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John Cale : "Hobo sapiens"
Théorie de l’évolution

mardi 9 mars 2004, par Marc Lenglet

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Il fut, avec Lou Reed, le fondateur du Velvet Underground, et plus tard, le producteur, entre autres, de Nico, de Patti Smith et des Stooges. Sa carrière solo, assez peu connue du grand public à l’exception du mythique Paris 1919, a débuté dès le début des années 70. A 62 ans, John Cale en a fait suffisamment pour faire partie des immortels du rock. Et ce n’est pas cet Hobo sapiens qui risque de faire fléchir l’estime qu’on lui porte.

S’il est bien quelque chose que l’on ne pourra jamais reprocher à John Cale, c’est de composer de la musique pour les masses. Certes, les titres relativement simples d’accès n’ont jamais manqué au cours de sa carrière, mais ce multi instrumentiste n’est jamais aussi pertinent que quand il se jette à corps perdu dans l’expérimentation, et réaffirme son intérêt pour la musique d’avant-garde.

Zen, qui ouvre l’album, est assez représentatif du contenu général de Hobo sapiens. Ayant pour une fois délaissé son piano, le Gallois livre un titre froid, au dépouillement presque mystique, où les sons artificiels tiennent une place prépondérante. En comparaison, le chaotique Reading my mind ou Things sont plus légers et popisant, mais restent empreints d’une noblesse et d’une classe qui ne sont pas sans rappeler les plus grands moments de David Bowie. La voix elle-même semble occasionnellement emprunter quelques accents au Thin White Duke, même si on ne retrouve pas chez ce dernier la folie et la tension perpétuelle qui rôdent dans les vocaux de Cale.

Des ballades spectrales comme Magritte, Twilight zone ou Caravan choquent par leur austérité et leur pessimisme. Si l’étrange Bycicle semble, peu après, vouloir faire revenir un peu de chaleur au sein de l’album, la tentative est immédiatement avortée sur Letters from abroad, qui fait dériver le propos aux confins de la folie. Emporté par son élan, Cale « sabote » son propre travail sur Things X : la guillerette Things s’en trouve mutilée et plongée dans les ténèbres les plus obscurs, métamorphosée en entité expérimentale boursouflée et imprévisible. Le rideau se ferme sur Over her head, sublime oraison funèbre à la noirceur dérangeante.

On conclut une écoute de Hobo sapiens passablement éprouvé, mais le souci du détail et la maniaquerie obsessionnelle de Cale font qu’on se persuade très vite - à raison - qu’on a fatalement oublié quelque chose au passage, que l’un ou l’autre détail nous a échappé. Si les écoutes suivantes ne permettront pas davantage de cerner totalement l’ovni, il sera pourtant possible de pénétrer, peu à peu, dans l’univers tortueux et malsain du grand homme. La musique de Cale semble être entrée dans une nouvelle ère glaciaire, une ère dont on ne souhaite pas la voir sortir de si tôt, tant une réussite aussi absolue et fondamentale que Hobo sapiens est représentative de ce qui poussera le public à écouter du rock pour encore des décennies.



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Marc Lenglet





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John Cale : "Hobo sapiens"
(1/1) 1er avril 2016




John Cale : "Hobo sapiens"

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Nice songs. I will never get tired of listening to beautiful songs. - Bobby Price

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