coincé du fion pour apprécier à sa juste valeur ce qui est considéré comme la quintessence de l’œuvre de Reznor. Et les NINiens auront peut-être raison, il est probable que mon mal-être soit bien trop peu vivace pour que je puisse m’imprégner totalement des sonorités névrosées proposées par la suite. Pourtant, j’ai suivi avec attention chaque nouvelle sortie, chaque nouvelle chance de retrouver un peu de cette juvénile jouissance. Les années et les halos ont passés, vint le temps de The fragile, lourd double album variant entre l’indigeste et le sublime, With teeth, nettement plus accessible, trop pour certains, pas pour moi qui ai justement apprécié ces quelques plages plus originales et novatrices, de Year zero, des multiples projets annexes, mais jamais vraiment rien d’aussi fort, rien ou très peu qui me rappelle cette première grande rencontre. Les disques se suivirent, et se ressemblèrent quoiqu’on en dise, suivant les évolutions technologiques, suivant le rythme effréné des nouveautés en matière de bidouillages sonores. Mais loin de créer le mouvement, Nine Inch Nails avait laissé la place de porte-étendard à d’autres, sans toutefois baisser en qualité.

Cette année aura vu un Reznor multiplier les side-projects en tous genres. The slip se veut un résumé exhaustif de sa bougeotte actuelle. Halo 27, et me revoilà qui attend, patient. La pochette ne m’évoque rien, ce qui est assez rare chez NIN, qui a toujours su apporter un univers visuel très cohérent avec son univers sonore. Cet homme qui semble vouloir fuir, cette main qui le retient sortant de nulle part. J’imagine un Trent Reznor qui n’en a vraiment plus rien à foutre de la musique, la main serait celle du fan personnifié qui le soutient contre vents et marées, un fan (un adepte ?) qui souhaite poursuivre l’expérience, mème si elle se répète inlassablement, même si l’on n’attend plus rien d’autre que ces mêmes extractions sonores emplies de douleurs. En fait d’artwork, chaque titre a son propre pendant visuel, soit une forme géométrique plus ou moins complexe, parfois soulignée d’un mince trait rouge. Loin d’être un énième délire de graphiste (en l’occurrence Rob Sheridan et Reznor himself), il y a une parfaite cohérence entre les titres et les différents symboles. De ce point de vue, on ne se fout pas de la tronche du client, tout est peaufiné, de la première note à la dernière syllabe des crédits photographiques.

Le son n’a que très rarement été aussi synthétique, informatique et sombre. Abrupt, The slip l’est sans aucun doute, et les premiers titres, hormis la prenante introduction (999 999), sont d’un classicisme pas franchement inoubliable. 1000 000 est rentre-dedans, les boites à rythmes paraissent étrangement assez cheap, impression qui s’évapore au fil des écoutes, sans pour autant disparaître totalement. Letting you confirme le caractère remonté de Reznor, loin des tentatives disco-dansantes de With teeth, NIN revient bien à un univers plus oppressant, mais l’essence névrotique qui s’échappait avec malice des disques d’antan est moins perceptible. De fait, Reznor sans le mal-être, sans la névrose, ça devient du banal métal industriel. Et notre pape indus semble nettement plus relax aux entournures. Le Prozac n’est de toute évidence pas la meilleure chose à lui conseiller, il annihile son inspiration.

En parlant de manque d’inspiration, Discipline, bien que plus remuant et efficace, a discrètement récupéré son intro sur Only, l’auto plagiat n’est pas nécessairement une tare, vu que Discipline est encore l’un des meilleurs titres trouvables sur ce Halo 27. Mais la caricature n’est jamais bien loin, ce piano semble lui aussi provenir en droite ligne des chutes de Whith teeth, ça va bien cinq minutes le vidage de fonds de tiroirs, mais ça commence à devenir une habitude. Dans le vraiment médiocre, Head down a la palme. Sans intérêt, long et gonflé aux bidouillages à l’ancienne, même le chant est mal coordonné à l’ensemble, il n’y a bien que le refrain (et encore...) qui sauve du gros bide. Reznor a une coupable passion pour le piano, Lights in the sky est la petite touche de sobriété bienvenue dans ce marasme qui sent la machine et le trifouillage de consoles. Ça chuchote plus que ça ne chante, le piano se limite à trois effleurages de touches, ça ne vous fait tout de même pas tirer des larmes, la ballade angoissante intimiste au piano à queue, ça fait longtemps qu’on nous fait le coup, et celle-ci est loin de s’extraire de la masse.

Suivent deux plages instrumentales, tout d’abord un Corona radiata qui tient plus de la musique d’ambiance d’un planétarium de province que du bijou de maîtrise technologique. Je n’y vois d’ailleurs qu’une introduction au second titre instrumental qu’est The four of us are dying. Mais plus de sept minutes d’intro, ça fait long, même si le final est réussi et plus captivant, le tout sonne laborieux. Ce second instrumental, aux reflets orientaux et mystiques est nettement plus intéressant, musicalement parlant, sans pour autant captiver. Là, je commence à compter les minutes... Demon seed achève le tout, sans laisser de traces dans le cervelet, c’est juste très mou. Reznor paraît bien fatigué, comme l’auditeur d’ailleurs qui ressort de là franchement refroidi. NIN a t’il encore vraiment quelque chose de nouveau à nous offrir, j’ai d’affreux doutes sur ce point.

C’est bien beau de gâter ses fans avec de la muzak gratuite, mais la gratuité n’implique pas la médiocrité contenue dans un The slip qui, bien que gonflé d’une grosse patate au niveau du son, ne fait pas longtemps illusion. C’est vide, et ça n’excitera vraiment que les adeptes les plus fervents. Les autres passeront leur chemin et iront trouver de quoi satisfaire leurs NINeries dans les vieilles archives du sieur Reznor, nettement plus attractives.



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Vincent Ouslati





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Nine Inch Nails : "The slip"
(1/4) 30 mars 2009, par indecenthope
Nine Inch Nails : "The slip"
(2/4) 2 décembre 2008, par Killgore01
Nine Inch Nails : "The slip"
(3/4) 28 novembre 2008
Nine Inch Nails : "The slip"
(4/4) 28 novembre 2008, par K. Underhill




Nine Inch Nails : "The slip"

30 mars 2009, par indecenthope [retour au début des forums]

Indispensable ; c’est tout !

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Nine Inch Nails : "The slip"

2 décembre 2008, par Killgore01 [retour au début des forums]

S’il faut l’apprécier par rapport aux productions précédentes de NIN, il est évident que The Slip est le point le plus faible de la discographie du « groupe ». Pourtant, il était possible de détecter dans le passé les prémices de ce présent moins reluisant.

Reznor a au moins le courage de ne pas faire ce qu’on attend de lui, contrairement à la majorité des artistes que les medias nous servent par pelletées entières. Par cette attitude, il est condamné à décevoir. Décevoir les fans du premier jour qui n’accepteront rien d’autre que des resucées de Pretty Hate Machine ou de The Downward Spiral, fussent-elles des copies conformes sans aucune nouveauté. Décevoir les nouveaux venus arrivés là par les morceaux plus consensuels entendus ces dernières années et qui ne digèrent que le rock « classique ». Décevoir l’adepte de New Age (mais si, il en reste encore !) qui est tombé par hasard sur une pièce atmosphérique et se retrouve soudain face à des machines boostée aux décibels.

Il n’en reste pas moins que The Slip n’est pas foncièrement mauvais si on le compare à d’autres productions actuelles, son plus gros défaut résidant sans doute dans l’ordre des plages, affreusement mal agencé.

Je le vois comme un album de transition, en espérant que l’avenir confirmera cette sensation.

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Nine Inch Nails : "The slip"

28 novembre 2008 [retour au début des forums]

Slip, caleçon... c’est un peu culotté, jeune homme :D

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Nine Inch Nails : "The slip"

28 novembre 2008, par K. Underhill [retour au début des forums]

C’est un point de vue... Pour moi, The Slip reste bien dans la continuité du double album instrumetal (et gratuit lui aussi), sorti un mois avant : Ghost I-IV (dont cet article ne parle même pas... oubli ? ignorance ? mépris ?). Trent Reznor s’offre une petite gaterie, et quoi qu’il se dise ici, ca reste une fameuse cerise sur le gateau avant un futur album qui contiendra comme toujours des perles surprenantes (car NIN reste un des meilleurs groupes industriel et expérimental) !! Ceux qui comme moi, on connu la musique expérimental sur Amiga dans les années 80, sous protracker ou d’autres programmes de samples, savent que ca fait toujours chaud au coeur d’entendre des "bidouillages" devenir une vraie ligne de conduite pour une musique. C’est bien le mélange des genre qui fait de NIN un groupe complètement à part, ce n’est pas de la nostalgie, c’est une réalité !

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    Nine Inch Nails : "The slip"

    28 novembre 2008, par Vincent Ouslati [retour au début des forums]


    Mépris, oh que non. Mais un article parle en priorité d’un seul album, j’ai décidé de parler de The slip que j’ai bien écouté, je n’ai fait que survoler Ghost I-IV, et je me suis profondément emmerdé, donc il était inutile de faire des tartines là-dessus. Et la chronique n’étant pas que destiné aux acharnés de NIN, il me semblait préférable d’en rester à quelques albums marquants, plus les petits derniers, en fait de chronologie rapide pour les non-initiés.

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    Nine Inch Nails : "The slip"

    28 novembre 2008, par HE [retour au début des forums]


    C’est un papelard loyal, honnête et droit qui prend pas les gens pour des caves en prétendant qu’il y en aurait plus que ça dans le slibard. J’avais été convaincu cet été par Discipline, dans la petite saloperie de compile qu’on trouve souvent dans le D-Side, et par là, inconscient du danger, j’avais poussé jusqu’aux 4 Ghosts, où j’ai entendu qqs trucs EBM surgir de l’ambient, entre Eno (n°3), Art of Noise (n°29), Japan (n°30), bref eu mal au crâne finalement en me souvenant que ces petits numéros étaient destinés aux musicos, pas à moi -votre cas sous la colline confirme.

    Pour ce Slip je dirais qu’à chacun son année zéro. The Four Of Us Are Dying m’a plu autant qu’une séance de hammam -m’a plu, point. J’attends en piaffant le prochain album l’espérant disons...plus cartonné.

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