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Louise Attaque : "A plus tard crocodile"
Appréciation évolutive

mercredi 2 novembre 2005, par Geoffroy Bodart

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Louise Attaque : rien que de prononcer ce nom fait remonter en moi des souvenirs nostalgiques d’une époque insouciante et irresponsable qui sentait bon la mauvaise bière dans des gobelets en plastique. Leur premier album, festif en diable, pouvait s’entendre derrière toutes les portes des chambres d’étudiant. Presque logiquement et malheureusement, le deuxième opus, pour aussi bon qu’il soit, me sera passé complètement au-dessus de la tête. Mais maintenant que cette époque bénie est révolue et loin derrière, comment appréhender un nouvel album de Louise Attaque ? Tour à tour flamboyant, candide, triste, bucolique, cet album s’avérera, au fur et à mesure des écoutes, être l’œuvre d’un groupe qui a mûri. Ou est-ce moi qui ai vieilli ?

La troisième chronique sera la bonne ! En effet, j’ai éprouvé toutes les difficultés du monde à coucher par écrit ce que m’inspirait ce nouvel album de la petite Louise. La faute à une oeuvre plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord, et à un plaisir d’écoute évoluant au fur et à mesure des semaines. Donc après la chronique mitigée du début et l’encensement presque abusif qui en a suivi, voici venir le temps d’un compte-rendu étape par étape.

Après une écoute :
La légèreté et la spontanéité du premier opus semblent révolues. Des arrangements, de l’électro, de la guitare électrique, moins de violons. L’album s’annonce d’emblée moins immédiat et moins chaleureux. Mais où sont passées cette simplicité et cette ambiance bon enfant auxquelles on réduisait pourtant le groupe ?

Après une semaine :
La première impression est confirmée mais on commence à nuancer. Il est désormais évident que les morceaux rapides n’arrivent pas à la cheville des hymnes de guindaille du passé, et ils semblent plus être présents dans une optique de continuité que pour supporter l’ensemble de l’album sur leurs épaules. Ce n’est pas que des morceaux tels Manhattan ou Revolver soient mauvais, mais l’écoute est véritablement parasitée par le souvenir qu’on a de Louise Attaque, qui est définitivement la première victime de son succès insolent. Par contre, l’oreille est plus qu’agréablement caressée par certaines compositions plus travaillées, plus mélancoliques.

Après deux semaines :
Deux semaines, c’est le temps qui s’est avéré nécessaire à faire abstraction du passé et émettre un avis dépouillé de joyeux souvenirs. Après deux semaines, donc, et en mettant de côté certains morceaux rapides, il est enfin possible d’appréhender, et d’apprécier à sa juste valeur, ce qui se révèle être un excellent album. Les titres qui se démarquent de ce disque sont les moins festifs. Cette facette mélancolique du groupe était déjà présente par le passé, mais étouffée sous la bonne humeur générale qui présidait à l’époque à toute écoute. Elle est ici superbement mise en valeur par des chansons comme Sean Penn, Mitchum ou Depuis toujours, et amplifiée par des textes poétiques et plus fouillés qu’on ne l’aurait imaginé de prime abord. En fait, c’est l’album tout entier qui semble avoir fait l’objet d’un travail d’orfèvre au niveau des arrangements, de la composition du track-listing qui fait cohabiter ces 18 pièces hétéroclites allant de trente secondes à sept minutes, et de l’interprétation irréprochable. Mention spéciale à La valse, assez proche de l’ambiance de Yann Tiersen ou Matt Elliott, qui fait baisser les yeux de respect et de recueillement. Louise Attaque est donc parvenu, ce qui reste un exploit rare, à transcender l’image qui lui collait à la peau et à s’affirmer sous un jour nouveau. Cela aura toutefois nécessité un long break après un album sacrificiel.

Après trois semaines :
L’euphorie est un peu retombée, et l’opinion qu’on se forge maintenant, à froid, a de fortes chances d’être, sinon définitive, au moins la plus proche possible de ce que l’écoute de cet opus peut procurer dans la durée : c’est trop long. L’album contient de superbes chansons, mais aurait gagné à être amputé de plusieurs titres dispensables qui empêchent de maintenir l’émerveillement, l’intensité et la bonne humeur tout au long de l’écoute. En jetant par-dessus bord quatre ou cinq titres (Shibaya Station, Nos sourires), Louise Attaque aurait certainement pu obtenir un album à l’ambiance plus homogène (et plus plombée).

Dans quelques mois ? :
Fini de faire la fine bouche face à une galette proposant de si subtiles et enivrantes évasions. Cet album, on l’écoutera encore régulièrement dans les mois à venir, mais en skippant quelques chansons.



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Geoffroy Bodart