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Morrissey : "Ringleader of the tormentors" Le crépuscule des dieux ? jeudi 11 mai 2006, par |
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Branle-bas de combat chez Pop-Rock ! Personne ne semble décidé à traiter du cas de la nouvelle livraison de Stephen Patrick Morrissey, dont on pourrait parfois penser qu’il constitue un membre à part entière de la Rédaction. Les apologistes habituels détournent pudiquement la tête, gênés d’avoir à avouer que l’ancienne âme des Smiths leur a cette fois refusé leur extase habituelle. Alors, qui vient-on tirer de sa retraite pour prêter une oreille attentive aux atermoiements de l’idole d’une partie non négligeable de l’équipe ? Le chroniqueur metal, pardi. Après tout, il écoute successivement Superbus et Cannibal Corpse sans en crever d’indigestion, le chroniqueur metal. Ce n’est tout de même pas un petit Morrissey qui va lui peser sur l’estomac.
Et puis au fond, sans partager la dévotion de nombre de mes collègues rédacteurs pour Morrissey, je dois admettre que j’apprécie beaucoup le bonhomme, moins pour ce qu’il est (un végétarien dépressif et nombriliste, quelle horreur !) ou les sentiments qu’il exprime que pour la manière dont il le fait, chant et talent d’écriture compris. Et si You are the quarry n’avait pas figuré dans mon Top 5 de l’année 2004, il n’avait raté le podium que d’un cheveu. Le nouvel album et sa pochette en clin d’œil à la Deutsche Grammophon démarre plutôt bien, lui aussi : la première plage, I will see you in far off places, ceinte de volutes orientales, accroche plaisamment l’oreille, tout en demeurant un poil trop prévisible. Les senteurs orientales, tout le monde semble s’y mettre aujourd’hui à vrai dire. Non que Morrissey n’ait pas droit lui aussi à injecter quelques touches d’ûd ou de sitar dans ses chansons, mais à force d’être utilisée à tort et à travers par les premiers clampins venus, on en arrive à déplorer qu’un artiste d’une toute autre envergure se laisse aller à utiliser cette ficelle devenue un poncif au fil des années. Quoiqu’il en soit, le crooner semble être sous le charme de son nouvel exil romain, au vu des références à la Ville Eternelle qu’on découvre au gré des plages, de la solitude spirituelle de Dear God please help me jusqu’à l’excellent You have killed me, single terriblement obsédant où flotte l’ombre de Pasolini et que les Morrisseylogues du monde entier se sont empressé de relier à un supposé « passage à l’acte » de leur idole aux hormones incertaines. Moins polémique que son prédécesseur, Ringleader of the tormentors renoue avec la grande tradition du déballage de sentiments déçus chère au dandy mancunien. Ce n’est pas forcément un point sombre : You are the quarry, malgré sa carrure, pêchait parfois par une tendance à enfoncer les portes ouvertes et à mitrailler des cibles trop évidentes pour juger la démarche audacieuse. Il s’agissait par ailleurs de la seule réelle faiblesse de ce chef-d’oeuvre, que la richesse de la langue déployée gommait instantanément. Alors que Ringleader of the tormentors déroule ses appâts, tout ce que l’esprit de Morrissey peut renfermer de tragédie sentimentale, de souffrance émotionnelle et d’incompréhension rejaillit tout au long des douze morceaux : abandon, complexe oedipien refoulé, auto-flagellation, dégoût de l’existence, les habitués retrouveront avec une joie évidente le cynisme désabusé qui constitue une part importante de la pensée de l’artiste. Quitte à se retourner sur sa propre jeunesse, au cas où le présent serait un peu trop serein ? Un titre comme I just want to see the boy happy pourrait le laisser penser. Fait assez curieux : au terme de ces quarante minutes de détresse et de pessimisme, Morrissey quitte la scène sur une note éminemment positive, sur At last I’m born, titre plein d’espoir et de lumière. Et dramatiquement faiblard. A croire que certains ne sont pas conçus pour les ondes positives... Etrangement, il subsiste un goût de trop peu au terme de ce Ringleader of the tormentors. Une impression difficile à définir. Il n’y a guère de raisons d’être fondamentalement déçu mais, pourtant, on ressent quelque chose comme un manque. Pas ce manque bien connu qui s’abat sur vous quand on constate qu’un fantastique album arrive déjà à son terme. Non, il s’agit d’autre chose de difficilement quantifiable. Evidemment, Ringleader of the tormentors est bon. Foutrement bon même, si on prend en compte le milliard de petits groupes plus ou moins anecdotiques qu’il est de plus en plus difficile d’éviter. Pour être totalement honnête, on dénote tout de même quelques facilités assez décevantes. Au premier chef, je pointerai un doigt accusateur sur ces innommables chœurs enfantins qui souillent de chouettes titres comme The youngest was the most loved ou The father who must be killed. Et également sur une emphase symphonique occasionnelle qui ne se justifie pas vraiment. Rien pourtant qui puisse justifier cette horrible petite pointe de déception qui s’obstine à s’accrocher à moi comme une tique sur un fox-terrier malade. De plus, même si au grand jeu de l’introspection sentimentale, on avait connu Morrissey plus en forme, tout ce qui concorde à ce qu’un album du Moz soit toujours un raffinement d’esthète au milieu du déluge de sorties post-pop-brit-punk-supermarket dont nous inonde Albion est toujours bien présent : des mélodies élégantes où le raffinement dispute la prééminence à l’efficacité, des textes soignés - même quand ils marquent un peu le pas comme aujourd’hui - et surtout, cette voix, l’une des plus belles voix masculines de la planète rock, qui a l’insigne audace de ne devenir que plus extraordinaire avec le temps. Avec le légendaire Tony Visconti aux commandes, et même Ennio Morricone venu mettre en musique le mollasson Dear God please help me, on pouvait s’attendre à la huitième merveille du monde. Pour une raison ou pour une autre, on n’écope que d’un bon album, simplement bon. Du simplement bon bénéficiant du label Morrissey certes, mais c’est peut-être là que le bât blesse, justement. |
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Il y a 9 contribution(s) au forum. Morrissey : "Ringleader of the tormentors"
(1/4) 19 mai 2006 Morrissey : "Ringleader of the tormentors"
(2/4) 13 mai 2006 Morrissey : "Ringleader of the tormentors"
(3/4) 12 mai 2006, par Boettcher Morrissey : "Ringleader of the tormentors"
(4/4) 11 mai 2006, par Busterwulf |
Morrissey : "Ringleader of the tormentors" 19 mai 2006 [retour au début des forums] pour "you have killed me", le groupe et morrissey ne font part égale. on s’accroche à la voix avec difficulté, mais derrière, mis à part un brouillard épais, il n’y a rien de bien lumineux. Morrissey : "Ringleader of the tormentors" 26 mai 2006 [retour au début des forums] C’est quand même une sacré chanson, la suite d’accord est au dessus de la moyenne pop internationale des années 2000, le refrain imparrable et le final émotionellement parfait. Il faut savoir apprécier la simplicité parfois...
Morrissey : "Ringleader of the tormentors" 19 mai 2006 [retour au début des forums] "come back to camden" était déja censé être le chef d’oeuvre de l’album précédent. que nenni. ce titre pompeux a très mal pris de la bouteille. en fait, c’était "all the lazy dykes" qui l’emportait sans faire de forcing, simplement sans esbroufe..
Morrissey : "Ringleader of the tormentors" 26 mai 2006 [retour au début des forums] Et si je vous dit que le gros morceau de "you are the quarry" est "the world is full of crashing bores", suis-je un idiot ? Pourtant, aucun journaliste ne m’a demander de l’aimer, non, juste la chair de poule sur mon bras ! Morrissey : "Ringleader of the tormentors" 10 juin 2006, par Boettcher [retour au début des forums] Ah non du tout, Come Back To Camden m’a toujours ennuyé. Je suis immédiatement tombé amoureux de Let Me Kiss You, et c’est toujours le cas aujourd’hui.
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