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L’album du mois
Lisa Gerrard : "The silver tree"
La boîte de Pandore

jeudi 25 janvier 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Après une résurrection de la légende Dead Can Dance pour une tournée mondiale en 2005 et un Immortal memory enregistré avec Patrick Cassidy il y a de cela trois ans, Lisa Gerrard nous offre depuis peu une régularité musicale tout à fait satisfaisante. Mais si Immortal memory avait un arrière-goût de redite formelle et plutôt peu inspirée, l’album dont je vais vous parler aujourd’hui dépasse de loin la discographie entière de la diva mystique et rejoint les meilleurs moments de Dead Can Dance.

Cet album est d’une noirceur abyssale, première chose. Mais cette noirceur n’est pas servie par de grands arrangements qui en font des tonnes ou des textes serviles et en proie aux clichés du genre. Non, cet album est sombre avant tout parce qu’il semble jouer avec le silence et des profondeurs insondables. Dès le premier titre In exile, la première chose que l’on entend, ce sont des nappes distantes et glaciales autour desquelles s’enchevêtre une voix pesante et spectrale. Avec un minimalisme obsédant, Lisa Gerrard revient donc dénudée, voire carrément désossée. Cet album semble en effet désirer se mouvoir en dessous toute chair, en deça de tout sentiment humain pour aller se lover dans les confins les plus ténébreux de l’âme. On retrouve ainsi des thématiques plus tribales qui semblent résonner comme un rassemblement vaudou autour d’un grand brasier nocturne, notamment sur l’héroïque Towards the tower ou encore la locomotive taoïste et guerrière Sword of the samurai. On sent que cette fois-ci, Lisa Gerrard est allée très loin dans l’aboutissement musical et que sa dévotion quasi-monastique pour le lyrisme nous envoie dans des contrées fantaisistes.

Bien que n’étant pas une grande fan du genre, je me suis rendue compte à plusieurs moments que c’était le genre de musique idéal pour la bande originale d’un film utilisant les thèmes d’heroic fantasy. Les inconditionnels du Seigneur des Anneaux ou les aficionados de World of Warcraft devraient ainsi trouver leur compte dans cette musique susceptible de déclencher les plus grandes rêveries. Certains titres représentent ici de véritables cathédrales, comme le bien nommé Devotion, ou Abwoon, qui parvient à inviter quelques milligrammes d’une pâle lumière céleste dans cette caverne sonore labyrinthique. The silver tree est un véritable temple, renfermant tous les trésors qui m’ont toujours envoûtée à travers la discographie variée (et variable) de la pythique diva : calme olympien folklorique pour The sea whisperer, hérésie hystérique chez Shadow hunter ou encore ambiances glaciales et expérimentales, comme en témoigne Serenity. A travers tous ces moments musicaux, Lisa Gerrard surprend l’auditricie médusée que je deviens en créant de toutes pièces un univers parallèle, à la fois fascinant et inquiétant.

Bien évidemment, il est de fait que si vous n’avez jamais pu encadrer la moindre minute de la discographie de Dead Can Dance ou que vous n’arrivez pas à déceler en Lisa Gerrard une infime once de génie, cet album d’ambiances confinées et claustrophobes vous procurera au pire un malaise malsain, au mieux une indifférence dédaigneuse. Pour moi, cet album constitue la clé à ne pas trouver, une sorte d’arche qui ouvrirait sur le monde de vos phobies, de vos craintes ou de vos rêves en attente de réalisation. Il s’agit d’un disque habité qui se vit de l’intérieur (même si l’on pourrait dire cela de n’importe quelle galette, a priori). La dimension réellement mystique de cet opus fait de ce nouvel album de Lisa Gerrard une balise incontournable de sa carrière lunatique une occasion unique pour aller à la rencontre de ses démons les plus fourbes et d’effectuer en soi un voyage inoubliable, à la fois mystérieux, relaxant et salvateur. De ce point de vue, cet album devient donc une pierre angulaire indispensable.



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Clarisse de Saint-Ange





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Lisa Gerrard : "The silver tree"
(1/1) 22 octobre 2016




Lisa Gerrard : "The silver tree"

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Wonderful music more likely appeals to listeners and music fans. - Dennis Wong YOR Health

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