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Mudhoney : "Under a billion suns"
Sous le soleil de Seattle

mercredi 5 avril 2006, par Marc Lenglet

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A eux seuls, ils incarnaient une certaine idée du rock alternatif avant même que la scène de Seattle ne devienne le point de gravité mondain de toute la planète rock. Aujourd’hui, presque deux décennies plus tard, la plupart des léviathans de cette mouvance font partie de l’histoire. Mais contrairement à la plupart des formations incertaines qui prirent le commandement d’une relève vite avortée (Staind, Puddle of Mudd, Nickelback et autres gagne-petit...), Mudhoney reste fidèle à son poste et à son credo d’origine. Et d’une manière furieusement enthousiasmante.

Je le reconnais franchement, il m’a fallu du temps pour trouver des qualités à Nirvana, Pearl Jam et leurs semblables. En digne défenseur du hard-rock coloré des années 80, j’ai éprouvé beaucoup de difficultés, à l’époque, à admettre l’intérêt d’écouter des mecs jouer quelque chose que j’aurais pu reproduire moi-même en quelques semaines de pratique assidue, et visuellement aussi mal fagotés que je pouvais l’être chaque matin. Le jour de la mort de Kurt Cobain ne m’a laissé comme seuls souvenirs qu’une meute de poings enragés par mon indifférence. Une fois le tumulte apaisé, le metal classique commençant tout doucement à me peser sur l’estomac, je pus donc me mettre paisiblement à l’écoute attentive de ce courant majeur des vint dernières années. Et en ce qui concerne Mudhoney, je me souviens surtout d’une formation un peu atypique, moins prévisible que la majeure partie de ses contemporains, mais que je n’avais jamais eu le temps d’approfondir en détail. Ceci, histoire poser les bases de cette bafouille, de manière à ce que personne n’aille s’imaginer avoir ici affaire à un exégète de Mudhoney.

Et donc, voilà ce groupe injustement délaissé par mon humble personne qui resurgit aujourd’hui, quatre ans après sa dernière livraison, avec ce qui constitue à mon sens l’une des meilleurs productions rock que j’ai eu l’occasion d’écouter depuis plusieurs mois. Les ados pionniers de la fin des années 80 ont bien grandi et démontrent ici brillamment que les quasi deux décennies qui se sont écoulées depuis leur fondation sont très loin de les avoir transformé en dinosaures du rock, ces vestiges d’un autre temps que l’on écoute souvent par habitude ou par nostalgie.

Si Under a billion sun ne délivre rien qui puisse s’apparenter à l’idée communément admise en 2006 d’un single, il n’en propose pas moins une constance parfaite dans l’efficacité et les capacités de séduction, capacités dont la barre a été placée très haut. C’est suffisamment rare aujourd’hui pour qu’on prenne la peine de le signaler, mais non seulement Under a billion suns ne souffre d’aucun ratage majeur tout au long de ses onze plages, mais j’ajouterais même qu’il ne souffre d’aucune baisse de régime. Dans des registres qui changent pratiquement à chaque morceau, Mudhoney réussit le sans-faute presque parfait, passant sans dégâts de rivages plus pop et mélodiques (Endless yesterday), à des envolées nettement plus décapantes (On the move), conservant le coté décalé et bon enfant qui les caractérisait, tout en versant parfois dans un pessimisme dont on savoure la glauquitude assumée (In search of). On savourera tout particulièrement les réelles bouffées d’air frais, ces pistes plus opaques, qui fricotent avec de légères tendances noisy (Where is the future ?, Blindspots) où des guitares grasses et une basse vrombissante se mêlent à des cuivres psychédéliques du meilleur aloi. Celles qui apportent la preuve que Mudhoney ne se limite pas à faire vibrer la corde sensible chez ceux qui les suivent depuis leurs débuts, mais envisage l’avenir comme une constante remise en question, un renouvellement et une volonté de progrès qui ne trahit en rien leur marginalité originelle.

Au fil des années, Mudhoney ne semble s’être que bonifié. Rarement le groupe de Seattle aura livré des morceaux aussi radioactifs, dont les thématiques plus surréalistes et gentiment sarcastiques que réellement subversives témoignent d’une formation qui accepte l’idée du temps qui passe et, à l’instar des meilleurs vins, ne s’en montre que plus capiteuse. Under a billions suns m’a totalement bluffé. Moi qui pensait que le rock de début des années 90 ne subsistait plus que par réminiscence coupable ou pathétique substitut, je découvre qu’il peut encore brillamment donner le jour à un rock authentiquement chaotique, faussement engourdi, véritablement hérissé d’éruptions aussi soudaines que revigorantes. Un must pour découvrir réellement cette formation si, comme moi, vous n’avez que trop tardé à le faire...



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Mudhoney : "Under a billion suns"
(1/2) 20 novembre 2006, par Nipojom
Mudhoney : "Under a billion suns"
(2/2) 5 avril 2006




Mudhoney : "Under a billion suns"

20 novembre 2006, par Nipojom [retour au début des forums]

Pour revenir au fameux "j’aurais pu le faire moi même", il y a toujours eu de très bon copistes.
Mais un copiste n’a pas le talent pour créer des oeuvres originales remarquables.
La technique est une chose, la créativité en est une autre.
Alors bien sûr c’est relativement simple de jouer du Nirvana, mais combien de groupes sont capables de trouver des mélodies aussi efficaces et d’y mettre autant d’énergie sur scène ??
Pas des masses si j’en juge par les productions moyennes de ces derniers mois.

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Mudhoney : "Under a billion suns"

5 avril 2006 [retour au début des forums]

La quintessence de 30 ans de rock... new yorkais !
Grandiose. On y retrouve les Stooges, Television, les Dictators, les Ramones.
La guitare sur Endless Yesterdays me donne autant la chair de poule que Friction de Tom Verlaine.
Merci Marc

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