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Lloyd Cole : "Antidepressant"
Prozac Nation

samedi 7 octobre 2006, par Albin Wagener

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Comment ça ? Le nouvel album de Lloyd Cole s’appellerait Antidepressant, alors que ses précédentes productions donnaient plutôt envie d’en finir avec tous les problèmes les plus acerbes de notre misérable existence occidentale ? Lorsque j’ai eu connaissance du titre de cet album, je n’ai pu m’empêcher d’esquisser un sourire, car pour moi, Cole n’est pas l’archétype du joyeux drille de service. A priori, pas le genre de pote que vous inviteriez pour égayer une soirée un brin maussade.

Pas vraiment convaincu par l’apparente légèreté de ce nouvel opus de l’ancien leader des respectés Commotions, je me suis préparé mentalement à accueillir Antidepressant comme une continuité mélancolique de Music in a foreign language. Comme j’ai eu tort ! Comme j’ai été sot et bien trop prévoyant ! Car cet Antidepressant se rapproche en fait bien plus de la succulente pop de Don’t get weird on me babe et de la contemplation folk de Love story. Alors, Lloyd Cole apaisé ? Certes, mais toujours aussi acéré dans ses observations sur notre petite vie quotidienne insensée et attendrissante.

Je crois que si Cole écrivait des livres, je m’empresserais de les acheter pour lire toutes ses petites histoires, véritables nouvelles au sujet des gens et de leurs petits tracas personnels. Cet opus s’ouvre sur le touchant The young idealists, sorte de retour en arrière sur les visées utopistes de personnes maintenant trentenaires, probablement employées de banque ou consultantes en marketing. "Then we bought into the neocon economic dream", susurre Cole à nos oreilles désabusées. Il épingle Scarlett Johansson dans Woman in a bar, évoque la série Six feet under sur le morceau éponyme Antidepressant, dépeint des rêves de Nouveau-Mexique dans Travelling light, et le tout avec cette verve percutante qu’on lui connaît si bien.

Cet album de Lloyd Cole est un véritable régal. On retrouve notre sombre Anglais au meilleur de sa forme, aussi bien musicale que textuelle. Un solo de guitare espagnole sur la promenade dans le parc de NYC sunshine, un xylophone tendre et fragile sur I didn’t see it coming masque avec douceur une triste histoire de suicide passionnel, et la mélodie d’Everysong et son harmonica donne envie de prendre sa voiture et de traverser de grandes étendues libres et sereines. Lloyd Cole nous donne à nouveau envie de voyager, d’observer les gens, leurs allées et venues, et de noter dans un petit calepin les détails délicieux de nos petites existences apparemment si anodines et si futiles. Sur Rolodex incident, notre songwriter parvient à extraire l’état de grâce du plus petit événement, et nous plonge dans une tristesse d’une beauté inouïe.

Je riais bien de ce titre apparemment ironique. Mais en fait, Antidepressant parvient à redonner de l’espoir là où il ne semble y avoir que de la poussière et des souvenirs amers. How wrong can you be ? nous chuchote Lloyd Cole, et pour le coup, je me sens concerné : je m’imaginais autre chose que cette musique à la fois chargée en émotion et en foi. Merci cher Lloyd pour cette nouvelle galette bien au-dessus de nos espérances, et qui porte un titre qui lui sied à merveille.



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Albin Wagener