Pop-Rock.com



Nada Surf : "Lucky"
Bonne ou mauvaise pioche ?

lundi 22 décembre 2008, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Marianne Faithfull : "Kissin Time"
Keren Ann : "Nolita"
Miss Kittin & The Hacker : "Two"
Vincent Delerm : "Les piqûres d’araignée"
Zita Swoon : "A song about a girls"
Superbus : "Pop’n gum"
Etron : "A world of nerds"
Art Brut : "Bang Bang Rock & Roll"
Deine Lakaien : "White lies"
Stille Opprör : "s.o 2"


Nada Surf, ou la parfaite incarnation de la machine à chansonnettes estivales. Ça ne fait jamais mal, c’est du concentré de positivisme gras comme un chouchou, ça s’écoute les tongs aux pieds et le bob vissé sur le crâne. C’est peaufiné au-delà du raisonnable, ça ralentit votre rythme cardiaque jusqu’à la syncope, et même lorsque ça grimpe dans les décibels de temps à autre, il n’y a pas de quoi vous affoler le palpitant. Vous pouvez y revenir chaque jour, vous ne verrez jamais le temps passer tant ces damnés new-yorkais savent rendre leur power pop aussi léger qu’une sucrette. Lucky ne fera pas exception dans leur discographie, bien que les sucrettes aient été cette fois un peu trop longuement diluées dans la tisane.

Nada Surf et son tube planétaire de 1996 avec Popular, tout un programme. Fini l’anonymat rassurant, et bonjour le statut pas toujours enviable de machine à hits en kit. High/low avait déjà tout d’un grand album, Let Go en sera la plus belle des évolutions. Nada Surf s’était fendu d’une parfaite synthèse de rock "good vibe", popisant mais pas dégoulinant, idéal pour évacuer le stress de votre dure journée de labeur. Une très efficace succession de titres apaisants et travaillés, relevés par ci par là de quelques morceaux plus énergiques et accrocheurs. Ca sentait le tube imparable sans pour autant donner l’impression que tout avait été formaté dans ce sens. The weight is a gift, sorti en 2005, m’avait laissé un léger goût de redite, bien qu’irréprochable et contenant comme son prédécesseur de petits bouts de singles épatants, ne laissant aucun doute sur le savoir-faire des californiens. Cependant, j’en restais tout de même à Let go qui me semblait avoir atteint la perfection à tous les niveaux.

De fait, première écoute de Lucky, nous sommes en terrain connu, toujours ces lignes de guitares inventives et désespérément belles pour certaines, ces chœurs masculins en fond d’écran, et Matthew Caws en tête, parfaitement en osmose avec les mélodies. Lucky débute par une jolie ballade avec tout ce qu’il y a de positif dans l’esprit, ciselée, élégante, douce entrée en matière, See these bones met tout de suite d’accord l’auditeur le plus aigri, Nada Surf n’a pas pour habitude de tromper son monde. Cependant, une légère inquiétude vous prend si l’on tente une écoute linéaire de l’album. Certes, on ne leur connait pas des penchants pour le speed-metal, et c’est pas demain la veille que Matthew gueulera au micro "Gloire à Satan" tout en suçant une chèvre. Mais en tant qu’habitué du bistrot, on était tenté de voir apparaitre un petit morceau un peu plus relevé que la moyenne entre trois certes jolies salades. Or, on les cherche en vain les petites sauces piquantes tout du long de ce Lucky, on a beau retourner le disque dans tous les sens, on n’en extrait qu’une essence de power pop tout ce qu’il y a de respectable, mais rien qui pimente un peu le tout. Après moult écoutes, il faut reconnaitre que Nada Surf a mis nettement plus de lait dans son parfait milkshake habituel.

Rien pourtant qui nous fasse dire que Lucky est médiocre. A n’en pas douter, c’est un album très luxueux, mélodies, textures, chants, backing vocals, musicalement, c’est une réussite. Le bémol proviendrait étonnamment de la batterie, parfois un rien trop mise en avant, regrettable au vu du travail des guitares, qui est encore une fois à se damner. Les soubresauts sont à trouver du côté de From now on ou encore The fox, étrange morceau, différent en tout points de ce à quoi la bande de gentils rockeurs nous avait habitués. Très porté sur les cordes, sombre voire oppressant, c’est une des très bonnes pioches de Lucky. Des invités de prestige viennent de temps à autre apporter leurs petites touches personnelles, que du beau linge en vérité. Entre Ben Gibbard de Death Cab For Cutie, Phil Wanderscher, Ed Harcourt et John Roderick de The Long Winters, Nada Surf nous fait profiter de son carnet d’adresses. Les apparitions des différentes guest stars sont d’ailleurs bien amenées, offrant quelques moments que l’on qualifiera de vraiment sympathiques. Sans dénaturer en rien le son de Nada Surf, la présence entre autres du trompettiste Martin Wenk de Calexico apporte indéniablement un plus.

La meilleure livraison de Nada Surf ?, on serait tenté de tirer un joker pour éluder la question fort embarrassante, car oui, Lucky est un excellent album, superbement travaillé, agrémenté de fort jolies mélodies qui feront le bonheur des soirées scouts dans les dix prochaines années. Les réticences pourraient apparaître dans le sens ou autant de sucrettes ingurgitées en un seul disque finissent par provoquer l’ennui. Et peu de titres sont aussi accrocheurs que Popular ou always love en leur temps. Un grand album ne se limite pas à deux excellents singles et une poignée de bouche-trous. Pour Lucky, ce n’est pas le cas, il n’y a que des bons morceaux, mais rien qui sorte du lot, d’où la petite déception qui pointe le bout de sa perfide oreille. A vous de voir, selon votre humeur, si vous vous sentez des envies de petites douceurs ou si vous cherchez quelque chose de plus épicé.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati