Pop-Rock.com



Katerine : "Robots après tout"
Animaux mécaniques

vendredi 27 janvier 2006, par Boris Ryczek

DANS LA MEME RUBRIQUE :
The Mooney Suzuki : "Have mercy"
The Rakes : "Ten new messages"
The Shins : "Chutes to narrow"
Jive Puzzle : "Where is love ?"
Jelly : "Pre First EP"
The Bedwetters : "Meet the fucking Bedwetters"
Magnus : "The body gave you everything"
Patti Smith : "Twelve"
Blackmore’s Night : "The village lanterne"
The Magnetic Fields : "Distorsion"


Dans Human after all, Daft Punk prétendait montrer l’humanité cachée derrière les rythmes mécaniques de la techno. Ici, Katerine affirme le contraire, en reprenant un vieux thème de la science-fiction marxisante : nous sommes tous des robots déshumanisés. Se faisant, il signe un album drôle et original, qui est peut-être à ce jour son meilleur.

Au départ, on croit qu’il va être facile de chroniquer le dernier Katerine. Qu’il va suffir de résumer l’histoire du 24/04/2005, où le chanteur, victime de sa concupiscence, se trouve poursuivi dans les rues de Paris par une créature de cauchemar : Marine Le Pen en personne. Qu’on va évoquer plaisamment les grivoiseries provocatrices qui émanent des paroles, l’efficacité de la plupart des morceaux sur le dancefloor, la production efficace du « Presidente » Gonzales. Et qu’on va conclure, en reprenant l’énumération de 100% VIP, que ce disque est : « Super, génial, trop top, inouï, trop bon, groovy, trop frais, cheesy, classieux, stylé, OK, funky, trop drôle, samedi, trop cool, extra, sympa, puissant, dément, piscine, villa, champagne, taxi, hi-fi, dolby, botox, glamour, sexy, crazy ». Bref, trop fun, quoi !

Oui, mais voilà. Ce n’est pas si facile que ça. A mesure qu’on réécoute Robots après tout, on se rend compte qu’il y a ici quelque chose de déroutant, un ton auquel personne ne nous avait habitué et qui ne se laisse pas aisément définir. Refusant souvent les coquetteries de la rime, les textes de Katerine fonctionnent le plus souvent comme des enregistrements : de faits, de citations, d’attitudes. Ils multiplient ainsi les listes et les séries. Dans Le train de 19h, par exemple, tous les passagers d’un wagon se voient décrits les uns après les autres. Borderline, pour sa part, informe l’auditeur sur un certain nombre d’horaires qu’il est bon de connaître : « Le métro ferme à une heure du mat’/Le métro ouvre à six heures du mat’/Monoprix ouvre à dix heures/Monoprix ferme à vingt heures/Les enfants partent à huit heures/Les enfants reviennent à seize heures/Le repas commence à vingt heures/On débarrasse à vingt heures trente ».

On s’en rend bien compte, cette formule se prête aisément à la satire sociale. Et à première vue, la pochette et les chansons de Robots après tout semblent le ranger dans cette catégorie. Katerine décrit sans concession les automatismes propres à notre époque, qu’ils soient liés au rythme de vie du citadin moyen (le fameux « métro, boulot, dodo ») ou au conformisme snobinard de certains milieux. L’effet est comique, et parfois sourdement inquiétant. Après moi ou Louxor j’adore dénoncent en effet, sans avoir l’air d’y toucher, un certain nombre de réflexes grégaires et fascisants qui peuvent s’emparer des braves gens, quand on les dérange dans leurs petites habitudes. Le chanteur finit ainsi pendu la tête en bas, pour avoir osé s’amuser à couper le son dans une boîte de nuit. Cette liaison entre totalitarisme et entertainment est un vieux thème, présent depuis les débuts de la musique industrielle et électronique, comme le montrent les œuvres de Kraftwerk, Einstürzende Neubauten, et surtout Laibach. En ce sens, tout en habillant sa musique d’un son contemporain, grâce à Gonzales, Katerine se situe dans une tendance très classique, revenant aux sources mêmes de la techno.

Cependant, se limiter à cette lecture se révélerait réducteur. Les portables qui refusent de capter (Titanic, Patati Patata) ou les conversations impossibles (Qu’est-ce qu’il a dit ?) révèlent une autre préoccupation majeure de l’album : le profond détraquement des relations interpersonnelles. L’être humain a beau réagir comme tous ses semblables robotiques, il reste isolé, incapable d’entretenir le moindre rapport épanouissant avec eux. Face à ce deuxième thème, le ton de Katerine se fait plus lyrique, plus concerné. Sans abandonner son style énumératif, il devient moins désinvolte. Excuse-moi part ainsi d’un ratage sexuel pour multiplier les photographies morbides d’un monde déchiré par la guerre, la misère et la maladie. Patati Patata déroule, de son côté, un flot verbal bloqué sur la touche repeat, nourri de sa propre insignifiance : « Et Patati et Patata/Des fois j’en ai ras-le-bol de moi/Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol ». Parler ou faire l’amour, les deux semblent compromis, comme inhibés sous le poids de l’époque. Plus rêveusement, c’est encore ce thème qui est abordé dans 78-2008, une des chansons les plus marquantes du disque. Katerine s’y revoit petit garçon, rêvant en 1978 d’un futur merveilleux où les immeubles seront mous, les couleurs incroyables et où les gens s’embrasseront dans la rue. Force est de constater, à l’orée de ce 2008 mythique, que les choses n’ont pas évolué ainsi...

Robots après tout est donc plus profond qu’il n’y paraît, en dépit de certaines limites. On peut notamment reprocher à Katerine son goût un peu voyant pour la relecture. Numéros est un joli morceau triste, mais qui frise le plagiat d’Insensatez, d’Antonio Carlos Jobim. Les couplets épousent en effet la même succession d’accords. Quant au train de 19h, il rappelle clairement un autre train, décrit minutieusement par Michel Houellebecq dans Paris-Dourdan, sur son fameux disque orchestré par Bertrand Burgalat. Néanmoins, cet album reste un témoignage intéressant et souvent désopilant des inquiétudes persistantes de cette génération, qu’on dit parfois « désenchantée ». Et en plus, ça se danse !



Répondre à cet article

Boris Ryczek





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Katerine : "Robots après tout"
(1/1) 26 décembre 2012, par Canal




Katerine : "Robots après tout"

26 décembre 2012, par Canal [retour au début des forums]

j’ai aimé ce disque qui jour sur l’humour décalé, robot, de l’auteur

mais après la veine s’est épuisée ou est tombée dans la piscine

[Répondre à ce message]