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Jay-Jay Johanson : "Self-portrait"
Clair-obscur

jeudi 11 juin 2009, par Vincent Ouslati

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Jay-Jay est un animal bien peu aisé à catégoriser. Il aime les faux semblants, les déguisements, un jeu du camouflage permanent qui lui évite tout étiquetage forcément maladroit et réducteur. Ce Self-portrait donne pourtant dans un dépouillement désarmant, effaçant d’un coup d’un seul toutes ses mutations précédentes, un unique cliché qui en remet bien d’autres en cause.

Qui est Johanson, le crooner tripo-hopeux de Far away ? La cousine de Ziggy Stardust sur On the radio ? Y a t’il encore réellement des boulets à coller à la patte d’un personnage aussi divers, aussi multiple ? Tant dans ses choix musicaux que visuels, Johanson donne l’impression continuelle de se chercher, de s’élaborer une identité face aux autres qu’il a lui même bien du mal à s’approprier.

Self-portrait semble donner enfin quelques bribes de réponses. Loin des quelques frasques, loin des effets technoïdes certes parfois très bien amenés, Jay-Jay en revient à lui seul, à cet être humain maigrelet et timide, fier d’avoir des fans sur Radio-France et Télérama mais surtout désireux qu’on lui foute la paix. On a largué les costumes, mis au rencart les coupes de cheveux rouge pétard, Jay-Jay se veut éloigné des personnages sortis de la manche, moins démonstratif, plus émotif. La musique s’en ressent, épure sensible, il n’en ressort qu’une farouche volonté d’aller à l’essentiel, le chant dirige, le piano suit, le peu qui reste garde pour lui le travail d’ambiance, la mise en ombre.

Cette sécheresse dans le traitement a de quoi rebuter de prime abord, trop abrupt, trop peu enlevé, trop linéaire même. Johanson ne cherche pas à amuser la galerie avec quelques tubes rentre-dedans, le ton se veut froid, l’ambiance polaire à l’instar d’un Medicine qui renvoie aussi bien au glauque d’un vieux film d’horreur qu’au spleen mortuaire de Ian Curtis.

C’est d’ailleurs l’un des rares moments avec Sore où l’on perçoit plus de recherches et de détails. Mais lorsque la musique prend parfois un soupçon d’ampleur, c’est pour délivrer des tombereaux de notes dépressives et fatalistes, jamais pour donner dans la joie naïve et la bonne humeur de rigueur dans tout bon diner mondain. On s’attrape comme un bout de malaise entre les feuilles, un léger sentiment de fin de cycle. Jay-Jay maintient son chant dans des teintes naviguant entre le gris et le noir, reste concentré sur ses propres démons, semble parfois chanter pour lui seul, pour son unique besoin.

Il tombe le masque qu’il tentait vainement de porter depuis si longtemps. Rarement disque n’a dépeint avec autant de crudité son principal interprète. Si j’ai bien eu quelques difficultés à accepter telle froideur, diverses écoutes rendent soudainement cette prise de son si personnelle très attachante. Le plaisir malsain de se noyer dans le spleen de l’autre, d’en voir émerger ces bulles sonores qui révèlent en surface tout un fatras traumatique visiblement très profond. Cet autoportrait dérange le spectateur, mais il serait dommage de ne pas persévérer à l’admirer, et voir enfin derrière la sécheresse apparente un fabuleux cliché.



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Vincent Ouslati





Il y a 2 contribution(s) au forum.

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(1/2) 2 décembre 2015
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(2/2) 15 juin 2009, par Humphrey




Jay-Jay Johanson : "Self-portrait"

2 décembre 2015 [retour au début des forums]

This material is worth listening. Their music are so catchy. - Dennis Wong YOR Health

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Jay-Jay Johanson : "Self-portrait"

15 juin 2009, par Humphrey [retour au début des forums]

Très beau texte qui va à l’essentiel et où l’émotion dirige (le reste suit, naturellement) et qui traduit avec pertinence le climat de cet album effectivement perturbant. A ressortir en pensant très fort aux fjords en cas d’attaque caniculaire cet été !

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