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Kante : "Zombi"
Promenades

lundi 9 janvier 2006, par Albin Wagener

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Kante représente la branche progressive de la fameuse école de Hambourg, qui fait tant parler d’elle outre-Rhin depuis les années 90. Musicalement à situer entre dEUS et Pink Floyd, le troisième album de ce groupe emmené par le très introspectif et observateur Peter Thiessen n’a rien à envier aux élucubrations instrumentalistes de Flexa Lyndo, et parvient fièrement à explorer plusieurs thématiques : voyages, relations humaines, soirées de recueillement. Tout y est, brassé par un univers musical extrêmement ambitieux.

Produit par Tobias Levin, véritable sorcier de la plupart des groupes de l’école de Hambourg, Zombi mêle rock, folk et instrumentations plus audacieuses, à grand renfort de cuivres, de wurlitzer et de cordes. Pour les non-Allemands, les représentants de cette école de Hambourg sont peu connus : on parle bien ici et là de Tocotronic notamment, sorte de Placebo allemand qui est parvenu à s’exporter assez largement hors des frontières germaniques, mais grosso modo, ça s’arrête là. Pourtant, toute cette fameuse école allemande hambourgeoise façonne depuis plus de dix ans le paysage rock de nos voisins teutons, en s’inspirant à la fois de l’incontournable Phillip Boa et de toute la vague shoegazing britannique, Teenage Fanclub et Ride en tête. Vous l’aurez compris, c’est à une alchimie bien particulière de punk et de pop noisy à laquelle nous avons affaire dans l’un des premiers ports d’Europe.

Bien plus aérien et poétique, l’art de Kante se développe de façon plus atmosphérique et intimiste. Si l’album s’ouvre sur un très planant Moon, stars and planes, le glorieux Im Inneren der Stadt traduit des impressions citadines et la variété des scénarios possibles dans toutes les agglomérations à visiter. On y mélange ainsi mellotron, kalimba, saxophone et clarinette, le tout accommodé par du rock progressif léger et percutant. Inutile de chercher des masturbations instrumentales de plusieurs dizaines de minutes, ce n’est pas le genre de la maison. Ici, tout est soupesé, finement tissé et enchevêtré dans une musique qui invite avant tout au voyage. Malgré ses cuivres latins et sa rythmique un peu tzigane, Baron Samedi reste convaincant, de par sa structure résolument pop. Sur ce morceau, le piano décalé et presque ivre de musique fait penser à l’utilisation que David Bowie faisait de cet illustre instrument sur son album Outside.

Outre ces expérimentations relaxantes, Kante partage avec The Notwist et Radiohead un certain goût pour les morceaux de pop/rock qui prennent littéralement à contre-pied les structures classiques : Wenn man im Atmen innehält parvient par exemple à allier quelques synthés bien trempés, une guitare aux accents italiens et une base résolument rock. Si ce n’est pas du génie, cela y ressemble drôlement. Plus proches de l’album Laughing stock de Talk Talk, New babylon et Wo die Flüsse singen laissent la part belle à de magnifiques essais free-jazz, berçant ainsi doucement dans une sorte de mélopée mélodieuse difficilement reconnaissable, toujours à deux doigts de tomber dans le délire intellectuel forcené, mais suffisamment amoureux de la musique et de son auditeur pour délivrer de superbes envolées intimistes remplies d’images sur lesquelles chacun sera libre de poser ses propres rêves.

Alors auprès de tant de créativité et de beauté, pourquoi un tel titre d’album, Zombi ? Probablement l’état léthargique que l’on se surprend parfois à adopter en plein rêve, probablement aussi la vision de tous ces passants qui arpentent les villes et les existences, souvent sans s’en rendre compte. Qu’à cela ne tienne : Kante prouve avec ce troisième album, sorti en 2004, qu’il peut désormais tout se permettre. Parce qu’il le fait bien, tout simplement.



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Albin Wagener





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Kante : "Zombi"
(1/1) 13 janvier 2006, par jean-baptiste




Kante : "Zombi"

13 janvier 2006, par jean-baptiste [retour au début des forums]

Merci !!! Pour ce bel article. Ça fait du bien de voir que la pop-rock allemande peut traverser les frontières, alors même que la langue persiste (voilà pour le côté gnagna du commentaire) Zombi est effectivement sorti y’a un bout de temps, mais ce n’est que l’année dernière que le buzz a monté en Allemagne (notamment grâce au magazine De:bug je crois). C’est LE groupe allemand à suivre en ce moment, et pour l’avoir fait écouter à des non-germanophones (et pas forcément germanophiles), il ya vraiment de quoi faire aimer la langue !

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