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Matt Elliott : "Drinking Songs"
Des histoires tristes

mercredi 4 mai 2005, par Geoffroy Bodart

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Quand on rédige la chronique d’un disque, on se rend compte qu’il y a tout un vocabulaire propre au monde musical qui revient régulièrement. Mais pour cet album, il va falloir s’y prendre autrement. La musique de Matt Elliott a cette étrange capacité à évoquer des images, des situations, des histoires qui expriment bien mieux l’impact, la fragilité, la torpeur et l’épure de ces Drinking songs que toutes les dissertations dont sont capables les champions du conservatoire.

Attablées dans un misérable café, deux vieilles dames au regard triste, la tête enrubannée dans un vieux châle, discutent en buvant une tasse de thé. Elles regardent par la fenêtre, et observent les gens au dos voûté avançant lentement dans la ruelle noyée de brume. Elles s’attardent sur cet homme longiligne au grand manteau noir qui trébuche sur les pavés et dont la silouhette disparaît de manière fantomatique. Elles conversent au son de la guitare et du piano, échangeant souvenirs, déceptions et espoirs mélancoliques. Elles attirent à elles tous les malheureux de la ville, tous les laissés-pour-compte. Elles les invitent à s’asseoir les uns après les autres pour qu’ils leur content leur histoire, leurs malheurs. Elles écoutent, attentives, sans juger, sans rassurer, sans acquiescer. Un c(h)œur brisé s’exprime à mots couverts, réprimant ses sanglots, faisant miroiter un bonheur lointain et voilé par la brume qui écrase la ville. Le violon tisse une longue complainte dont les vieilles femmes ne perdent aucune miette, au risque de s’abîmer dans le même désespoir. Le violon s’écoute comme la plus belle des histoires, celle qui finit mal, celle qu’on connaît par cœur, qui nous fait pleurer à chaque fois, mais qu’on écoute encore et encore. L’accordéon esquisse une historiette tout aussi intense mais laisse sa place aux autres confidents impatients de contempler le grand regard triste et profond des deux vieilles dames...

The guilty party nous plonge dans le même univers gris, pluvieux, brumeux. Dans une chambre morne et dépareillée, un homme est assis à côté du lit, contemplant silencieusement celle qui est, celle qui fut l’objet de ses rêveries et de ses espoirs. Un peu comme si la vie n’avait plus rien à lui apporter, qu’il ne trouverait dans son avenir d’autres moments de bonheur que ceux que peuvent procurer les souvenirs. La guitare est aussi discrète que cet homme voudrait l’être, aussi gênée que lui d’imposer sa présence, prête à être balayée à tout instant, désireuse d’être ainsi fauchée, dans un dernier élan de lâcheté.

What’s wrong est une valse nuptiale fantasmagorique sur laquelle dansent et voltigent deux jeunes mariés rayonnants, perdus au milieu d’une foule affalée sur des chaises en plastique. Les hommes fument de mauvais cigares. Les femmes se tiennent droit, dans une allure stricte, les lèvres pincées. Et tous ont pitié de cette jeunesse insouciante. Sur scène, le groupe n’ose pas regarder les époux et s’abandonne corps et âme dans ses instruments, alors que le chanteur réprime péniblement son envie de pleurer. Les amoureux, quant à eux, profitent de cet instant de grâce unique durant lequel plus rien n’a d’importance, avant d’aller rejoindre la cohorte des résignés.

The kursk laisse beaucoup moins de place à l’imagination. Après une intro exposant le naufrage du sous-marin, une guitare d’une tristesse inouïe dévoile une mélodie sur laquelle viennent se poser les chants des marins survivants attendant la fin. Et pendant cette longue complainte de plus de dix minutes, on ne peut que s’imaginer flânant dans les coursives, enjambant les cadavres, pataugeant dans l’eau jusqu’aux genoux, croisant ça et là un sous-marinier assis à son poste ou sur une couchette et adressant un dernier chant d’adieu à ses proches, répondant aux échos des chants de ses compagnons. La fierté de ces disparus apparaît alors dans toute sa splendeur lorsque le chant refuse de s’apitoyer et s’impose face au destin. "We won’t see the light again" n’est en rien le cri désemparé et empli de panique qu’il aurait légitimement pu être, mais une manière unique d’affirmer une beauté et une puissance appelées à disparaître dans une tombe échouée au fond des flots. Refusant tout voyeurisme morbide, il ne nous reste plus qu’à quitter le navire et à remonter à la surface sans nous retourner, laissant le sous-marin et ses occupants terminer seuls leur récital.

What the fuck am I doing on this battlefield ? n’est pas l’expression de rage du troupier embrigadé malgré lui, comme pourrait le laisser croire le titre agressif. Ici, la question émane du mort, du fantôme qui erre sur le champ de bataille où il a laissé la vie, lui et tous ses amis. Au milieu des lamentations, il cherche désespérément à comprendre, essaie de croiser le regard des jeunes hommes qu’il ne connaît pas et qu’il s’était fait un devoir de tuer. Flottant au-dessus de son propre cadavre, il essaie de trouver une raison à tout cela, n’importe laquelle.

Vous aurez compris que cet album n’est évidemment pas susceptible de plaire à tout le monde. Il n’en a pas l’ambition. Mais si vous aimez les ambiances cotonneuses, la retenue et la finesse, alors vous adorerez être triste.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Matt Elliott : "Drinking Songs"
(1/2) 11 juillet 2016, par shemkatty
Matt Elliott : "Drinking Songs"
(2/2) 22 juillet 2012, par JmtIBaaCBWKul




Matt Elliott : "Drinking Songs"

11 juillet 2016, par shemkatty [retour au début des forums]

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Matt Elliott : "Drinking Songs"

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