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Joe Cocker : "Heart & Soul"
Mais ça manque un peu de tripes...

vendredi 11 février 2005, par Marc Lenglet

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Depuis son interprétation hallucinée du With a little help from my friends des Beatles au festival de Woodstock, Joe Cocker demeure un des interprètes les plus mémorables du milieu musical. Mais cet album de reprises, qui semblait être taillé sur mesure pour lui, laisse étrangement une impression très mitigée.

L’éternel problème de Joe Cocker est qu’il n’a jamais été rien d’autre qu’une voix, bien qu’il ait déjà eu quelques velléités de penser le contraire. C’est ainsi que nombre de ses albums reposaient sur un bon paquet de reprises, généralement intéressantes à écouter, et quelques titres originaux dont on dira pudiquement qu’ils n’ont jamais bouleversé leur époque.

Quelque part conscient de ses limitations de songwriter, Cocker s’attaque ici à un album intégralement constitué de reprises de grands classiques de la musique de la seconde moitié du 20ème siècle. Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas cette fois. La voix de Big Joe est intacte, toujours aussi étranglée et à 60 ans révolus, on se demande encore quelle étrange alchimie d’alcool, de tabac et d’acide ont pu le rendre à apte à libérer de tels roulements de tonnerre gutturaux.

Ses capacités stricto senso n’étant pas en cause, c’est plutôt au niveau de l’adaptation même des morceaux que le bât blesse. On sent bien que Joe Cocker ne se force pas trop dans cet exercice. Tout le monde doit bien manger et payer ses impôts, ceci dit. L’instrumentation est assez terne, répétitive, sans imagination, en dépit de la présence de pointures comme Eric Clapton ou Jeff Beck. D’un autre côté, avec une telle voix, on se fout un peu de l’intérêt du backing-band.

En pratique, Cocker se casse la gueule sur le What’s going on de Marvin Gaye, qui n’atteint pas un seul instant la magie de la version d’origine. Everybody hurts était plus poignant chez R.E.M.. Même constat pour One. Même un chanteur avec certaines limitations comme Bono avait su apporter une touche mystique à ce morceau. Avec Joe Cocker, c’est rocailleux, puissant, mais ça manque de souffle, ça manque d’âme, ça manque de personnification. Plutôt surprenant quand on songe que c’est dans ce domaine que l’épileptique de Sheffield est censé briller.

Parmi les autres reprises notables au programme : I put a spell on you de Nina Simone, Chains of fools d’Aretha Franklin, Every kind of people de Robert Palmer, Maybe I’m amazed de Paul Mc Cartney et Jealous guy de John Lennon. Si aucune d’entre elles ne se révèle strictement décevante, il n’y a tout de même pas de quoi encenser le grand homme, qui semble pour une fois avoir oublié d’être impérial. Dommage de se contenter du médiocre quand on est digne de l’excellence...



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Marc Lenglet





Il y a 5 contribution(s) au forum.

> Joe Cocker : "Heart & Soul"
(1/1) 11 février 2005, par Gérard Meanvussat




> Joe Cocker : "Heart & Soul"

11 février 2005, par Gérard Meanvussat [retour au début des forums]

Dans le genre "chanteur à la voix rocailleuse qui sent bon le whisky et la nicotine", y’a toujours Tom Waits ou Mark Lanegan qui sont 10 fois plus intéressants et surtout talentueux.

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