|
|
Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" Tribut enrichi jeudi 15 mars 2007, par |
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
Il fait mal vivre dans cette cité lugubre. Les maisons de briques noircies se succèdent inexorablement, les cheminées d’usines agonisantes crachent une fumée malsaine. Dans une rue en pente, sous le crachin, cinq types avancent presque à reculons. Il y a un blondinet poupin, un beau gosse un peu pale, un taiseux caché sous un bonnet, un bouclé rigolard et un mec bizarre coiffé d’un drôle de chapeau. Ce sont les plus grands losers de Leeds. A eux tous, ils cumulent les journées de chômage et les jobs miteux à une vitesse effarante. Pour meubler leur morne temps libre, ils ont monté un combo garage, Parva. Et tout le monde se marre. Car Parva n’est ni plus ni moins que le plus mauvais groupe de la ville. Un mauvais groupe qui s’est fait virer comme un malpropre par un petit label l’avant-veille d’une convoitée signature, en prime.
Le temps passe et rien ne change. Enfin, par une belle journée où le soleil perce péniblement entre deux averses, notre fine équipe se réunit dans un pub. Leurs illusions enterrées sous des kilos de trahisons et de moqueries, ils se lancent dans une opération un peu folle, dite de la dernière chance. Ils ne monteront pas un spectacle de strip-tease, d’autres l’ont fait en film avant eux. Par une dérision désespérée plus ou moins volontaire, ils décident de rendre hommage à celui qui est tout ce qu’ils sont et tout ce qu’ils ne sont pas. Le Damon Albarn des 90’s est issu des classes moyennes, et juge cyniquement la décadente société britannique. Mais il a toutes les filles à ses pieds et vend des disques par pelletées. Une bière en main, nos cinq larrons jurent allégeance à la brit-pop de Blur. Ils remisent Parva au placard, adoptent le nom footballistique de Kaiser Chiefs, se lancent dans des prestations scéniques déchaînées. Le nostalgique producteur de Blur, Stephen Street, leur propose alors d’enregistrer un premier album. Le potache Employment se vendra à plus d’un million d’exemplaires à travers le Royaume-Uni. Après un tel hold-up, la perplexité était de mise au sein de la presse et du public. Qu’attendre vraiment des Kaiser Chiefs pour ce deuxième album ? Pour ma part, un peu comme le fan lambda d’AC/DC, je voulais que rien ne change. Je voulais un faux jumeau d’Employment, un truc aussi génial que crétin, parsemé de "nanananana" et autres gimmicks délicieusement stupides, un truc qui me fasse hululer à tue-tête et oublier mon quotidien cartésien au son d’un synthé tout droit sorti de Super Mario Bros. Avec une telle formation aux manettes, je me tapais prodigieusement de la novation, de la sophistication et d’autres machins compliqués réservés à des groupes plus doués sur ces terrains glissants. C’est dire si j’ai reçu un choc (comme on dit par chez moi) à la première écoute de Yours truly, angry mob, pourtant lui aussi produit par Stephen Street. Seul Ruby, le premier single, se situe dans la veine espérée, avec son refrain proche de celui d’Oh my God. Autrement, bien peu de "Gnia gnia gnia" et "Wa-waouh" à me caler au fond de la glotte. De toute évidence, les Kaiser Chiefs ont décidé de durcir le ton. Sans doute en ont-ils marre de passer pour les cancres de service, calés au fond, près du radiateur. Ces cancres qui amusent tout le monde avec leurs bonnes vannes, mais qui demeurent méprisés de tous pour leur soi-disant absence de sérieux. Aujourd’hui, le groupe veut s’affirmer, boxer dans la cour des grands et même, oh my God, "remplir des stades à la façon de U2". Le résultat de cette maturité nouvelle aurait heureusement pu être bien pire. Certes, les chœurs ludiques ont disparu, mais les arrangements plus fouillés les remplaçant n’ont pas entaché l’enthousiasme et la fraîcheur du groupe (Heat dies down,Thank you very much). Si quelques ratés, notamment durant le très justement intitulé Everything is average nowadays et son refrain lycéen idiot, viennent un peu ternir l’ensemble du disque, les Kaiser Chiefs redressent toujours brillamment la barre grâce à quelques perles brit-pop, comme la ballade sucrée Love is not a competition (But I’m winning). Malgré sa prise de sérieux, le quintet nous gratifie également de quelques plaisantes facéties avec Try your best, qui réconcilie les fans de Blur et Oasis pour trois minutes trente, ou encore le plus garage I can do it without you et sa fin de relation ambiguë, ou The angry mob, au final grégaire représentant une masse intoxiquée par les médias bas de gamme. Car sous ses dehors turbulents, Ricky Wilson peut se targuer d’écrire juste et bien. Pas mal pour un leader supposé sans âme et sans talent. |
|||
|
|
|
Il y a 11 contribution(s) au forum. Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob"
(1/3) 15 mars 2007 Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob"
(2/3) 15 mars 2007, par Guéno Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob"
(3/3) 15 mars 2007, par Gitan |
Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 15 mars 2007, par freddy [retour au début des forums] les kaiser chiefs en fait c’est comme une grosse blague, mais une blague marrante.. si t’as pas le sens de l’humour, ben tant pis pour toi
Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 19 mars 2007, par Jefferson [retour au début des forums] Aaah, nous avons ici à faire de toute évidence à deux cas de scatologie typiques ! Défintion, pour ceux qui ne seraient pas au parfum, si j’ose dire : "La scatologie est l’ensemble d’écrits ou propos grossiers qui traitent des excréments ; caractéristique de tels écrits, de tels propos."
PS : je pense avoir été un peu méchant, non ? Ce n’est pas dans mes habitudes, mais ma verve prend une tournure plus sombre dès qu’il est question des KC et des Arctic Monkeys... Et de leurs défenseurs assidus. Allez, bonne merde à tous et vous faites pas chier à me répondre, c’est pas la peine : un étron élitiste reste un étron élitiste. Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 26 mars 2007, par frank [retour au début des forums] AAAHHH, Jefferson, quelle fine plume !!! Concernant cet album des KC, je ne perdrai pas mon temps en parlant de ce nouvel album. Ils n’ont jamais rien fait de bon et je ne vois pas pourquoi il y aurait du changement. Concentrons nos énergies sur le dernier opus des ARCADE FIRE. Là, on frôle le génie et la chanson No CARS GONE est en terme d’arrangements musicaux ce que l’on peut faire de mieux, tout simplement sublime. Certes, nous ne sommes que des étrons élitistes, mais fiers de l’être. Pour rester dans la scatologie et pour définir KC et Artic Monkeys, on peut simplifier en les comparant à deux grosses merdes. Salut ami élitiste. Frank
Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 15 mars 2007, par Daniel Guichard [retour au début des forums] Remplir des stades ? Music is business. Only business. Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 17 mars 2007, par Benji [retour au début des forums] Question d’ego aussi,qui ne reverait pas de pouvoir remplir un stade quand il écrit sa petite chanson assis sur ses chiottes ?(lieu valable dans le cas de Kaiser chiefs) Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 15 mars 2007, par Alexandra Jakob [retour au début des forums] Cher Gitan, Dans le cas de Kaiser Chiefs, il ne s’agit pas d’une fixette personnelle sur la supposée volonté du groupe de remplir les stades, mais bel et bien d’une déclaration du groupe, allègrement reprise par la presse. Laisser une chance à ce "Yours truly, angry mob" est effectivement une bonne idée, car il regorge de pop songs fort amusantes. Bien à vous. Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 15 mars 2007, par Tireboulette [retour au début des forums] Boudiou, mais faudrait savoir... Soit on rale parce qu’on serait élitiste, soit parce qu’on parle de remplir des stades. Un coup on crache sur le succès quand on le salut, un coup on le réclame quand il n’est pas là... Oh les gens, jamais contents ! Kaiser Chiefs : "Yours truly, angry mob" 4 janvier 2008 [retour au début des forums] Après plusieurs mois passés sans l’avoir écouter, je dois dire que cet album tient plutôt bien la route malgré quelques longueurs sur la fin de l’album. Moins de "na na na na", mais l’énergie déployée reste extrêmement plaisante. Puis elle fait un peu de bien ; car une fois s’être tappé toute la noirceur de votre sélection des meilleurs disques de l’année 2007, on a envie de siffloter connement et faire le débile en faisant le ménage. Merci les Kaiser Chiefs. :) En tout cas bonne chronique.
|