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Kanye West : "808s & Heartbreak"
Etats d’âme d’un winner

dimanche 28 mars 2010, par Boris Ryczek

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Kanye West et ses succès... Kanye West et ses liaisons.... Kanye West et ses villas... Kanye West est malheureux. C’est ce que veut prouver ce quatrième album solo, délaissant le hip-hop au profit d’une soul-pop-R’n’B mutante, tirant profit de tous les gadgets technologiques disponibles dans les meilleures boutiques de L.A. Il y parvient parfois, et démontre surtout son génie du crossover.

Ne pas se fier à Love lockdown, hit "tribal" de l’album, aussi minimal qu’efficace. Ni à Heartless, deuxième single et seul morceau franchement rap du disque. Ni à Say you will, ce premier titre désespérément triste, à la limite de l’interminable... Pour être appréhendé, 808s & Heartbreak s’écoute en entier, ou alors on ne comprend rien. Si l’on se prête à cet exercice, en revanche, on voit tout de suite de quoi il est question.

808s & Heartbreak possède, en gros, deux dimensions principales. La première est lisible dès le titre : il s’agit d’un album de chansons d’amour. Exercices de style sur le thème du coeur brisé, elles permettent à Kanye West de laisser de côté ses habituels égotrips (Champion, Stronger) et ses déclarations sur l’état du monde, pour revenir aux fondamentaux : la soul et la pop.

Et - c’est là sa seconde, et plus intéressante dimension - il n’y revient que pour mieux les subvertir. En douze titres, West essaie tout simplement douze combinaisons différentes de ces deux genres, en les hybridant avec diverses influences, plus ou moins identifiables. Dès Welcome to heartbreak, deuxième morceau et ouverture à retardement de l’album, on voit ainsi se mêler des nappes electro, des motifs issus de la musique russe, des espèces de couplets cinglants et laconiques, ni rappés, ni chantés, et un refrain franchement R’n’B. Ambitieux, le morceau trouve ses meilleurs échos avec les autres pièces "mineures" de l’album : le troisième single, Amazing, autocritique traînante sur fond de piano jazzy, de choeurs hallucinés et de beats obsédants, Robocop, hommage technoïde à la Motown la plus violonneuse ou Street Lights, ballade nocturne et distordue qui rappellerait presque le lyrisme bizarre de certains morceaux de dEUS (Wake me up before I sleep, Right as rain...).

Quelques éléments suffisent à asseoir la cohérence de l’ensemble : le traitement de la voix, toujours saturée d’effets, les percussions omniprésentes et la tonalité du propos, plutôt mélancolique, excepté sur Paranoid, nouveau clin d’œil funky et acidulé à Daft Punk. 808s & Heartbreak frappe au final par sa cohérence paradoxale, toute en chemins de traverses, où Love lockdown et Heartless n’apparaissent que comme des étapes d’une trajectoire sinueuse dans la musique moderne.

A la première écoute, on sort de là épuisé... Si l’on est séduit, les gros mots viennent vite. On pense à Thriller de Michael Jackson, à Purple rain de Prince, voire à Songs in the key of life de Stevie Wonder. Trois influences évidentes de West, trois démarches qui se caractérisent par la même ouverture. Puis, à force d’y revenir, on met le doigt sur un certain nombre de limites. Producteur surdoué, Kanye West se montre prisonnier de son métier, qui finit par être autant un handicap qu’une facilité. Car il est difficile d’être fragile dans un univers aussi parfait. Certains aveux peuvent se révéler touchants, certaines situations bien décrites. Robocop, encore une fois, décrit avec beaucoup de subtilité les dérives névrotiques du self-control amoureux. Mais tout ceci sent fatalement le fabriqué.

Reste qu’il s’agit évidemment d’un bon, et même d’un très bon disque, qui méritait sa place dans les palmarès médiatiques de 2008 au même titre que son cousin East Coast, blanc et pré-pubère, Oracular spectacular de MGMT. Un autre album brillant, bien senti, d’une érudition certaine mais manquant de simplicité et - finalement - d’âme.



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Boris Ryczek





Il y a 3 contribution(s) au forum.

Kanye West : "808s & Heartbreak"
(1/2) 28 mars 2010, par Kics
Kanye West : "808s & Heartbreak"
(2/2) 28 mars 2010




Kanye West : "808s & Heartbreak"

28 mars 2010, par Kics [retour au début des forums]

Cool, ça m’a donné envie d’écouter l’album.

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Kanye West : "808s & Heartbreak"

28 mars 2010 [retour au début des forums]

Il aurait été bien de préciser que les "percussions omniprésentes" étaient attendues compte tenu du titre de l’album, faisant hommage à la TR808...

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