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Naked Lunch : "This atom heart of ours"
Un cas pour trois

mercredi 11 avril 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Fut un temps où le groupe d’Oliver Welter ne savait plus où donner de la tête : ballottés entre Londres et New York, têtes d’affiche en pleine période grunge, les Autrichiens s’en donnaient à coeur joie dans la scène rock. Leur nom était aussi réputé que celui de Nirvana ou Pearl Jam, pour ne citer qu’eux. Puis vint le flop monumental Love junkies, et le groupe sombra dans un oubli que d’aucuns pourraient qualifier de tragique.

Et bien pas tant que ça, monsieur le procureur. Car c’est curieusement grâce à ce dramatique passage à vide que nos chers collègues ont pu rebondir et surtout réinventer un son complètement neuf. Exit les riffs ravageurs et le rock nerveux et complexé ! Fini tout ça. En effet, ce que les auditeurs découvriront ici ressemblera en fait bien plus à un heureux croisement entre Grandaddy et Radiohead. Oh ! Elle exagère, glapirez-vous d’un air chafouin. Mais en vérité, je vous le dis, vous ne glapirez pas longtemps à l’écoute des toutes nouvelles compositions du trio germanique. Je me permets même d’avancer en toute bonne foi que This atom heart of ours est probablement l’une des meilleures suprises que cette année nous aura offerte, bien loin des mornes paillettes des seconds couteaux proposés par certains groupes qui, naguère, jonchaient encore les pages de prestigieux magazines musicaux.

Naked Lunch n’a de toute façon plus l’ambition de révolutionner le rock. On sent au son de ce nouvel opus un désir de voguer vers des contrées plus apaisées, bien qu’un rien psychédéliques. Parfois, c’est une pop à la John Lennon que l’on peut retrouver sur Waterfall et Military of the heart. Et par ailleurs, à aucun moment on ne pourrait deviner que Naked Lunch est en fait un groupe autrichien. Oui parce que bon, l’Autriche, mis à part Sissi, les palais impériaux, la bière, les sports d’hiver, les saucisses et Jörg Haider, ça ne fait pas forcément rêver plus que ça. Mais alors que dire devant l’orgue somptueux qui déclare sa flamme à In the dark ? Rien. Se taire suffira, merci. De Town full of dogs à Into your arms, on ne peut pas dire que Naked Lunch s’énerve et se tortille dans tous les sens. Plutôt que de s’évertuer à reprendre le train en marche, This atom heart of ours préfère simplement tricoter une simplicité évanescente.

Ce qui peut étonner depuis le retour aux sources de Naked Lunch, mis à part cette folk progressive aux sonorités déroutantes et travaillées, c’est surtout les thématiques très flower power travaillées au corps par Welter et sa bande. L’amour, toujours l’amour, encore l’amour. C’est une véritable cathédrale aux affections humaines que brode ainsi cet album. Mais attention, point n’est ici question de broderie pataude et superficielle, non, là on parle soie, on parle velours, on parle gobelins. On parle de trois hommes des montagnes à la peau usée et au regard apaisé qui ont dû bouffer bien plus de vie rock’n’roll que certains n’en rêvent. On parle de trois musiciens qui ont simplement décidé de faire ce qu’ils aimaient, avec grâce et sincérité.



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Clarisse de Saint-Ange