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Interzone : "Deuxième jour"
How the east was won

mercredi 13 juin 2007, par Geoffroy Bodart

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C’est à l’occasion d’un concert de Noir Désir en Syrie que Serge Tessot-Gay, guitariste de la formation bordelaise, rencontre Khaled Al Jaramani, joueur d’oud très réputé dans son pays. Le contact passe immédiatement et bien que le Syrien n’ait jamais écouté de rock avant cette rencontre, les deux hommes trouvent instinctivement le juste milieu entre leurs univers respectifs, leur Interzone.

Le premier album du groupe voit le jour et, à la surprise des intéressés, rencontre un beau succès (il va de soi qu’on ne parle pas ici de succès commercial). L’urgence et la spontanéité jaillissent avec une telle sincérité que l’auditeur en est bluffé. Pas encore rassasiés, les deux hommes profitent de leur première tournée pour composer une suite à ce remarqué premier effort.

Malgré son concept (la rencontre entre le rock occidental et la musique traditionnelle moyen-orientale) qui semble ne laisser qu’une faible marge de manœuvre à l’évolution du groupe, les deux musiciens ont avec brio réussi à éviter de tomber dans le piège de la redite. Pour ce faire, ils ont introduit davantage de couleurs dans leur musique. Les invités, qu’ils soient vocalistes ou joueurs de saz, kamantché, bouzouk, zarb, daf, se succèdent et permettent de développer, en certaines occasions, des ambiances franchement orientales (Nowhere you are). On y perd forcément en spontanéité ce que l’on gagne en profondeur et en souci du détail.

Cet attrait de Serge Tessot-Gay pour la musique moyen-orientale n’étonnera pas outre-mesure les amateurs de Noir Désir. Déjà sur 666 667 Club, le groupe étonnait par sa chanson-titre complètement barrée qui sentait bon le souk. Pareil sur le dernier disque en date du groupe français, le live En public qui s’ouvrait sur un long passage atmosphérique d’inspiration arabisante. Venant de la part d’un membre d’une formation aussi engagée sur le plan politique, on aurait vite fait de prêter au guitariste des intentions revendicatrices, portant sur l’ouverture aux autres cultures. Serge Tessot-Gay balaie ces interprétations propagandistes d’un revers de la main, période électorale ou non. Il a été charmé par la sensibilité de Khaled Al Jaramani et l’implication qu’il met dans son jeu, et a voulu jouer avec lui, point barre. Et de rappeler au passage son amour de Led Zeppelin, grand instigateur du métissage dans le rock et de l’ouverture aux sonorités moyen-orientales avec son célébrissime Kashmir, et de Robert Plant, qui a poursuivi et poursuit toujours (voir son dernier album, Mighty Rearranger) cette exploration musicale.

Si l’on avouera que jamais on ne se serait intéressé à la musique syrienne ou turque et à leurs représentants si le nom du guitariste de Noir Désir n’avait pas été accolé au projet, on ne s’intéresse pas non plus à Interzone uniquement pour le jeu de Serge Tessot-Gay. Ceux qui seraient en quête de riffs dans la lignée de Tostaky ou La chaleur ont tout intérêt à passer leur chemin. Car jamais l’un ou l’autre des musiciens de tentent de voler la musique à l’autre. Le mariage est parfait car né du seul désir de jouer ensemble, et l’harmonie est évidente. Si elle est parfois enlevée, comme sur Sounounou, Baiati ou Cana, la musique d’Interzone est aussi planante, introspective, volontiers mystiques et évocatrice d’images tantôt chaleureuses (Indian road), tantôt glaciales (L’effroi, Requiem). L’enchaînement des titres se fait sans temps mort, le saut d’une ambiance à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une musicalité à l’autre surprend sans cesse mais ne choque jamais, l’album a ce petit quelque chose qui ne le confine pas à l’ici et le maintenant, et ne le rattache à aucune mode. Une réussite totale.

L’avenir du groupe est pour l’instant inconnu. Khaled Al Jaramani a ses projets de son côté, Serge Tessot-Gay a également les siens. Il va tout d’abord se consacrer à son autre groupe, Zone Libre, avec Marc Sens (qui nous avait ébloui sur le On tour de Yann Tiersen). Ensuite, fin 2007, si Bertrand Cantat sort de prison comme prévu, le guitariste sait d’ores-et-déjà qu’il rejoindra son ami pour faire de la musique. Que cela se concrétise par un disque ou non n’est pas une question à l’ordre du jour. Quant à Interzone, même s’il sera mis entre parenthèses un moment, nul doute que dès lors que l’envie de rejouer ensemble se manifestera, ces deux musiciens sauront se trouver.



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Geoffroy Bodart





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Interzone : "Deuxième jour"
(1/1) 14 juin 2007




Interzone : "Deuxième jour"

14 juin 2007 [retour au début des forums]

Belle chronique Geoffroy, dommage qu’elle n’intêresse aucun des petits musicaux frustrés qui fréquentent ces pages internet et qui préfèrent vomir leur haine sur des brèves sans aucuns intérêts.

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    Interzone : "Deuxième jour"

    2 août 2007, par roland [retour au début des forums]


    Bonjour,

    Ai eu l’occase de voir à Bruxelles deux fois Serge en concert avec son projet actuel. D’abord une fois au Botanique en duo avec le joueur d’Oud syrien Al Jamarani. C’était, il y a deux ans, je pense.

    Revu ce vendredi 23 mars dernier dans la superbe salle de l’Opéra de Bruxelles, la Monnaie, en formation plus élaborée (chanteuse, chanteur et plusieurs musiciens traditionnels du Moyen-Orient). Devant quelques centaines de spectateurs aux nues bien entendu. Rien que du bonheur.

    Les deux cd d’Interzone tournent en continu dans mon lecteurcd. Ai été au courant d’une petite tournée en France (notamment à Tourcoing dans le Nord) dans les jours qui ont suivi. Puis, plus rien. Son site ne donne que des infos vieilles de plusieurs années. Ou alors je cible mal.

    Merci si des infos sont disponibles sur des concerts futurs, de m’en faire part.

    Meilleures salutations.

    Roland Van Driessche
    Place Sainctelette, 2
    B-1080 Bruxelles
    tel. : +32.2.421.84.72.
    fax : +32.2.421.87.75.
    E-mail : r.vandriessche@awex.be
    Website : www.wallonia-export.be

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