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Laurence Revey : "Laurence Revey"
Un ensorcelant et inclassable foutoir

vendredi 25 avril 2008, par Geoffroy Bodart

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Laurence Revey est une chanteuse suisse qui s’est fait remarquer à la fin des années 90, et s’est véritablement imposée (artistiquement parlant) avec son deuxième album, sorti en 1999, Le Cliot di Tsérafouin/Le Creux des Fées dont le minimalisme et la puissance émotionnelle en ont impressionné plus d’un. Et c’est seulement aujourd’hui que sort son nouveau disque, après des années de voyage et d’expérimentations en tous genres.

C’est d’un air dubitatif qu’on regarde la pochette en écoutant les premières notes de Jour/Nuit. Après quelques hésitations, une fois que la chanson prend son rythme de croisière, on ne peut que se sentir transporté par ce trip-hop mid-tempo, cette mélodie irrésistible et cette voix, oui, toujours cette voix. Car Laurence Revey, c’est avant tout une voix. Pure, mystique, envoûtante et extrêmement évocatrice. Cette voix sera également le liant d’un album parfois décousu, où les styles les plus disparates vont s’enchaîner sans prévenir. Car après le trip-hop introductif, c’est une popsong électro, l’envoûtante (un mot qui risque de revenir souvent) I know qui déboule et nous fait dire que, décidément, cette chanteuse a du talent. Et cette pop électro, urbaine, sera bientôt confrontée aux reprises inattendues (Requiem pour un con de Gainsbourg, magnifique), ou à de longues incantations tribales. Ces sauts du coq à l’âne semblent plus qu’assumés, désirés par la chanteuse, qui voulait retranscrire la diversité des expériences vécues ces dernières années, et les lieux traversés, de New York à l’Islande, de Londres à ses Alpes suisses.

Pas d’autre choix dès lors que d’arrêter de raisonner pour se laisser prendre par la main, et suivre Laurence Revey dans son univers. Ceux qui aiment que les choses soient carrées, délimitées, n’accrocheront pas. De même, ceux qui écouteront l’album en dilettante se demanderont plus souvent qu’à leur tour ce qu’ils sont en train d’écouter. La chanteuse a au moins la gentillesse de découper son album en deux « phases » : l’électro, le trip-hop, la pop au début, et le mystique (‘vois pas comment qualifier cette partie autrement) à la fin.

Malgré la multitude de genres, le côté foutraque de l’album qui implique qu’on ne trouvera pas deux chansons qui se ressemblent, le disque n’évite pas le ventre mou. Une fois passées les cinq premières chansons, on commence tout doucement à se lasser et à suivre l’aventure avec moins d’intérêt. Jusqu’à ce que débute la partie acoustique et organique de l’album, avec L’eau, guidée uniquement par le chant et le violon. Spéciale, cette chanson. Difficile à commenter également. Mode « Première personne » ON : j’l’aime pas vraiment, j’ai difficile à accrocher, mais l’exercice reste intéressant et il y a quelques lignes de chant que j’adore. Mode « Première personne » OFF. Ensuite, c’est Ave Maria et les douze minutes de Ma vouè - Allehlujah, deux chansons où la Suissesse fait preuve d’une profondeur de chant et d’une ferveur qui renvoie directement à la grande prêtresse des complaintes éthérées, la grande Lisa Gerard. On se prend une fameuse bouffée d’émotion durant ces deux morceaux, qui paraissent à première vue totalement hors-sujet, mais sans lesquels l’album aurait eu de grandes chances de passer plus inaperçu.

Décalée, Laurence Revey ? Illuminée ? Complètement à l’est ? Pas foutue de décider sur quel pied danser ? Véritable pythie moderne ? Un peu de tout ça, oui...



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Geoffroy Bodart