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L’Album du mois
Íon : "Madre, protégenos"
Don’t tell me there’s no hope at all

samedi 9 décembre 2006, par Geoffroy Bodart

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Après avoir claqué la porte chez Anathema et Antimatter, l’instable mais prolifique Duncan Patterson nous revient avec un nouveau projet dont il est, cette fois-ci, la seule tête pensante. Album conceptuel centré sur la notion de la Mère, Madre, protégenos est un nouveau chef-d’œuvre à mettre au crédit de son auteur torturé. Rompant avec la noirceur sans appel pour laquelle on le connaît, Duncan Patterson aimerait prendre son envol vers des sphères plus lumineuses. Mais l’accouchement ne se fera pas sans douleur.

Il y a quelque chose dans l’attitude de Duncan Patterson qui force le respect. Aussitôt qu’un des groupes dans lesquels il officie commence à acquérir un semblant de notoriété, il le quitte. Masochisme ou réflexe protecteur ? Toujours est-il qu’à chaque fois il nous revient pour nous exposer sa douleur, ses inquiétudes et sa vision sans concession de la condition humaine. Et à chaque fois son discours se fait moins caricatural, plus humain, plus pertinent. Epurant son style et son approche année après année, chanson après chanson, il nous livre désormais son disque le plus intime tant dans la forme que dans le fond. Dans cette optique, le nom de ce nouveau projet est loin d’être anodin, puisque Íon signifie « Pur », en gaélique. Illustration la plus évidente de ce travail d’épure, les guitares électriques sont définitivement raccrochées et ont cédé leur place à la guitare classique, à la harpe, à la flute et au violon. Au doom et au rock atmosphérique d’autrefois, on trouve aujourd’hui du folk médiéval, des ballades irlandaises et des plages atmosphériques durant lesquelles les arpèges et les lignes de basse minimalistes semblent s’étirer dans un grand mouvement hypnotique. Les invité(e)s au chant, toutes et tous plus inconnus les uns que les autres, défilent et chacun nous enivre à sa manière, s’appropriant le vécu de Patterson tout en injectant, de par leurs origines (on trouve en vrac des Grecs, des Italiens, des Portugais, des Russes) une touche world-music qui illustre le concept central de l’album.

Toujours aussi référentiel, tant vis-à-vis de lui-même (Anathema Maranatha, Goodbye Johnny Dear) que vis-à-vis de ses influences (Learpholl, qui détourne les paroles de Hey You de Pink Floyd : « Together we struggled, divided we’ll stand »), toujours aussi soucieux d’élaborer une structure d’ensemble, une cohérence générale à l’ensemble de son œuvre, Duncan Patterson brouille d’emblée les pistes. Sans pour autant condamner ceux qui ne disposeraient pas d’une vue globale de son parcours à une vision superficielle, et d’un intérêt amoindri, de son nouvel album, celui-ci ne prend toutefois tout son sens que lorsqu’il est mis en perspective par rapport à la discographie de son auteur. L’héritage d’Anathema et d’Antimatter est palpable et certains tics de composition sautent aux oreilles. Believe aurait facilement trouvé sa place sur un album du groupe de Liverpool et O efeito do verao, évoque fortement des ambiances déjà esquissées chez Antimatter, principalement sur le premier album, Savior (on pense énormément aux titres les plus barrés de cet opus : Holocaust et God is coming).

Malgré ces évocations, qui tiennent plus de la manière d’envisager la musique de Patterson que de la vulgaire œillade, l’atmosphère de Madre, Protégenos lui est propre, et malgré la diversité des intervenants et des influences, homogène. Il est néanmoins plus que probable que ceux qui espéreront trouver dans cet album leur dose de titres anxiogènes de la trempe d’un Lost control en seront pour leurs frais. Bien que la musique soit toujours aussi expressive et démonstrative de la santé mentale de ce pauvre garçon, les textes sont beaucoup moins assimilables et généralisables pour la génération Prozac, malgré leur caractère universel (on aborde la foi, le réconfort d’une mère, la douleur de quitter son foyer, la perte d’un être cher, la nécessité de rompre avec son passé et les personnes qui l’incarnent, etc.).

Tour à tour angoissant, comme sur Madre, protégenos qui évoque les ambiances mystérieuses d’Eyes wide shut de Kubrick, lumineux, comme sur Believe ou Fé, esperanza, amor ou bouleversant comme sur Goodbye Johnny Dear, fameuse ballade irlandaise composée par un aïeul de Duncan Patterson au dix-neuvième siècle, et interprétée ici a capella par une chanteuse dont les murmures s’avèrent plus traumatisants que les envolées, cet album est sans conteste un des disques de cet hiver. Une œuvre de rédemption, une tentative désespérée de se raccrocher à ses racines et de surmonter l’éloignement physique et le deuil, une quête de soi que l’on sait sans fin, où les questions que l’on se pose sont plus importantes que les réponses qu’on y apporte.

Voyez également notre interview de Duncan Patterson.



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Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Íon : "Madre, protégenos"
(1/1) 16 décembre 2014, par Walter




Íon : "Madre, protégenos"

16 décembre 2014, par Walter [retour au début des forums]

I really like this album. All my favorite songs are included in here. - Paramount Song

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