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Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"
Scandaleusement bon

samedi 4 mars 2006, par Marc Lenglet

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On ne présente plus Hubert-Félix Thiéfaine. Perpétuellement à l’écart des tendances actuelles de la chanson française, ne sachant se décider entre le cynisme et la tendresse à l’égard de l’humanité, incapable tout simplement d’incarner autre chose que lui-même, jamais reconnu, toujours acclamé, le plus flamboyant outsider de la scène française retourne, après un Défloration 13 sombre et introspectif, à ses premières amours : des mélodies pop-rock suffisamment bien troussées pour éclairer faiblement les recoins inquiétants de l’univers intérieur de l’artiste.

Pour ce Scandale mélancolique, Thiéfaine a battu le rappel de toute la Jeune Garde de la musique française, laissant le soin aux « fils du coupeur de joints » de mettre en musique sa poésie écorchée. De Matthieu Chedid qui tient le banjo sur Libido moriendi à Mickey 3D qui joue au monsieur loyal des Jardins sauvages, en passant par Jean-Pierre Nataf (ex-Innocents) ou Angèle David Guillou du groupe Klima qui laisse éclater des vocaux sensuels sur le très electro Last exit to paradise, aucune de ces collaborations ne parvient à voler la vedette à l’inimitable style vocal du Jurassien, pas davantage que les mélodies pop-rock très actuelles ne rejettent dans les limbes son extraordinaire talent d’écriture. A une exception près : l’excellent instantané Gynécées se trouve complètement vampirisé par la voix horripilante de Cali. Heureusement que cette chanson, magnifique ode à l’éternel féminin d’une humilité touchante, soit d’un calibre suffisant pour gommer instantanément ce vilain choix d’interprétation.

Qu’il affirme haut et fort sa marginalité involontaire (Confession d’un never-been), qu’il exprime un soutien tout en réserve à qui-vous-savez de Vilnius (Télégramme 2003), qu’il rende hommage à ses géniteurs (When Maurice meets Alice), Thiéfaine reste égal à lui-même : un artiste entier, paradoxal et insaisissable, un homme qui dissimule sa crainte d’être trop mal - ou trop bien - compris sous une trame complexe de symboliques hallucinées. La syntaxe que manie Thiéfaine est un véritable régal pour tout qui se désespère de la banalité verbale qui empoisonne souvent la chanson française contemporaine. Thiéfaine reste le chantre d’un mode d’expression unique, d’une novlangue délicieusement pétrie de références classiques. Quel chanteur français actuel irait citer Thésée, Lord Byron et Charles d’Orléans au gré de ses textes ? Quel artiste francophone pourrait conjuguer à ce point déclarations prosaïques et élégies surréalistes sans désamour apparent ? Quel compositeur pourrait faire montre de la crudité verbale de La nuit de Samain sans que jamais, on ne puisse soupçonner une surenchère de vulgarité puérile ? Que l’on tente d’extraire le message profond de sa gangue hermétique ou que l’on se laisse simplement bercer par la magie des mots, l’exploration des méandres de la philsophie d’Hubert-Félix reste le ravissement perpétuel qu’elle a toujours été.

Seule brève interrogation au terme de l’écoute de cette excellente livraison : Thiéfaine ne se suffit-il plus à lui même en 2006. Il est surprenant, même après 3 décennies de carrière, qu’un artiste aussi farouchement indépendant semble soudain tenté de s’inscrire dans son époque. Pourtant, si on retire du lot le duo avec Cali, les multiples collaborations présentes sur cette nouvelle réalisation ne nuisent absolument en rien au propos de l’artiste, mais ne lui apportent pas davantage une quelconque dimension supplémentaire ? Coïncidence ou pas, ceux qui aimaient le Thiéfaine tragique et décalé qui fumait 113 cigarettes sans dormir pourraient trouver dans cette récente ouverture à la musique du monde extérieur un début d’explication à l’esprit relativement positif de ce Scandale mélancolique, et à l’apparente domestication de la verve cinglante de Thiéfaine.

Moins cynique que par le passé, tout en conservant sa part d’ombre et d’intransigeance, assagi peut-être, frôlant même du doigt un début de sérénité, le Thiéfaine nouveau ne livre peut être pas l’œuvre la plus incandescente de sa prolifique carrière. Faut-il voir, dans les récents événements promotionnels auxquels le loup solitaire s’est laissé convaincre de participer, un début de conformisme ? On en est encore loin. Même s’ils furent jadis plus vivaces, les dingues et les paumés arpentent toujours les voies sans issues de la chanson française, tandis que les alligators 427 sommeillent toujours dans l’ombre. Et à 57 ans, adoucissement du propos ou pas, Hubert-Félix Thiéfaine reste toujours l’électron libre le plus passionnant qui soit, un homme à l’univers personnel aussi riche qu’unique en son genre. Que Scandale mélancolique lui apporte le succès médiatique ne serait que justice. Mais en a-t-il réellement besoin ?



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Marc Lenglet





Il y a 20 contribution(s) au forum.

Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"
(1/6) 20 avril 2006, par Le drogué qui a pondu quelque chose de correct
Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"
(2/6) 9 avril 2006, par Gagi
Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"
(3/6) 15 mars 2006, par Marc Lenglet
Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"
(4/6) 6 mars 2006
merci
(5/6) 5 mars 2006, par galnoir
Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"
(6/6) 4 mars 2006




Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"

20 avril 2006, par Le drogué qui a pondu quelque chose de correct  [retour au début des forums]

Il ne passe pas à la radio, c’est du bouche à oreille comme disait Pierre Guyaux dans son emission 21 Rocks il y a presque un ans dans Classic 21

mais je pense, qu’il passeras bientot dnas des radio hors Classic 21 qui on le passe deja ... depuis un bout de temsp ...

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Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"

9 avril 2006, par Gagi [retour au début des forums]

En concert, pas de Cali, HFT la chante seul sa "Gynécées", et c’est aussi bien. J’avoue, je partageai le même avis que Mister Marc sur le voix du Cali, m’agaçait un peu. M’y suis fait finalement. Avec le temps. Et ce mariage improbable m’a paru interessant tout de même. L’album en lui même m’a réconcilié avec HFT depuis la tentation & le bonheur et vice-versa. Si on écrit pour lui, pourquoi pas, c’est une façon d’aider les nouveaux. Fut une époque ou avec Mairet il co-signait même l’album entier...

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Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"

15 mars 2006, par Marc Lenglet [retour au début des forums]

Suite du message du bas : monsieur le diktateur, une faute d’orthographe aussi ridicule j’en conviens n’est quand même pas aussi dramatique que tes prises de position bornées et guère justifiées je ne m’érige pas en père la morale mais je déteste que l’on démonte ce que j’apprécie sans le moindre fondement

Pourquoi faudrait-il apporter la moindre preuve au simple avis suivant : "La voix de Cali est horripilante", opinion qui, comme toute opinion - cela tombe sous le sens mais je vous le rappelle à toutes fins utiles - ne concerne par définition que son auteur ? On ne parle pas d’une analyse concrète d’une oeuvre ici, simplement d’un ressenti vis-à-vis d’un élément purement subjectif. Si j’affirme "Les choux de Bruxelles, c’est déguelasse" ou "Katie Holmes est moche", je n’ai rien à vous prouver et aucun moyen de le faire. Pas plus que vous n’arriveriez à me persuader du contraire. C’est du feeling, rien de plus. Je pourrais vous dire que Cali a une voix aigrelette, affectée, un ton de crooner-wannabe, ça ne prouve rigoureusement rien. Il pourrait encore être tout à fait à l’opposé de ces qualificatifs que cela ne changerait rien à mon opinion première : "La voix de Cali est horripilante". Elle m’énerve. Je ne l’aime pas. J’aurais bien aimé qu’il ne chante pas là dessus. C’est tout. Et ça n’empêchera pas le monde de tourner, vous d’aimer la voix de Cali, moi de ne pas l’aimer, et Cali de vendre des disques.

Dans le cas présent, vous-même auriez pu répondre que personnellement, vous adoriez la voix de Cali, qu’elle apportait une dimension supplémentaire à la chanson, etc...mais non, vous avez préféré monter sur vos grands chevaux, employer des termes aussi démesurés que malvenus et trépigner de rage comme un ado de 15 ans qui n’obtient pas gain de cause. Cela ne soutient en rien votre propos, cela le déforce au contraire.

Imaginez maintenant que cette chronique soit de vous. Vous auriez pu dire : L’excellent Gynécées se trouve d’autant plus magnifiée par la voix séduisante de Cali. Si je suis votre logique, j’aurais donc pu vous tomber dessus comme la peste, piquer une crise de rage, vous traiter de dictateur, de borné,...puisqu’il est bien entendu que, moi, je n’aime pas la voix de Cali.

Voyez-vous, c’est sur ce point que nous serons toujours différents...

Allez, sans rancunes, mais n’ouvrez quand même pas trop les journaux et les magazines, y a plein de choses dedans qui vont vous mettre hors de vous...

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Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"

6 mars 2006 [retour au début des forums]

Belle chronique, merci.

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merci

5 mars 2006, par galnoir [retour au début des forums]

HFT demeure l’un des rares phares du rock français éclairant tous ses navigateurs esseulés... très loin des lampions de la pataugeoire showbiz. Son Scandale Mélancolique est le dernier grand album hexagonal, point barre !

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Hubert-Félix Thiéfaine : "Scandale mélancolique"

4 mars 2006 [retour au début des forums]

décidemment j’ai pas de bol avec ce site qui est pourtant particulièrement intéressant à beaucoup d’égards : j’aime beaucoup indochine, ce qui est mal vu ici et je trouve que Cali a tout pour incarner une certaine filiation avec thiefaine, je ne vois pas ce que sa voix a d’horripilant et si je ne m’abuse la musique de ce morceau est signé par celui que vous décriez

continuez à bouffer de la musique anglo saxonne et à cracher votre venin sur tout ce que la pop francophone a de bon

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