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Mercury Rev : "The secret migration"
Du rock et de la maturité

jeudi 10 février 2005, par Nicolas Thieltgen

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Avec son sixième album The secret migration, le groupe originaire des Catskills Mountains (à deux pas de Woodstock dans l’Etat de New-York) atteint une certaine maturité et propose une collection de chansons célébrant de manière grandiose l’amour romantique et les grandes quêtes perdues. Difficile de ne pas se laisser entraîner et émouvoir par ces chansons délicates.

Depuis 1998 et l’orchestral Deserter’s song, le travail de Mercury Rev a toujours évoqué pour moi le travail de Tim Burton au cinéma. On retrouve en effet chez Jonathan Donahue (chant et guitare), Grasshopper (guitares) et Jeff Mercel (piano et claviers) cette fascination pour la pureté idyllique du monde de l’enfance ainsi que cette tendresse particulière pour les freaks et ce goût du baroque démesuré qui constituent les thèmes de prédilection du réalisateur américain. On peut ainsi s’imaginer facilement que Deserter’s Song et ses mélodies estampillées Walt Disney, mais un Walt Disney qui aurait enfin décider de prendre de l’acide, aurait pu constituer une bande-son idéale pour Edward aux Mains d’Argent ou Pee-Wee’s Big Adventure. De même, la sophistication et la démesure de All is dream (2001) siérait à merveille à certaines œuvres postérieures de Tim Burton, telles Ed Wood ou Sleepy Hollow.

The secret migration, ce troisième volet de la trilogie orchestrale officieuse entamée en 98 avec Deserter’s song, ne déroge pas à cette impression et fait penser à l’œuvre de maturité de Tim Burton, l’émouvant Big fish sorti l’an dernier.

Ca y est, on les a prononcés, les mots (qui tuent) : The secret migration est « l’album de la maturité pour Mercury Rev ». Ah, l’album de la maturité ! Voilà bien une expression tue-l’amour en matière de rock. Combien d’albums proclamés « de l’accomplissement artistique » ne se sont-ils pas révélés gras du bide et mous du genou, signes d’un embourgeoisement précoce et d’une mentalité de rentiers près de leurs sous ? Ne l’oublions pas : le rock que l’on aime est fondamentalement une musique fougueuse, aventureuse, qui est prête à jouer le gain de cent parties sur un dernier coup de dés (et même de se marrer parce qu’elle a tout perdu - au moins, aura-t’elle essayé). Basta les petits bras... La vie est trop courte pour se gâcher les tympans avec d’aimables joueurs en défense !

Néanmoins, on serait un peu dur en mettant sur le dos du nouvel album de Mercury Rev tous les fléaux décrits ci-dessus. Certes, à certains moments, les tics de production et de composition du groupe ressurgissent et leur posture romantico-grandiloquente apparaît un peu empruntée, pour ne pas dire affectée. On pense parfois même aux pires moments du rock progressif du début des années 70 (voir l’intro chantée par Donahue d’Across Yer Ocean qui rappellera à certains les moments les plus faibles du Genesis - période Peter Gabriel). Cependant, ces moments sont de courte durée et la fougue et l’entrain du groupe permettent de les oublier bien vite.

Plus concis et plus centré sur les chansons que son prédécesseur All is dream, The secret migration renferme en effet de nombreuses pépites, telles Secret for a song, qui ouvre l’album sur une note ambitieuse avec ses cascades de cordes qui lui donnent un air de mini-symphonie spectorienne. On pense aussi au petit bijou qu’est Vermillion, qui, dans la lignée de Goddess on a highway, accroche immédiatement avec sa mélancolie distinguée et une urgence qui se révèle subrepticement au fur et à mesure du morceau.

Au final, on dira que, plus qu’un album de la maturité, The secret migration est un album qui boucle la boucle entamée en 1998 par Mercury Rev. Album bilan, un peu à la manière de Hail to the thief pour Radiohead en 2003, il montre un groupe qui revisite ses meilleurs moments en pleine possession de ses moyens et offre une musique accomplie. On pourra lui préférer d’autres disques de Mercury Rev (la pureté de Deserter’s song fera que c’est sans doute ce disque de Mercury Rev qui marquera le plus les esprits), mais on serait en tout cas bête de passer à côté de ce disque au prétexte que le groupe se répète, car la flamme qui habite ces Don Quichotte du rock alternatif est toujours bien présente. Un peu comme pour Big fish de Tim Burton, on recommandera donc à l’auditeur de The secret migration de se laisser aller et toucher par ces chansons bigger than life, pleines d’amours impossibles et d’arc-en-ciels. Un peu de romantisme désuet dans un monde de brutes, ça ne peut pas faire de mal...



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Nicolas Thieltgen





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Mercury Rev : "The secret migration"
(1/2) 24 juillet 2015
> Mercury Rev : "The secret migration"
(2/2) 6 mars 2005, par Pounard




Mercury Rev : "The secret migration"

24 juillet 2015 [retour au début des forums]

With this new album, this group has left something that can’t be forgotten by the fans. - Dony McGuire

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> Mercury Rev : "The secret migration"

6 mars 2005, par Pounard [retour au début des forums]

j’ai suivi vos conseils une fois de plus tres avisés et je me suis procurré l’album de Mercury Rev et je ne regrette pas, c’est une vraie petite merveille cet album !

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