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Ian Broudie : "Tales told"
La Madeleine de Proust

dimanche 24 octobre 2004, par Laurent Bianchi

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Ian Broudie, ce nom vous dit probablement quelque chose... Jusqu’ici caché derrière autant de noms que de disques divers, ce grand bonhomme de la scène indie anglaise sort enfin un disque solo qui se veut une révérence aux songwriters inspirés ainsi qu’au temps qui passe. Au gré des ballades qui l’égrainent, il se veut tantôt intemporel, tantôt nostalgique, toujours inspiré. Du bel ouvrage en somme.

Alors qu’il produisait les deux albums de The Coral puis celui de The Zutons, dans sa ville natale de Liverpool, Ian Broudie était déjà en train de fignoler quelques titres de son propre cru, loin de ce qu’il avait déjà fait (The Lighning Seeds, Big in Japan - qui a, aux côtés de Joy Division, fait la réputation du label Factory), ou produit (de Echo & The Bunnymen à The Fall en passant par les Pale Fountains). On a affaire à un vieux de la vieille, bien rôdé et bien au courant - en tant que protagoniste - de ce qui se fait dans le monde du rock. Mais voilà, il arrive toujours un moment où l’on regrette de ne pas avoir le temps de se poser, de penser à soi, de faire le point. Car tout en produisant, Ian Broudie créait, pour lui et rien que pour lui, avec pour seul instrument une guitare sèche, tout en écoutant Johnny Cash et Nick Drake, des chansons, des comptines bourrées de nostalgie. On comprend que le temps devient primordial, a fortiori surtout quand on est tout le temps occupé. "Time is passing by" qu’il chante, accompagné d’un violoncelle.

A l’instar de la pochette, on sent tout de suite l’invitation à la ballade bucolique, à l’admiration de dame nature, drapée dans son beau manteau d’automne. Les paroles voguent dans ce sens car on s’imagine sans mal écoutant la galette au coin d’un feu chaleureux, une bonne tasse de thé à portée de main (à moins que vous préfériez une petite fiole de Whisky...). Tales told : ce sont en effet de beaux contes que nous narre Ian Broudie, pour nous plonger dans le monde merveilleux de l’introspection, où les petites choses du quotidien deviennent autant de Madeleines si chères à Proust.

L’instrumentation - qui devait se contenter d’une guitare sèche - est bien fournie, avec une délicatesse qui fait chaud au cœur. Les gaillards de The Zutons et de The Coral sont parmi les élèves - ravis - qui ont contribué au décor de la nouvelle demeure de leur professeur et maître à jouer. Sur certains titres comme Got no plans, leur influence est flagrante. Il faut reconnaître que Ian a eu du nez sur ces deux coups-là, nommés au Mercury Prize. Pour le reste, les violons et autres arrangements soignés sont de la partie, donnant encore une teinte country à l’ensemble. L’accordéon et le banjo achèvent de nous convaincre de la richesse méconnue de ces instruments à vent et à corde. Des instrumentaux (comme Super cinema) viennent revigorer les ballades qui l’entourent. Enfin, Something street, titre plus enlevé sur le final, clôt ce très bel ouvrage. Pour les patients, un petit titre caché, instrumental, tout à fait dans le style de Badly Drawn Boy vous attend. Ce petit chef-d’œuvre ressemble beaucoup en fait au style de ce dernier : les mêmes mélodies alambiquées, le même soin dans les arrangements et le décorum, les mêmes préoccupations dans les textes. Tout ce que l’on aime quoi !



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Laurent Bianchi