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Moby : "Wait for me"
La fin des tubes

lundi 20 septembre 2010, par Vincent Ouslati

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Les gens me connaissent pour un disque, un truc que j’ai fait il y a plus de dix ans et que tout le monde aimait. Ca s’appelait Play, c’était festif, ça a cartonné. On s’arrachait les chansons pour les mettre dans des publicités, j’ai gagné plein de fric. Je me plains pas, parce qu’avec ça, j’ai pu m’acheter des machines et un vaporisateur pour mes légumes. Ça valait bien un peu de compromission, finalement.

Je suis pas fier de tout non plus, quand je regarde encore le clip pour James Bond, je détourne vite le regard et lorgne sur mes concombres, plus sain cela va sans dire. Play, je le trouve finalement très médiocre, non je crache pas dans la soupe, c’est ainsi. Si je voulais continuer à bouffer, il me fallait tapiner un coup et cracher un truc comme ça, facile et évident. C’est con d’avoir autant bossé sur un disque et de ne pas l’aimer, ce serait comme attendre vingt ans pour pondre un gosse et le trouver moche alors qu’il remplit de bonheur la vie de votre entourage, mais pas la vôtre. Je suis un peu chieur c’est vrai, un peu malingre, et pas bien beau. Mais dans le petit monde des caves de New York, les gens s’en branlaient de votre gueule, ils voulaient danser, s’éclater, c’est ce que je leur donnais et j’aimais ça, vraiment. Et puis bon, j’ai joué au punk étant jeune, ça laisse des traces forcément.

En fait, rien n’a changé, à part le fait que je suis désormais plein de thunes. La musique, c’est toujours ce qui me passionne, mais bizarrement elle ne passionne plus vraiment les autres. J’admets que j’ai vite réutilisé les efficaces recettes de Play, dans 18 et - un peu - dans Hotel en moins bien, et lorsque même les publicitaires ne voient en vous plus rien d’appétissant, les gens aussi vous laissent, c’est normal, je leur en veux pas. Ca me ferait mal qu’ils continuent à acheter de la merde juste parce que les journaux disent que Moby c’est in.

Un jour, je me suis dit qu’il fallait arrêter de vomir de la copie carbone de Play (rien qu’écrire son nom me gave maintenant) sans en atteindre ni l’impact, ni la qualité. C’est tout de même bien fait je dis pas, c’est plus le concept que j’avale toujours pas. J’ai enfermé dans mon placard tous ces trucs nuls et je suis parti de rien. J’ai fait un petit dessin avec mon feutre noir, un Martien qui regarde la Lune, Wait for me, c’était nettement plus proche de moi que des prises de vue de mon crane magnifié par des professionnels de la profession. Ca me ressemblait enfin, intimisme avec un certain détachement de la surface de la Terre.

J’avais envie d’exprimer autre chose que du tube à la chaine, intérioriser plutôt que forcer ma nature, je voulais la paix, et me sentir libre nouvellement. Alors je me suis enfermé dans mon petit studio de New York et j’ai bossé patiemment sur quelque chose de simple, serein, apaisé. En arrangeant ces quelques pistes, je les écoutais et me sentais soudainement bien. Mon travail me parlait enfin avec un langage que je maitrisais totalement. Les gens me disaient que ce serait pas vendable, que Moby faisant de l’ambient, des morceaux calmes et beaux, ils accrocheraient pas. Les gens ne comprennent pas, pourquoi préfèrent-ils des revisites périmées à quelque chose de vraiment honnête, mais différent ?

Je n’ai écouté personne d’autre que moi cette fois-ci, je me suis fait plaisir comme jamais auparavant. D’une part je n’avais pas envie de chanter, je me suis forcé tout de même pour Mistake, le titre me semblait le justifier et je trouvais finalement que ma voix passait pas trop mal, même si pas des plus sublimes, je le concède. N’empêche que le résultat est sincère, mélo puis plus mouvementé. C’est peut-être encore la piste qui se rapproche le plus de la définition d’un single ou d’un tube pour les messieurs du marketing, mais je n’en suis pas sûr.

Du chant, je n’en voulais donc pas trop, et encore moins du mien, vous l’aurez compris. Je n’ai donc laissé des humains chantonner que sur sept morceaux sur seize. Je sais que ça ne va pas aider à rendre mon album bankable, mais je ne jugeais pas utile d’en rajouter. Je voulais faire simple, éviter le plus possible ce que j’avais pratiqué avant. Une sorte d’anti-Play, bien que certains tics ne puissent disparaitre aussi facilement.

Je ne voulais pas rendre les auditeurs tristes ou mélancoliques, mais mes voisins m’ont dit souvent qu’ils avaient les yeux humides en écoutant Pale horses, Walk with me, ou Wait for me. Ils m’ont dit aussi qu’ils trouvaient ces morceaux “extraordinairement touchants et tragiques”.
Sur Wait for me, je commence par du piano répétant les mêmes quelques notes et Kelli Scarr qui chante au-dessus, une sorte d’ange spatial que je fais survoler par des violons. Dit comme ça, ça fait un peu mou, mais mes voisins adorent pleurnicher en l’écoutant, je comprends pas le plaisir qu’éprouvent les autres à se farcir des morceaux pas vraiment joyeux, mais ils aiment visiblement.

Pour les instruments, je tâte un peu de tout sur l’album, tant la basse que la guitare, le piano que la batterie. Mais ce que je voulais voir dominant sur Wait for me, ce sont les claviers, pour l’ambiance, sur lesquels je plaque quelques mélodies accompagnées ou non de voix, selon mon bon vouloir. Vous trouverez peut-être cela un peu soporifique par endroits mais ne vous méprenez pas, ce n’est pas pour suer dans les boîtes, vraiment pas. Ce n’est même pas calibré pour les radios, et encore moins pour vendre des bagnoles ou des capotes. Non, c’est juste de la musique comme je voulais en faire depuis longtemps.



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Vincent Ouslati





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Moby : "Wait for me"
(1/3) 4 décembre 2015
Moby : "Wait for me"
(2/3) 20 septembre 2010
Moby : "Wait for me"
(3/3) 20 septembre 2010, par Jérôme S.




Moby : "Wait for me"

4 décembre 2015 [retour au début des forums]

We do have different experiences in life. But no matter what it is, its something that we cannot forget. - Green Water Technologies

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Moby : "Wait for me"

20 septembre 2010 [retour au début des forums]

Minuscule face à l’artiste, le critique entreprend alors, pour se donner une consistance, de se mettre dans ses chaussures, et s’approprie le "je" pour parler au nom de l’artiste et faire semblant de comprendre sa démarche. Cette appropriation aussi vile qu’ahurissante, qui débouche sur une analyse totalement à côté de la plaque, devrait logiquement valoir à son auteur une mise à la pension anticipée pour sénilité précoce, en étant gentil.

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    Moby : "Wait for me"

    20 septembre 2010, par Vincent Ouslati [retour au début des forums]


    Cher monsieur,

    Votre requête sera croyez-le bien soigneusement examinée.
    Vous aurez la gentillesse de me communiquer l’adresse de votre pension actuelle afin que je puisse réclamer un espace contigu à votre couche.
    Nous pourrons de fait discuter de Moby (ou autre) entre vieux cons civilisés.

    Bien à vous.

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    Moby : "Wait for me"

    20 septembre 2010, par Bruno [retour au début des forums]


    Minuscule face au critique, l’âne entreprend alors, pour se donner une consistance, de se mettre dans ses chaussures, et s’approprie le "il" pour exprimer ses frustrations et faire semblant de comprendre la démarche. Cette intervention, aussi bête qu’ahurissante devrait logiquement valoir à son auteur une mise à l’écart de la société pour inutilité précoce, en étant gentil.

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    Moby : "Wait for me"

    23 septembre 2010, par Malice [retour au début des forums]


    Je doute franchement que Moby s’offense de la critique de Mr. Ouslati, d’autant plus qu’elle est joliment écrite et qu’elle n’est pas fausse du tout.

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    Moby : "Wait for me"

    25 septembre 2010 [retour au début des forums]


    On tient un champion là !

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Moby : "Wait for me"

20 septembre 2010, par Jérôme S. [retour au début des forums]

Excellente idée, cette chronique. Bravo Mr Ouslati.

Ca me donnerait presqu’envie de ré-écouter Moby.
Tout de même, je le préférais en punk, à l’époque où il hurlait "Say it’s all mine".

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