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Institute : "Distort yourself"
Planète hurlante

mercredi 22 novembre 2006, par Albin Wagener

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Gavin Rossdale est en train d’amorcer quelques virages. Le musicien, compagnon de Gwen Stefani à la ville, a choisi en un court laps de temps de mettre un terme à l’aventure Bush, et de se consacrer également à une carrière cinématographique (on a pu le voir récemment dans Constantine). Mais en 2005, il sortait également le premier album de son nouveau projet Institute, enregistré avec quelques musiciens du groupe Helmet.

On peut reprocher des tas de choses à Bush : on peut leur reprocher d’avoir trop longtemps hésité entre grunge et metal, on peut leur reprocher de ne pas avoir été assez Européens (d’origine britannique, le groupe s’adonnait à des mélodies qui avaient bien plus de succès outre-Atlantique qu’au sein même du vieux continent), mais le fait est qu’ils ont su composer de bons albums, notamment The science of things. Une chose est sûre : les amateurs de Bush (et de Helmet) ne seront pas déçus, et seront même ravis d’entendre à nouveau la voix de Gavin s’aventurer sur le fil du rasoir de riffs saturés. A vrai dire, Distort yourself semble reprendre là où Golden state avait expiré, s’autorisant plus de progressions et d’espacades loin des canons du genre.

Maintenant, il est clair que si vous préférez les nouvelles égéries du NME au rock américain dit "alternatif", alors vous éprouverez sans doute un ennui grandissant à l’écoute de cet album. Et pourtant, il est vraiment bon, dans la mesure où il s’autorise à transgresser les frontières musicales au fur et à mesure que les titres se développent. Avalanches saccadées sur When animals attack, décalages mélodiques sur Information age, et refrain formidable et immédiat sur Mountains et ses paroles à la fois acerbes et cruellement poétiques. Au niveau des textes, on retrouve un Gavin Rossdale en grande forme, oscillant entre les histoires de la vie quotidienne et quelques métaphores oniriques.

Les notes mouillées de l’introduction de Bullet proof skin semblent cependant plus prometteuses que le corps même du morceau, et on se retrouve parfois à espérer plus que ce qu’Institute a à nous offrir. On se dit que même si les morceaux sont bien fichus et effectivement efficaces, il manque çà et là quelques fioritures qui n’auraient en rien desservi les compositions originales, et qui auraient apporté de véritables avancées au son de ce nouveau groupe. C’est vraiment dommage, car sur une palanquée de morceaux, on pense à des influences plutôt intéressantes : Boom box n’aurait pas juré sur un album d’A Perfect Circle, et Seventh wave évoque parfois la machine rageuse d’Audioslave.

En fait, Institute est un magnifique témoignage de ce que le rock des années 90 a fait de mieux. Ce rock particulier, à mi-chemin entre garage, metal et grunge, qui faisait toute la recette du succès de Bush, parvient à sauver Institute de la débâcle et à donner à ce Distort Yourself ses lettres de noblesse. Ajoutez à cela les ballades magnifiques que sont Secrets and lies et Save the robots, et vous obtiendrez un album à la tenue de route pratiquement idéale. On espère en tout cas sincèrement que les influences musicales des nineties continueront à porter leurs fruits et à bazarder les nouvelles moutures estampillées MTV2 afin de nous ramener vers des contrées plus inventives. Si vous souhaitez aller dans ce sens, alors ce Distort yourself fait déjà partie de vos albums favoris.



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Albin Wagener