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Mono : "Hymn to the immortal wind"
Musique en technicolor

lundi 18 octobre 2010, par Arnaud Splendore

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En neuf ans de carrière, les Japonais de Mono se sont établis comme la force dominante de la scène post-rock, quand bien même ils rejettent cette classification qu’ils considèrent comme trop restrictive. Et à l’écoute de leur dernier album studio, Hymn to the immortal wind, on ne peut que leur donner raison. Tout au long de ces neuf années, le groupe a cultivé et étoffé la dimension cinématique de leur musique, qui arrive à maturité avec cet album. Mono transcende les genres et on peut désormais affirmer sans crainte de paraître pompeux que les Japonais entrent au panthéon de la musique classique contemporaine.

Pourtant, les racines post-rock sont toujours bien présentes et constituent la base fondatrice de l’album. On retrouve la dichotomie « construction / destruction » classique du genre ainsi que la superposition de couches musicales pour construire un mur de son. Mais Mono, tel un grand artisan, prend cette base, se l’approprie et réinvente les techniques du style. Le groupe met en scène une dimension cinématographique de sa musique et on se prend à établir des parallèles avec des compositeurs comme Ennio Morricone. A l’image du maestro, les Japonais créent littéralement des paysages musicaux, à l’image de Ihsahn et de son monstrueux After, et transmettent une impression de grands espaces. Et comme chez Morricone, l’ensemble sonne parfaitement naturel, voire quasi organique.

Le secret de cette réussite tient dans la philosophie du leader du groupe, le guitariste Takaakira Goto. Ce dernier insiste particulièrement pour que tous les enregistrements se déroulent « live ». Si cela influence pas mal le son d’un groupe rock, ici pas question de jouer avec un violon et de multiplier les bandes pour recréer un orchestre. Chez Mono, ça signifie un orchestre de vingt-six personnes en prise direct. Heureusement, le groupe a eu la bonne idée d’embarquer dans l’aventure le producteur Steve Albini, qui a travaillé avec entre autres Nirvana, les Pixies et PJ Harvey. On connaît l’aversion de l’homme pour le digital et gageons que sa collection de septante micros vintage a été largement mise à contribution pour l’enregistrement de l’album. Tous ces éléments contribuent au son de l’album et n’ayons pas peur des mots, la production est exemplaire. Chaque instrument ou bruit est parfaitement en place et pour peu que l’on s’en donne la peine, on peut distinguer chaque élément du mur de son. C’est un peu comme de contempler un tableau de maître dans son ensemble afin de s’en imprégner, avant de se concentrer sur les détails pour en appréhender les subtilités.

Mais je lis l’inquiétude dans ton regard, cher lecteur. Tu dois te dire que finalement, ces groupes de post-rock sonnent tous un peu pareil, avec cette habitude d’alterner passages calmes et violents qui tourne à l’obsession, voire à la parodie. Que nenni ! Pour Mono, tous ces éléments ne sont que des outils. Le groupe se concentre principalement sur les ambiances et les émotions suscitées par la musique. Ashes in the snow, le titre d’ouverture, est un parfait exemple de ce concept de paysage sonore. D’une toile de bruit blanc, agrémenté d’une mélodie répétitive au glockenspiel, le titre explose en une furie de guitares dissonantes. Le titre évoque une image de majesté empreinte de mélancolie dans laquelle l’auditeur va se perdre. Mais là où beaucoup de groupes de post-rock sombrent dans le répétitif, Mono a l’intelligence d’alterner les ambiances. Ainsi, Burial at sea, parfaite marche funèbre, se fait solennel alors que The battle to heaven rappelle les débuts plus rock du groupe en créant des passages calmes d’une tension née de l’expectative de l’explosion à venir. Et quand la décharge arrive enfin, la chanson s’ouvre à une atmosphère de majesté quasi épique.

Évidemment, l’orchestre ajoute encore une autre dimension à la musique de Mono. Ce n’est pas une première pour le groupe, puisqu’ils avaient déjà expérimenté la musique symphonique sur le split Palmless prayer / Mass murder refrain, avec Katsushiko Maeda de World’s End Girlfriend. Prenons par exemple l’inhabituellement court Follow the map (court, vu que la majorité des titres éclatent allègrement la barre des dix minutes). Le titre débute avec une mélodie toute simple au piano, supportée par une guitare slide et toujours ce bon vieux glockenspiel. Graduellement, l’orchestre s’invite et le titre se termine sur une explosion symphonique qui reprend une version alternée de la mélodie principale. A l’inverse de beaucoup de groupes qui travaillent avec un orchestre, Mono a bien compris que la meilleure utilisation que l’on puisse en faire n’est pas de se contenter d’un accompagnement symphonique ou pire, d’une contre-mélodie. Takaakira et ses comparses mettent au contraire la créativité de l’orchestre à contribution et on peut les considérer comme un cinquième homme (ou plutôt les vingt-six hommes supplémentaires, mais soit...).

Sur ces albums précédents, Mono faisait déjà montre d’un énorme talent et d’une identité propre, mais pas encore à maturation. Réjouissons-nous, car cette maturité est enfin là. Hymn to the immortal wind est la déclaration d’un groupe qui vient d’établir ses propres standards musicaux, des standards qui ne doivent rien à des influences externes. Du très grand Art, avec une majuscule amplement méritée !



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Arnaud Splendore





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Mono : "Hymn to the immortal wind"
(1/2) 2 avril 2016
Mono : "Hymn to the immortal wind"
(2/2) 18 octobre 2010, par Plunk




Mono : "Hymn to the immortal wind"

2 avril 2016 [retour au début des forums]

It is about having the talent to produce great music that made them so popular to the world. - League City Dentist

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Mono : "Hymn to the immortal wind"

18 octobre 2010, par Plunk [retour au début des forums]

Moi, Mono, ils m’endorment profondément...
Trop larmoyant, aussi

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