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John Foxx : "From trash"
Recyclage réussi

jeudi 14 décembre 2006, par Albin Wagener

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Tiens, c’est étrange. Le nom de Louis Gordon ne figure pas sur la pochette de ce nouvel album. Foxx à nouveau seul ? Foxx seul, certes et sans album instrumental cette fois. Etonnant et rafraîchissant, Foxx a finalement opté pour un son synthétique plus épuré mais aussi plus excentrique, et ce pour le plus grand bonheur des amateurs : finies les escapades trance associées à Gordon, le Foxx nouveau est arrivé !

Et pourtant, Louis Gordon est bel et bien crédité sur cet album. Il faut simplement croire que celui-ci a dû avoir un rôle moins prégnant que sur les dernières productions de Foxx, et que c’est sans doute pour cela que les nouveaux morceaux de l’un des maîtres à penser de la musique électronique sont si saccadés, si novateurs, si étonnants. En d’autres termes (même si Foxx a renoué avec ce filon depuis le milieu des années 90 et son Shifting City), cet album est sans doute le plus proche du célèbre Metamatic qui avait révélé l’ancien leader d’Ultravox, du moins dans l’esprit. On garde les mêmes thèmes et on recommence : les villes occidentales industrialisées, les petites existences préprogrammées de nos vies absurdes, les sensations qui nous trompent et nous fabriquent des univers, et cette évidente nudité et pureté des instruments électroniques qui donne aux morceaux une touche profondément humaine, comme sur Never let me go.

John Foxx nous revient surtout avec une touche d’humour et d’expérimentation qu’on ne lui a pas toujours connu. Alors qu’il pourrait comme à son habitude déverser ses textes paranoïaques et schizophrènes sur des instrumentations à la limite de la pathologie, il distille l’espoir et l’ampleur musicale sur A room as big as a city ou s’amuse à préférer le second degré sur les très entraînants From trash et Freeze frame. Grosse nouveauté au sujet de tous ces morceaux : la production. Les sonorités électroniques sont moins technoïdes, plus proches des synthés vintage et des inclinaisons les plus electronica possibles, avec, pourquoi pas, quelque chose qui semble bien plus proche de l’insolente invention que de la récupération pure et simple. Les sons s’enchaînent admirablement, les petits bruits soutiennent les mélodies avec grâce et finesse. Les rythmiques se montrent parfois coquines et jouent de leurs beats pour mieux décontenancer l’auditeur et le faire dodeliner du chef, voire carrément remuer du popotin - écoutez donc le facétieux Friendly fire !

Paradoxalement et parallèlement, ces inventions sonores donnent parfois à certains morceaux des couleurs que l’on aurait pu soupçonner aux productions de r’n’b les plus modernes qui soient. Avec quelques arrangements différents, Your kisses burn pourrait ainsi certainement obtenir un succès considérable outre-Atlantique... mais qu’à cela ne tienne : l’intégrité intelligente est le maître-mot de ce nouvel opus. D’autres titres renouent avec les moments les plus classiques de la discographie de Foxx : le dansant Impossible joue ainsi avec les codes du genre tout en imposant un bruitisme saccadé, alors que son compère A million cars semble plus à interpréter comme un clin d’oeil au précédent opus Crash & burn, enregistré et produit avec Gordon.

On vous en avait parlé précédemment, 2006 a décidément été une année bien chargée pour Foxx, et on aurait pu penser qu’entre les rééditions des premiers albums d’Ultravox, les concerts avec Gordon et l’album instrumental Tiny colour movies, l’inspiration aurait pu fuir le petit génie mécanique logé dans l’esprit de Foxx. Mais pas du tout : From trash s’apprivoise au bout de quelques écoutes attentives et s’impose tout naturellement comme le meilleur album de Foxx depuis l’immense Shifting City. La preuve qu’on peut toucher à tout, s’octroyer de longues pauses et ne pas laisser son talent flétrir pour autant.



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Albin Wagener