Pop-Rock.com



Marilyn Manson : "The high end of low"
Un Révérend entre deux chaires

mardi 9 juin 2009, par Vincent Ouslati

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Green Day : "American Idiot"
The Birthday Massacre : "Violet"
Moriarty : "Gee whiz but this is a lonesome town"
Blur : "Think tank"
Hard-Fi : "Stars of CCTV"
The Mars Volta : "The Bedlam in Goliath"
Nick Cave & The Bad Seeds : "Dig Lazarus, dig"
PJ Harvey : "Uh Huh Her"
Two Lone Swordsmen : "From the double gone chapel"
Agua de Annique : "Air"


Je suis plutôt bon client avec Manson, hormis ses premiers essais musicaux trop barrés et foutraques, j’ai souvent eu plaisir à déceler dans ses divers albums quelques éléments propres à satisfaire ma curiosité. Avec Eat me, drink me, Marilyn Manson laissait place à Brian Warner pour un résultat simplement miraculeux. En 2009, et alors que Twiggy Ramirez refait son apparition, on a droit à un drôle de disque conçu par un hybride, le "Marilyn Warner".

The High end of low est un compromis, ce qui n’augurait pas d’un bon album. Compromis entre le passé plus rentre-dedans du Révérend et ses velléités plus rock qu’il a eu tout loisir de développer sur son précédent album. Visiblement peu convaincu par les chiffres de ventes, Manson a souhaité revenir à son bon vieux jeu de grand méchant pas beau tout en conservant ses tendances plus intimistes. Grand écart casse-gueule, l’exercice n’est qu’à moitié réussi comme l’on pouvait s’y attendre. Il vient de créer un nouveau genre, la pop industrielle, de la grosse base bien lourde d’où surnagent des refrains et rythmiques popisantes. Curieux hybride en réalité, étrange album schizophrène semblant vouloir se raccrocher à toutes les branches en même temps, l’art complexe de diviser pour mieux régner.

Manson semble encore chercher où le mènera cette dualité avec laquelle il se bat d’albums en albums, d’années en années. Un combat qu’il ne gagnera probablement jamais tant les deux entités qui le composent sont des amantes inséparables. Entre l’âme damnée à qui il doit sa célébrité sulfureuse et son état civil de grand couillon révolté et romantique, Warner Manson tente le fragile équilibre, l’antistar en somme, soif de gloire mais peur de se faire bouffer par le croquemitaine hollywoodien. Le grand bonhomme constate que le monde change, il s’est enfin décidé à voter, sa nouvelle jeune conquête s’en est allée, son strip-tease sincère sur Eat me, drink me n’a pas plu à tout le monde. Brian Marilyn se cherche encore à 40 ans, mieux vaut tard que mort.

Dans ce contexte, The High end of low fait figure de psychanalyse de bazar, fourre-tout monstrueux où l’on retrouve deux freaks luttant pour le contrôle artistique d’un provocateur un brin perdu. Alternant balades mignonnes soupe-soupe (Running to the edge of the world) à des rythmiques martiales qui ramènent dix ans en arrière (Arma-Goddamn-Motherfuckin-Geddon), ce nouvel opus se veut divers, il vire un peu (beaucoup ?) bancal.

Bancal mais pas foiré, Manson a du talent, il serait temps de l’accepter. Et bien conscient qu’il fallait rameuter les brebis égarées par ses virages intempestifs, il s’est fendu d’un pot-pourri de son œuvre passée. Le premier contact est décevant, on ne retrouve plus la violence débridée d’alors, et l’aspect plus frais d’Eat me, drink me est un peu retombé.

Pourtant, allez savoir si c’est de la détermination à voir du positif dans tout ça ou simplement que ce grand enfoiré est un génie, l’on finit par accrocher à cette immense brocante, on se promène entre les stands, attirés chaque minute par un petit quelque chose de nouveau, par une association incongrue mais assez audacieuse finalement à l’image de WOW et ses beats saugrenus, par une multitude de petits interludes qui surprennent, où rappellent quelque chose. Il y a ces 9 minutes de poisserie psychédélique au beau milieu (I want to kill you like they do in the movies), des minutes qui passent étonnamment fort bien, Manson y est égal à lui-même, affreux, sale et méchant, Twiggy est heureux de réapparaitre auprès de son despote de leader et bénéficie d’une vraie mise en avant de ses cordes tout du long. On officie pour le coup presque dans le stoner. Aussi surprenant qu’addictif, cette pièce maitresse résume assez bien ce qu’est ce disque, un jalon frontalier qui se prend dans la tronche les influences des deux aspects de la personnalité de Manson.

Si The high end of low n’est pas l’œuvre ultime que d’aucuns pouvaient espérer pour cause d’éparpillement chronique, il a encore pour lui le parfum d’honnêteté de son prédécesseur, à peine noyé dans ce maelström de sons où vous aurez à jouer à la bonne pioche pour en découvrir les meilleurs morceaux. Bon courage.



Répondre à cet article

Vincent Ouslati





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Marilyn Manson : "The high end of low"
(1/1) 12 août 2015




Marilyn Manson : "The high end of low"

12 août 2015 [retour au début des forums]

Her musical talent has been recognized through her songs that were on the top of the chart. - Steven C Wyer

[Répondre à ce message]