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Nine Horses : "Snow borne sorrow"
L’espion qui m’aimait

jeudi 27 octobre 2005, par Albin Wagener

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Après un Blemish déstructuré et violent dans ses dysharmonies, David Sylvian a décidé de s’associer à son frère Steve Jansen et au bricoleur électronique Burnt Friedman. Sous l’égide de ce nouveau projet intitulé Nine Horses, c’est un magnifique album qui voit le jour : un album qui intronise définitivement Sylvian comme l’un des plus grands crooners de ces dernières années, plus glamour que Sinatra, plus élégant que Scott Walker et plus mystérieux que Bowie. Mais aussi, un opus qui mélange jazz et ambiances électroniques minimalistes d’une façon sobre et feutrée. La grande classe, tout simplement.

Sans vouloir verser dans la métaphore couturière, ce Snow borne sorrow est une espèce de soie musicale, un véritable velours caressant pour nos oreilles. Neuf titres, neuf pièces maîtresses concoctées par trois musiciens pluri-instrumentalistes qui tissent avec délicatesse et un savoir-faire rarement égalé de véritables objets d’art. Car c’est un fait : cet album ne se consomme pas à la va-vite comme un album de rock séminal - et je n’ai rien contre le rock’n’roll, chers amis, soyez-en sûrs. Mais on ne peut pas comparer l’incomparable, et ici, c’est de grand vin qu’il s’agit. Cela se goûte avec parcimonie et attention, on le laisse fondre en bouche, on s’évertue à distinguer toutes les saveurs qui habitent l’élixir légèrement alcoolisé : de la dégustation. Oui mes amis, je le dis, cet album est à la pop/rock ce que le foie gras est à la terrine de campagne, et il risquerait même, si l’on n’y prend garde, de faire passer les derniers Echo & The Bunnymen (ici), Sigur Ros (ici) ou dEUS (ici) pour de la vulgaire pâtée pour chiens.

Intrigant et doux, voire carrément lascif par moment (notamment sur The librarian et son sensuel solo de clarinette), les neuf compositions portées par la voix de l’ex-chanteur de Japan n’en finissent plus de nous faire rêvasser avec béatitude en laissant dériver nos pensées jusque dans nos souvenirs les plus intimes. Si le premier single Wonderful world et son free jazz sombre font renouer Sylvian avec les moments les plus ténébreux de son vieil album Gone to earth, il dresse également un portrait plutôt cynique de la société dans laquelle nous vivons ; en effet, depuis World citizen (collaboration du chanteur avec le célèbre Ryuichi Sakamoto), Sylvian semble progressivement de plus en plus engagé dans ses visions du monde, alors qu’il s’était longtemps borné à des chansons sur l’amour ou sur des descriptions tristement bucoliques d’une nature endormie ou en passe de l’être, à la manière d’un poète maudit. Mais surtout, Wonderful world laisse à penser que la voix de David Sylvian pourrait fort bien accompagner la bande originale du prochain James Bond, tant la chaude tension qui s’en dégage met en lumière la voix de crooner du plus japonais des britanniques, d’autant que les apparitions vocales de Stina Nordenstam ne font qu’accentuer ce grand moment classieux où le bon goût se dispute à la langueur la plus osée.

On a aussi le droit à de belles pièces expérimentales : alors que le bruitisme minimaliste de Friedman ouvre le bal sur le morceau éponyme de l’album, il sait également se faire plus lounge sur la rythmique presque facétieuse de Serotonin. Alors effectivement, les morceaux sont longs, mais pour être tout à fait honnête, cela ne gêne absolument pas l’écoute de cet album, qui peut être englouti en une traite sans que l’on soit rassasié de son parfum calme et mystérieux. Prenons par exemple le très oriental A history of holes : malgré ses huit minutes, l’ambiance zen et quasi-ésotérique développée tout au long de la musique paraît se consumer beaucoup trop vite. Et puis bien sûr, sur cet album, il y a les chefs d’œuvre véritables, ceux que l’on retiendra dans la discographie de Sylvian : le folk stellaire de The day the earth stole heaven, qui pourrait accompagner votre réveil matinal et le rendre doux et serein, mais aussi l’électro-rock instantané et pour le moins surprenant de Darkest bird, un morceau qui fait penser aux univers torturés de Playing the angel, le dernier Depeche Mode.

Difficile de labelliser un tel trésor d’ambiances et de mondes engloutis, et il est infiniment plus facile de s’en faire une idée en se plongeant dans ce Snow borne sorrow comme on plonge dans un bon bain chaud ou comme on se laisse envoûter par l’odeur si particulière d’un thé chaud en plein hiver, alors que dehors, la pluie se fait battante. A la manière d’un massage à la limite de la décence, un véritable moment de détente et de génie musical.



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Albin Wagener





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Leather Pieces
(1/5) 26 décembre 2013
Leather Material
(2/5) 19 décembre 2013
Nine Horses : "Snow borne sorrow"
(3/5) 3 décembre 2006, par Alevin
Nine Horses : "Snow borne sorrow"
(4/5) 21 novembre 2005, par Youki Smayas
Nine Horses : "Snow borne sorrow"
(5/5) 27 octobre 2005




Leather Pieces

26 décembre 2013 [retour au début des forums]

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Nine Horses : "Snow borne sorrow"

3 décembre 2006, par Alevin [retour au début des forums]

Album magique, grandiose, la voix de Sylvian est à pleurer, tout est bon dans ce CD....jusqu’à la pochette minimaliste, du grand art David....

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Nine Horses : "Snow borne sorrow"

21 novembre 2005, par Youki Smayas [retour au début des forums]

Enfin un article qui focalise sur la musique et l’artiste plutot que sur l’attitude ou les textes. Thanx ;)

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Nine Horses : "Snow borne sorrow"

27 octobre 2005 [retour au début des forums]

comme quoi, Albin n’écoute pas que de la merde !

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