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Jive Puzzle : "Where is love ?"
Un Thug averti en vaut deux

vendredi 21 janvier 2005, par Albin Wagener

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Ce qui nous fait une valeur marchande de quatre Thugs, si je sais compter. En effet, le projet Jive Puzzle est né avec douceur et patience des cendres de l’ex-combo punk-rock angevin. Accompagnés d’un ex-Kyu également producteur de Vendas Novas et de deux autres camarades de jeu, les frères Sourice nous font oublier le furieux engrenage de leur ancien groupe pour nous présenter une galette pas piquée des hannetons et arborant fièrement des tournesols noir et blanc. Une très agréable surprise.

Inutile de chercher du punk là-dedans, il n’y en a pas. Dès les premières notes d’Arriving Soon, on pense à du Massive Attack période Mezzanine - autant dire que le tour de magie est plutôt réussi. L’introduction tendre et délicate des cordes peut renvoyer à du Saint Etienne ou à du Divine Comedy. Après une telle introduction qui n’a plus rien à prouver ni à apprendre de qui que ce soit, Jive Puzzle enquille avec le single évident, j’ai nommé Urban. Une pièce maîtresse, quelque part entre électro-rock et jazz nerveux, avec une interlude noisy qui n’est pas sans rappeler les escapades de U2 sur Zooropa. Vous l’aurez compris, les cinq musiciens de Jive Puzzle ont choisi d’appliquer l’adage « sans maîtrise, la puissance n’est rien ». Quelle maîtrise, effectivement. Les instrumentations se posent et s’enchaînent comme si elles coulaient de source, les rythmiques hypnotisent sans pour autant abrutir, et chaque note est jouée de façon pertinente.

Dès Elle pleure, on retrouve du Talk Talk façon Spirit of Eden. Les influences électroniques se reposent pour laisser place à une sorte de jazz léger accompagné d’un violoncelle et d’une voix féminine (Elsa Maria Massol, s’il vous plaît) qui pose la question cruciale : « Where is love ? ». Probablement quelque part dans cet album. « Before you play two notes, learn to play one note - and don’t play one note unless you’ve got a reason to play it », disait Mark Hollis. Ses voeux ont été entendus à Angers. Au paradis des évidences résonne comme une ballade électro nocturne et intimiste. Chez Jive Puzzle, tout est rythmé, tout est fin, délicat. Il est rare de parler de travail d’orfèvre pour un album - ici, c’est le cas, sans aucun doute. La qualité d’une telle musique laisse présager de bonnes choses pour la suite de la carrière de ce petit ovni servi par une connexion angevine au meilleur de sa forme.

Pratiquement chaque titre de cet opus mériterait une chronique à lui tout seul. Il faudrait par exemple passer plusieurs minutes à essayer de décrire le sentiment de bien-être fier et ensoleillé que l’on éprouve à écouter Atmosphere, ou bien se creuser la tête pour décortiquer l’ambiance lounge de Holiday. The Unbeliever se situe quelque part entre un Notwist à la sauce Shrink et du Cause & Effect à leur paroxysme. Demain est sans conteste le titre le plus rock de l’album, même si l’électrojazz reste toujours omniprésent. Plus sombre que les autres titres, à la limite du spleen des soirées nébuleuses et des envies d’échappée belle, il nous montre que l’esprit révolté des Thugs s’est peut-être assagi et affiné dans ses expressions, mais reste toujours vivant. Puis viennent les ambiances ethniques et les balais enchanteurs de Frank Bergère sur Monday qui évoquent immanquablement David Sylvian, petit Jésus en culotte de velours de la pop-jazz, s’il en est.

Ici, toutes les influences sont bien digérées et exploitées d’une façon difficilement descriptible. Musicalement, il n’y a rien à redire : les morceaux s’enchaînent, dévisagent un univers, envoûtent les sens et permettent au CD de tourner en boucle dans la platine, ce qui n’est pas toujours évident avec les productions actuelles. Where is love ? conclut l’opus avec classe et brio, véritable joyau musical dans toute sa splendeur, à la croisée de plusieurs genres musicaux. Dix titres qui n’en finissent plus de dévoiler leurs charmes ; on a envie de voir tout ça en live, de voir les musiciens à l’œuvre, de vivre cette magie, de sentir ces frissons debout dans une fosse. Une grande leçon de talent qui donne envie d’un deuxième Jive Puzzle. Chapeau bas.

Auditeurs avertis, laissez donc le CD tourner après la fin du dixième morceau. Vous aurez l’agréable surprise d’entendre un tour de force de blues-punk du plus bel effet qui risque de définitivement convaincre d’un euphémisme : voilà un des meilleurs albums des années 2000 qui risque de ne pas vieillir...



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Albin Wagener