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Mogwai : "Mr Beast"
"Smooth, that’s how we do it"

lundi 24 juillet 2006, par Geoffroy Bodart

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Un groupe de post-rock... que dis-je : LE groupe de post-rock (selon certains, c’est à débattre)... qui se vautre dans l’easy-listening et les mélodies pop, ça le fait moyen. Où sont les morceaux fleuves ? Où sont les ambiances longuement distillées ? Où est l’intégrité ? Où est passé l’anonymat du groupe qui faisait qu’on pouvait se sentir fier, privilégié et plus malin que les autres à écouter ce genre de musique confidentielle ? On nous avait encore promis un retour aux sources avec ce Mr Beast et il y a de quoi se montrer sceptique par rapport à cette affirmation. Ce n’est toutefois pas une raison pour bouder son plaisir.

Mr Beast, c’est dix chansons, quatre minutes de moyenne, et, de manière générale, un seul thème développé par morceau. Un menu pas forcément engageant pour les inconditionnels du genre. L’album est facile à écouter, pas perturbant pour les oreilles sensibles, pas du tout novateur, c’est un album de pop-rock (et non de post-rock) standard. Et pourtant, tant l’amateur de constructions musicales complexes que le petit branché ne jurant que par la hype seraient bien avisés d’accorder un peu de leur temps à l’écoute de ce disque.

Tout d’abord parce qu’on trouve de tout sur cet album. Du minimalisme, de la saturation, des crescendos, de la poésie (en japonais s’il-vous-plaît, déclamée par le chanteur d’Envy), de l’énervement, etc. Si on n’a plus droit à des longues chansons savamment élaborées, on a droit à la place à un album construit et pensé pour alterner les titres ambiants et les morceaux de furie. La forme a changé, mais l’esprit reste le même. Ce n’est peut-être pas plus mal ainsi, on n’attend certainement pas d’un groupe de post-rock qu’il fasse du surplace, n’est-ce pas ?

Ensuite parce cet éclectisme ne nuit jamais à l’unité de ce Mr Beast, qui se dévoile à la longue dans toutes ses facettes, dans toute sa complexité, dans toutes ses contradictions. La production, assez brute, mais qui n’empêche jamais de goûter aux mille détails dont est parsemée la musique des Ecossais, est pour beaucoup dans cette unité et participe à la tonalité généralement sombre de l’album.

Enfin parce que cette musique-là est jouée avec le cœur et les tripes. La tension qui mine Autorock, magnifique ouverture, est contagieuse, tout comme l’est la sensibilité de Friend of the night ou la démence de Glasgow Mega-Snake. En raison de leur courte durée, les compositions sont pensées pour aller directement à l’essentiel et dans ce contexte, Mogwai sait qu’il ne peut se permettre de traîner en route. C’est ce qui lui permet d’accoucher d’un titre comme We’re no here, dont la guitare déchirante agrippe instantanément l’auditeur pour l’emmener avec elle parmi les plus hautes cimes de la mélancolie et du désespoir.

Mogwai a dix ans. Il a fait du chemin, exploré bien des directions, et il ne compte pas faire demi-tour et emprunter encore et toujours les mêmes sentiers qu’il a lui-même balisés. A chacun de voir s’il préfère se poser ici ou là et profiter des paysages sonores que les Ecossais auront révélés, ou s’il décide d’aller encore plus loin, au risque de voir parfois les mêmes paysages sous un autre angle, de parfois se perdre dans des régions moins accueillantes, mais peut-être aussi de découvrir de nouvelles contrées, sans crainte des déceptions et des aléas, car seul compte le voyage.



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Geoffroy Bodart