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HushPuppies : "Silence is golden"
Pourquoi chercher midi à quatorze heures ?

lundi 19 mai 2008, par Alexandra Jakob

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L’autre soir, alors que j’engloutissais une boite de chocolats en Suisse, Dr. House céda aux sirènes commerciales au beau milieu d’une répugnante histoire de ténia cérébral. Le temps de sacrifier au traditionnel arrêt au stand et je posai mon pouce sur la gâchette infrarouge, me dirigeant sans peur ni reproche vers le fief de Kevin Moulback, l’estimable et vipérin blogueur de Yahoo. Comme tous les Mercredi soirs, Philippe était là, chez les privés, les Ray-Ban de Bob Zimmerman rivées au pif, en train de se prendre pour le Jean-Pierre Coffe de la TV réalité musicale.

Oh, rassurez-vous. Je vous épargnerai le coup de l’érudit offusqué par l’honteuse compromission du rédacteur en chef d’un journal rock dans une émission de variétés. Car dans le fond, l’immense majorité des téléspectateurs de La Nouvelle Star ignorent tout des activités connexes du sieur. Pour eux, Philippe sert juste à saquer Kristov, Matylde ou je ne sais quel jeunot gentiment rêveur, affublé de surcroît d’un prénom tuné à grands renforts de malversations orthographiques.

Bref, revenons au Philippe qui nous intéresse. Le rédacteur en chef de Rock & Folk. L’homme qui se ridiculise sur les ondes helvétiques de Couleur 3, la seule bonne radio rock à des mégahertz à la ronde. Autant se le tenir pour dit, Philippe n’écrit pas sur le rock, il fait du rock, voire même, dans ses fulgurances les plus achevées, le rock. Pour étayer cette thèse un tantinet téméraire, notre homme se fonde sur des arguments d’autorité forcément implacables. A force de l’entendre se targuer d’avoir sauvé Gainsbourg du suicide, se vanter d’être dans les petits papiers de Ray Davies, ou encore se satisfaire d’avoir fini ligoté à un pilier de la Tour Eiffel sous les mains punks des Stranglers, on finirait presque par le trouver un poil mégalo, le bougre. La bonne foi à son paroxysme, force est de reconnaître qu’il a quand même sorti du marasme un Rock & Folk en considérable perte de vitesse au moment de son arrivée. Quelques rédacteurs fichtrement compétents (Ungemuth et Farkas par exemple) assurent même aujourd’hui à son bébé le titre envié de seul canard lisible de la presse rock française. C’est d’ailleurs pour cela que des Rock & Folk, j’en ai toute une pile qui trône vous savez où. Malheureusement, aucun d’entre ne m’a éclairée sur ce point crucial : le vide poussé engendre-t-il la complaisance vis-à-vis d’une certaine médiocrité ? Et ouais. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

De là à trouver Philippe périmé, il n’y a qu’un pas aisément franchissable. Dans sa grande lucidité, notre homme le reconnaît d’ailleurs lui-même. Place aux jeunes ! qu’il crie tous les Vendredi soirs au Gibus, avant de retourner à la rédac’ pondre un énième article sur les Stones (ou les Stooges si mois impair), le fauteuil quatre roues motrices posé sur le parquet qu’il foule quotidiennement depuis quinze ans.

Tout ça pour dire qu’après ce dégommage d’ambulance en bonne et due forme, je n’ai même pas abordé le fond du problème, la vraie raison de mon contentieux avec Philippe. C’est aussi con que ça, j’ai beau être une rédactrice consciencieuse et naturellement dotée de l’objectivité qui sied à ma tâche, il y a un truc que je ne supporte pas chez lui. Cette façon de lapider sans vergogne les groupes que j’adore, ou encore de les ignorer avec dédain. Philippe trouve Franz Ferdinand insupportable, et quand il parle de Air, il parle surtout de lui-même.

Naturellement, les HushPuppies ne font pas exception à la règle.

A l’époque où les cinq Perpignanais ont fait irruption sur le marché, Philippe s’échinait à créer une scène rock parisienne en envoyant au charbon les fils de ses copains et quelques jolies jeunes filles pêchées dans les faubourgs de la capitale. Pour ce faire, il engagea même une rédactrice dotée d’une plume juvénile, dont les écrits s’étalent encore maintenant sur une pleine double page de Rock & Folk. Par chance, quelques chansons aussi efficaces qu’enthousiastes résultèrent de ce pataquès médiatique. C’est toujours mieux que rien. Mais bon, avouez qu’il faut quand même être sacrément tordu pour aller monter en épingle les Naast ou autres Plastiscines, alors que la quasi perfection se trouve juste sous vos yeux. Malgré leurs allures de dandys blasés en tête de leurs albums, les HushPuppies font montre d’un enthousiasme revigorant, ne se prennent pas au sérieux et alignent les mélodies imparables avec une facilité déconcertante. Par-dessus le marché, ils ont parfaitement assimilé les légendaires compilations Nuggets, au point de se permettre de mêler à leur rock garage débridé des atmosphères plus planantes que ne renieraient pas des maîtres de la french pop comme Air ou Burgalat. Et en prime, ils peuvent s’offrir une reprise de l’immense I’m not like everybody else des Kinks sans avoir à souffrir la comparaison avec l’original. Que demander de plus ?

Bien sûr, les grincheux auraient sans doute aimé que Silence is golden ressemble un peu moins à son The trap de prédécesseur. Car mis à part un léger étoffement de la basse et une prééminence encore plus marquée de l’orgue garage, ce deuxième album sonne exactement comme le premier, bonnes chansons incluses. Le décadent et brillant Bad taste and gold on the doors, où Olivier Jourdan réclame sa Kate Moss comme tout rocker qui se doit, fera sans nul doute sourire avec un rien d’ironie, alors que Moloko Sound Club et ses chœurs déchaînés montrent d’un groupe aguerri par des semaines de tournée à travers tout l’hexagone. Plus apaisé, Love bandit est doté d’une harmonie pop confondante, tout simplement belle, comme l’est celle d’Harmonium et son aérienne montée finale. Malgré la panne sèche d’adjectifs dithyrambiques, il faudra encore citer A trip in Vienna pour son solo d’orgue ébouriffant, Down, down, down pour sa superbe intro mélancolique, tout ceci sans oublier le parfait Lost organ. Pourtant, Olivier Jourdan clame comme un défi dans Broken Matador, peut-être la meilleure chanson de l’album, un "I’m well aware of what could be my weakness" rageur. C’est sans doute ce réalisme qui a permis à son groupe de gommer ses faiblesses avec une élégance aujourd’hui sans rivale sur le sol français.



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Alexandra Jakob





Il y a 7 contribution(s) au forum.

HushPuppies : "Silence is golden"
(1/3) 22 mai 2008, par Booze and shoes
HushPuppies : "Silence is golden"
(2/3) 19 mai 2008, par Tireboulette
HushPuppies : "Silence is golden"
(3/3) 19 mai 2008, par Benji




HushPuppies : "Silence is golden"

22 mai 2008, par Booze and shoes [retour au début des forums]

Je ne connaissais que vaguement ce groupe avant d’avoir partagé une scène à Lille avec eux en octobre dernier.
Et là, ce fut une excellente découverte qui s’est muée en véritable rencontre.
Le groupe réussit ce difficile exercice qui consiste à jouer juste et carré sans perdre l’"urgence".
Le son est gros et aiguisé, travaillé et naturel.
De plus, les membres sont plus que charmants, curieux et ouverts.
J’ai ce jour découvert un très bon groupe et des types très sympas .
7h du matin fut le moment où les chemins se sont séparés.
Si l’album est peut-être proche du précédant, je préfère cela à un autre groupe dans le style ("The Film") qui changea radicalement de style "pour le pire".

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HushPuppies : "Silence is golden"

19 mai 2008, par Tireboulette [retour au début des forums]

Quelqu’un pourrait-il me dire qui est ce James Braun dont Philippe Manoeuvre parle sans arrêt en ce moment ? Parce qu’en plus de se la péter méchamment, Philippe cultive un horrible accent français qui me donne l’impression d’entendre un VRP en sèche-cheveux... insupportable !

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HushPuppies : "Silence is golden"

19 mai 2008, par Benji [retour au début des forums]

Merci Alexandra pour cet article sur le plus sous estimé des groupes français. Il est vrai que l’album n’est qu’une continuité du premier mais qu’est ce qu’il est efficace ! Il y aura toujours des grincheux pour dire qu’ils n’inventent rien mais faut avouer qu’ils ont quand même plutôt bien digéré leurs influences : Who et Kinks en tête.

Il faut également les voir sur scène ( presque une demi douzaine de fois pour moi...) où ils sont impeccables : juste la bonne dose de hargne et de classe.

Pas la peine d’insister plus et de faire des comparaisons avec les bébés rockeurs, j’ai annulé mon abonnement à Rock&folk depuis toutes ces histoires.

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    HushPuppies : "Silence is golden"

    19 mai 2008, par Tom [retour au début des forums]


    J’hésite... Bon aller je le dis quand même !

    J’aime plutôt bien les hushpuppies, mais sur scène franchement... Ils veulent en mettre plein la vue et les oreilles, résultat t’entends rien, toujours la même intensité. Le volume du son me vrillait les tympans. Pour un amateur de leurs albums comme moi, j’ai à peine saisi les moments forts que j’espérais.

    Leur prestation était pas terrible non plus. Le style visuel et vestimentaire qu’ont adopté les hushpuppies depuis leur dernier album les lèse complètement, j’avais eu l’occasion de voir un concert d’eux à Bourges et c’était super : une bande de mauvais garçon devant un parterre hostile ou neutre de festivaliers. Là ils pouvaient se targuer d’en mettre plein la vue. La deuxième fois je n’ai vu que des dandys indifférents au public, desservis par une dégaine un peu trop ostentatoire à mon goûts. Faire des slams quand on est à peine 150 dans un salle c’est pas très malin, résultat le chanteur s’est fait porté par trois mecs ( avec le recul je me dis que c’était peut-être même des mecs du staff ) de long en large de la salle, avant de demander à ce qu’on le ramène...

    Le public avait me semble-t-il la même impression que moi. Résultat, en fin de concert la salle s’est vidée sans demander de rappel. C’était la première fois que je voyais ça.

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      HushPuppies : "Silence is golden"

      22 mai 2008, par Benji [retour au début des forums]


      Franchement cette impression mitigée je ne l’ai ressentie que lors du dernier concert que j’ai vu pour défendre le nouvel album. C’est vrai que le son n’était pas au top mais l’ambiance était toujours aussi bonne. Je les ai vus dans des petites salles du Nord de 100 à 500 personnes et l’intensité et l’ambiance étaient au rendez vous, tout autant qu’en festival chez eux près de Perpignan. puis c’est justement marrant de slammer devant peu de personnes, faut pas forcément remplir des zéniths pour le faire et ça montre le décalage entre le ton dandy un peu grande gueule volontairement adopté et leur vraie nature (ils proposaient de louer leur services sur leur site web pour venir faire le ménage ou des conneries chez les gens.)

      Cependant je peux comprendre ton point de vue, s’ils ratent un peu leur effet en concert ça doit vraiment tomber comme un soufflet raté.

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