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Neil Young : "Living with war"
Canadian bacon

lundi 21 août 2006, par Marc Lenglet

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Neil Young, que l’on croyait relégué par l’âge à la composition de ballades champêtres et nostalgiques, vient de se réveiller subitement. Enlisement en Irak, troubles en Afghanistan, ouragan Katrina, ralentissement économique le terrain est fertile à la mise en oeuvre d’un album qui réveillera à la fois l’engagement du Loner pour les grandes causes et son attrait pour le Keep on rockin’ in the free world. Pour Neil Young, il ne fait aucun doute que la situation d’aujourd’hui réclame tout autant l’intervention des artistes que lorsque Pete Seeger et Bob Dylan appelaient à la révolution des cœurs et des esprits voici plus de 40 ans. A la gravité des temps répondra donc la gravité des chansons.

A l’instar d’autres opposants célèbres à la politique de la Maison Blanche comme Michael Moore et Nancy Sheehan, l’artiste porte le fer là où ça fait mal : les Boys qui meurent dans une guerre qui ne les regarde pas, dans une région qu’ils ne comprennent pas, pour des objectifs qu’on ne prend la peine de leur expliquer qu’en termes vagues et théoriques, tandis qu’au Pays de la Liberté, les catastrophes climatiques et la dégradation économique ne semblent intéresser que très modérément le gouvernement. Le procédé est adroit : espoir de lendemain qui chantent (After the garden), étalage de patriotisme bon enfant pour mieux cerner la duplicité néoconservatrice (Flags of freedom, Families), retour sur les errements du passé et leur absence de résultat (Shock & Awe) préparent le terrain à une injonction claire qui ne masque pas ses objectifs (Let’s impeach the President) et au souhait d’un leader éclairé pour sortir la nation de l’ornière militaire et morale dans laquelle elle gît (Lookin’ for a leader). Un leader qui, comme l’exprime Young dans un des meilleurs moments de l’album, « marche parmi nous en ce moment et est peut-être une femme ou peut-être un noir ». Le manifeste anti-Bush se termine néanmoins par un America the beautiful à donner le frisson, mais dont on hésite encore à déterminer s’il est ironique ou pas.

L’ambition est noble, mais on sent tout de même quelque peu la fatigue chez cet homme de 61 ans. L’escouade de musiciens à ses côtés ne sert pas à grand-chose : la guitare comme la rythmique manquent de hargne et de conviction tandis que la voix de Young, plus fragile que jamais, ne semble plus pouvoir clamer son rejet du Président et de sa politique aussi ouvertement qu’elle le souhaiterait. De même, si certains morceaux sont d’une efficacité incontestable (The restless consumer, Lookin’ for a leader), on ne peut pas dire que Neil Young a engendré une œuvre destinée à rester dans les annales. Tous les morceaux ont tendance à fonctionner plus ou moins sur le même mode, à l’instar du Greendale de 2004 à la construction et au principe intéressants, mais qui déployait un ennui de plus en plus pesant au fil des plages. On peut poser le même constat sur les textes : ils sont directs, clairs et fonctionnels mais la subtilité n’est pas leur caractéristique principale. Cela peut s’expliquer par le biais résolument « protest-song » pris par le Loner. L’objectif est moins de concevoir une œuvre intemporelle que de toucher sa cible, à savoir l’Américain moyen peu intéressé par ce qui se passe dans les coulisses de Washington, en maximisant ses chances de le convaincre. Les chœurs - plutôt réussis - en arrière plan, le côté « slogan » de certains refrains, tout concorde à tracer un parallèle entre cette production de 2006 et la bande audio d’un sitting contre la guerre du Vietnam, où une foule d’étudiants barbus et chevelus auraient scandé des hymnes pacifistes. Ma foi, à 40 ans d’intervalle, l’illusion est charmante et fonctionne bien.

Qu’il soit clairement affirmé que Living with war est une œuvre de propagande. Son auteur ne s’en cache d’ailleurs pas : Young a ses convictions, ses désirs et ses souhaits pour l’avenir de son pays d’adoption, et les fait partager au plus grand nombre sur le mode musical. La production brouillonne, le simplisme volontaire des paroles, le manque de finesse dans l’instrumentation ou encore, le mode de distribution prioritairement choisi par Neil Young (en streaming gratuit sur le web) laissent à penser que cet album a été composé sur un coup de tête - parce que marre c’est marre - et que Neil Young s’intéresse beaucoup plus à son impact réel qu’à ses possibilités de vente.

En tant qu’Européens, on peut légitimement ne pas se sentir concerné par les opinions de Young sur la politique étrangère américaine. Neil Young, lui-même Canadien, a d’ailleurs écopé de nombreuses critiques lui enjoignant de se mêler de ce qui le regardait. On se sentira d’autant moins concerné que l’album n’a véritablement rien d’extraordinaire, et que l’emportement et l’urgence y prennent le pas sur la réflexion et la qualité. Reste que l’esprit général de Living with war est assez unique de nos jours. Si tout artiste bien comme il faut y va de sa minute de Bush-bashing, aucune pointure - sauf Ministry mais c’est pas vraiment le même trip sonore - n’avait encore consacré un album entier à cette fin. Dans cette optique, Living with war est une curiosité, un vestige d’une autre époque, qui mérite amplement un petit crochet vers sa dizaine de titres, histoire de juger par soi-même de la pertinence ou non de l’action de Neil Young. Et puis, à tout prendre, si les manifestants européens bien-pensants du dimanche pouvaient entonner Lookin’ for a leader ou Living with war en lieu et place d’une cacophonie de vieux slogans crypto-communistes, ça nous ferait des vacances...



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Marc Lenglet





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Neil Young : "Living with war"
(1/3) 17 septembre 2006, par Blablabla
Neil Young : "Living with war"
(2/3) 22 août 2006, par Nicolas
Neil Young : "Living with war"
(3/3) 21 août 2006, par Faust




Neil Young : "Living with war"

17 septembre 2006, par Blablabla [retour au début des forums]

Tout a fait OK avec cet article : ni chef d’oeuvre folk bucolique, ni folk-rock enflammé,... Juste un album de plus, plus politisé que d’habitude ? Oui, pour l’essentiel oui mais ce n’est pas forcément dommage.
J’attendais depuis plusieurs années un vrai retour à des guitares puissantes et à des refrains accrocheurs (puisque le Loner créée souvent par cycle de 2-3 albums folk/rock/live, etc) : je ne suis pas déçu, sans être enthousiasmé, mais au final juste satisfait que le vieux rocker soit toujours là, égal à lui-même, à creuser son sillon, avec ses qualités comme ses défauts.

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Neil Young : "Living with war"

22 août 2006, par Nicolas [retour au début des forums]

http://www.myspace.com/neilyoung

Pour l’album écoutable en entier en streaming..
Il y a meme d’autres liens ailleurs.

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Neil Young : "Living with war"

21 août 2006, par Faust [retour au début des forums]

Il est clair que cet album est plus une réaction "spontanée" qu’une véritable oeuvre musicale .
Reste que vous faites bien de souligner le fait que Neil Youngn’avait pas l’intention de nous pondre un album de la trempe de Harvest ... Mais quelle voix !

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    Neil Young : "Living with war"

    22 août 2006, par bernard  [retour au début des forums]


    Il s’agit en effet d’un coup de chaleur du loner, mais je suis totalement d’accord avec la conclusion de l’article, que nos hommes (et femmes) politiques en prennent de la graine car on tourne en rond avec tous ces discours convenus, incapables d’apporter des objectifs qui fassent naitres un peu d’espoir pour une jeunesse égarée. Neil Young reste encore le seul dinosaure qui a quelque chose d’interessant à raconter même si c’est parfois fait de façon maladroite, il restera un un artiste majeur et le seul qui ait réussi à me captiver, le seul que j’écoute encore depuis le Buffalo Springfield .

    bernard

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