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Johnny Cash : "American V : A hundred highways"
Des adieux très heureux

jeudi 14 septembre 2006, par Albin Wagener

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Attendrissant et légendaire, Johnny Cash nous a quittés à la fin de l’année 2003. Je ne vous ferai pas l’affront de présenter ce personnage clé de l’histoire musicale contemporaine, d’autant que certains d’entre vous auront peut-être pu admirer l’adaptation cinématographique de la biographie du musicien américain - force est d’ailleurs de constater que ce film, intitulé Walk the line, y est sans doute pour beaucoup dans le véritable revival dont feu Cash fait l’objet depuis quelques mois.

Obsession mercantile bien américaine ou véritable désir de livrer les derniers titres de Cash aux fans ? A hundred highways a été une nouvelle fois produit par Rick Rubin, qui était déjà aux manettes des quatre autres albums produits pour la maison de disques American Recordings, mais ne sort que trois ans après le décès de Cash, emporté peu de temps après que sa compagne June Carter ait passé l’arme à gauche. Après tout, peu importe : quand il s’agit d’une légende comme Johnny Cash, on peut toujours tergiverser sur les intérêts financiers ou artistiques de la chose, un nouvel album est forcément un événement qui fait naître sur les lèvres un sourire de franche sympathie.

Si dernièrement, Cash ne s’était que peu illustré par de nouveaux morceaux de son cru, il avait en revanche toujours su mettre en lumière les chansons d’autres songwriters fameux (sa fabuleuse version du Hurt de Nine Inch Nails surclasse de loin l’original, tout comme sa reprise de I hung my head de Sting). Ici, seuls deux titres émergent des mains rugueuses du musicien, notamment le tranquille I came to believe, et le blues voyageur de Like the 309, dernière chanson jamais écrite par feu Johnny Cash. Alors évidemment, deux morceaux sur douze, ça fait peu, et les vautours les plus enclins à poser les questions éthiques indissociables de la sortie de cet album final n’en seront que plus hargneux.

Qu’importe, puisque le gospel traditionnel de God’s gonna cut you down est ici sculpté de façon magistrale, à grand renfort de claps et de pas de marche. Le son de l’album possède une dominante acoustique, et on sent que le Man in black renfermait alors dans sa voix la sérénité et le recul vénérables du grand âge. Autres versions séduisantes : le dépouillé Further on up the road, prêté par Bruce Springsteen, ou encore le rêveur If you could read my mind, emprunté avec humilité à Gordon Lightfoot. Des morceaux qui, à chaque fois, sont interprétés avec passion et profondeur, comme s’ils avaient été écrits par et pour l’artiste défunt.

Mais au-delà de toutes ces considérations, il reste l’essentiel de la vie de Cash : une guitare acoustique, et une voix qui n’a vécu que pour la musique et l’amour de sa vie. Rien que pour ceci, A hundred highways constitue un disque touchant et émouvant, un opus qui interpelle par cette voix âgée qui vous va droit au cœur. Que les mauvaises langues s’agitent ou que cette galette ait caracolé en tête des charts américains importe peu : de là où il est, Cash semble nous offrir une dernière fournée de douces mélopées, à l’image d’un grand-père qui raconterait ses histoires d’une voix gourmande et d’un regard rieur avec, derrière la peau usée de son visage, l’impression apaisée d’avoir fait le tour de la question. Un dernier disque qui s’envole comme un adieu, un adieu qui rassure autant qu’il attriste.



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Albin Wagener





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Johnny Cash : "American V : A hundred highways"
(1/1) 15 septembre 2006, par Faust




Johnny Cash : "American V : A hundred highways"

15 septembre 2006, par Faust [retour au début des forums]

Effectivement, un sujet lambda serait tenté de croire à l’opération bassement commerciale ... Reste que la voix enchanteresse d’un Johnny Cash vieux et malade fait vite oublier toutes ces vanités, pour ne se concentrer que sur l’essentiel : encore des super-reprises !

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