Pop-Rock.com



Mortiis : "The grudge"
Rancunier comme un troll

samedi 2 octobre 2004, par Marc Lenglet

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Dragons : "Here are the roses"
Tom Waits : "Real Gone"
Guns N’ Roses "Chinese Democracy"
Frigo : "Funambul"
Yo La Tengo : "I am not afraid of you and I will beat your ass"
Miossec : "1964"
I Am X : "Kingdom of welcome addiction"
Manic Street Preachers : "Journal for plague lovers"
Blumfeld : "Verbotene Früchte"
Nickelback : "Silver side up"


Le troll Mortiis, homoncule contrefait et vaguement schizophrène, est une des entités les plus étranges de la scène musicale. Perpétuellement grimé de manière à ressembler à l’infâme bestiole du grand nord, Mortiis est un spécimen à part sur la scène musicale, sa spécificité résidant dans une vision musicale d’une modernité glaciale qui tranche avec son accoutrement et sa parure très connotés.

Après avoir traîné ses guêtres durant quelques mois au sein du célèbre combo de black metal Emperor, Mortiis s’est rapidement mis en tête d’élaborer son univers et sa mythologie personnelle. A force d’incursions, d’abord timides puis de plus en plus franches, dans la musique électronique la plus sombre, les derniers éléments qui le rattachaient encore à la scène metal sont depuis bien longtemps passés par pertes et profits, et Mortiis peut aujourd’hui se considérer comme un des plus célèbres représentants de la scène dark-electro, au point de montrer aujourd’hui en public une certaine condescendance pour ses origines metal.

Plus que jamais hermétique à la stagnation, l’horrible créature s’enfonce avec The grudge encore plus profondément dans la sphère électro. Si son oeuvre précédente, l’excellent Smell of rain, renouait avec des sonorités synthétiques agréablement proches de la new wave, les ambiances parfois épiques de l’album précédent ont été sévèrement mises en retrait au profit d’un climat chaotique, malsain et lourd de menaces, un tourbillon sauvage de sonorités électriques et électroniques qui ont grandi à l’ombre de la délinquance sonique de Skinny Puppy, Ministry et Nine Inch Nails. Comparé à ces illustres pères fondateurs, le troll semble vouloir mettre l’accent de manière plus visible sur l’apport électronique, et sa musique y gagne en accessibilité.

Le titre éponyme, s’il s’avère d’une grande facilité d’écoute et s’approche d’une certaine forme de dance hypnotique, reste pourtant efficace d’un bout à l’autre, tandis que le bien nommé Decadent & desperate lorgne plutôt du côté de la techno hardcore. Sur le reste de l’album, Mortiis joue sur l’alternance de sections brutalement bruitistes et de minimalisme, d’éruptions de colère et d’aliénation apaisée. On repère sans difficultés le creuset d’influences à avoir marqué le Norvégien au nez crochu, jusqu’à certains passages faisant clairement référence à des morceaux comme I’m afraid of Americans de Bowie ou Jesus built my hot rod de Ministry. Tout n’est pourtant pas inspiré et génial de bout en bout, loin de là, mais globalement, la créature s’est encore une fois débrouillée pour accoucher d’une bombe sonore. On passera sur le chant, rageur et écorché, mais de facture assez quelconque. De toute façon, Mortiis semble n’en avoir cure. Qu’on le considère comme un produit commercial ou un artiste maudit semble l’indifférer au plus haut point. Seule lui importe sa vision de son futur parcours artistique.

The grudge est à Smell of rain ce que Nine Inch Nails est à Depeche Mode, une évolution marquée et consciente vers le côté le plus obscur de l’existence. Le passage de l’un à l’autre se déroule selon une continuité assez logique, même si la transition est plutôt brutale. The grudge - et Mortiis en général - ne laisseront de toute façon personne indifférent, ni ceux qui connaissent déjà ses précédentes réalisations, ni ceux qui le découvriraient seulement aujourd’hui. En tout cas, en voilà un qu’on ne pourra pas accuser de jouer sur son physique avantageux pour vendre !



Répondre à cet article

Marc Lenglet