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L’album du mois
HRSTA : "Stem Stem In Electro"
Parental advisory. Explicit chronicle.

mercredi 25 mai 2005, par Geoffroy Bodart

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Croyez-vous au coup de foudre musical ? A cette impression de fusion totale qui semble vous unir à un disque ou à une chanson ? Croyez-vous qu’un CD peut vous aimer au point de vouloir vous donner tout le plaisir du monde à chaque fois que vous l’écoutez ? Pensez-vous être capable de dire à une chanson : "je t’aimerai toujours" ? Placeriez-vous tous vos espoirs dans une relation platonique entre l’auditeur psychologiquement instable que vous êtes et un disque compact ?

Quand on est guidé par la passion, on se moque de connaître l’histoire de l’autre. Seul compte l’instant présent. C’est pourquoi je vais faire court pour vous présenter un peu ce groupe et cet album, car mes doigts me brûlent de déjà vous parler des perles qui le composent.

HRSTA (prononcez hershta) est le nouveau projet de Mike Moya, un des membres fondateurs du groupe culte canadien Godspeed You Black Emperor !. Outre ce guitariste hors pair, le combo est composé de membres issus de diverses autres formations peu connues de par nos contrées. HRSTA en est déjà à son deuxième album, le premier, L’éclat du ciel était insoutenable, étant paru en 2001 et ayant fait l’objet de critiques très positives. Voilà, on peut passer aux choses sérieuses.

Dès les préliminaires, les premiers accords de ...and we climb nous titillent juste là où il faut. On sent immédiatement qu’on tient quelque chose de vraiment bon. La mélodie répétitive, objet d’un très subtil crescendo, est tout simplement enivrante. Déjà un sourire béat fige notre faciès en une expression ridicule. Excellente entrée en matière pour nous faire aborder la suite, tous sens en éveil. Blood on the sun déboule ensuite avec sa voix spectrale et éthérée du meilleur effet. Le jeu de Mike Moya à la guitare est saisissant de retenue et de finesse.

Les titres suivants continuent d’imposer ce son délicieusement rétro, et ce n’est pas un hasard si le groupe se présente lui-même comme l’héritier d’un certain rock progressif anglais, comme Caravan, par exemple. Progressif ! Le mot qui peut arracher une grimace à certains est lâché. Mais pas de débandade pour autant, car si HRSTA est bien un groupe progressif dans le fond, on peut en discuter plus sérieusement pour ce qui est de la forme. Ici, il y a bien trois instrumentaux sur huit morceaux, mais il n’y a pas de démonstration technique des musiciens (bien qu’on sente qu’ils soient tous capables de prouesses), pas d’ambiances pompeuses, pas d’esbroufe. L’émotion pure, tirée directement de la musique, est l’objectif que cherche à atteindre le groupe, avec succès. Du rock progressif minimaliste ? Pourquoi pas ?

Mais je papote, et je m’éloigne un peu du sujet. Heureusement, Swallow’s Tail me rappelle à l’ordre. J’ai longtemps hésité sur l’adjectif qui pourrait qualifier le plus pertinemment cette chanson. J’ai pensé à jouissif, mais j’ai réfléchi au sens exact que revêtait ce terme. Et il me semble que la jouissance nécessite une extase complète, un abandon du corps et de l’esprit, c’est une expérience en soi. Il semble un peu excessif de parler de jouissance corporelle pour une chanson, c’est pourquoi ce terme, trop banalisé, doit être relativisé et utilisé avec parcimonie. Comment définir Swallow’s Tail, alors ? Et bien cette chanson est jouissive, nom de Dieu ! Tout commence par une pulsation maladive sur laquelle vient se poser une guitare absolument transcendante (je ne me tiens plus rien que d’y penser). C’est beau, c’est poétique, c’est prenant. La pulsation et la guitare s’effacent doucement et font place à une ligne de basse délicate que le chant, quasi-murmuré, vient accompagner d’une sublime manière. Et tout d’un coup, sans prévenir, c’est l’explosion. La mélodie du début, mais sur un son saturé, nous fusille sans sommation. Et c’est à ce moment précis qu’intervient la jouissance physique dont je vous parlais (je sens que je vais attirer sur le site quelques internautes pervers, moi). Après, ça, de nouveau le calme, cette ligne de basse hypnotisante et ce chant susurré. Et écoutez-moi ce jeu de batterie à l’arrière. Jamais je n’ai entendu un jeu aussi fin, intime et subtil. On jurerait que le groupe est juste à côté de nous et qu’on est assis près du batteur, lequel n’a qu’à effleurer ses caisses. Je vais m’arrêter là car la chanson dure huit minutes. Je sais bien que j’ai peut-être été un peu loin dans la description d’un seul titre, mais ça fait tellement du bien de pouvoir encore s’émerveiller de la sorte en écoutant une chanson...

Après ça, il faut bien un instrumental aérien et calme pour se remettre, sorte de cigarette post-coïtum. Et puis arrive une petite ballade gentillette avec un chant qui a instantanément évoqué en moi Billy Corgan. En fait, indépendamment même de la voix, Gently Gently a vraiment l’air d’une chanson échappée de Adore. Et l’album se clôt sur un dernier instrumental dans la lignée de l’ensemble de l’opus, c’est-à-dire très bon.

Que dire pour terminer ? Que l’écoute de Swallow’s Tail mérite à elle seule l’achat de l’album ? Certainement. Mais que ce serait injuste à l’égard de l’ensemble des compositions, toutes de très grande qualité. Une musique sensible et poignante, que seul un groupe indépendant jusqu’au bout des ongles est capable de produire.



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Geoffroy Bodart





Il y a 7 contribution(s) au forum.

HRSTA : "Stem Stem In Electro"
(1/3) 28 octobre 2016
> HRSTA : "Stem Stem In Electro"
(2/3) 30 mai 2005, par nooni
> HRSTA : "Stem Stem In Electro"
(3/3) 30 mai 2005, par lkj




HRSTA : "Stem Stem In Electro"

28 octobre 2016 [retour au début des forums]

I really like this collection. Some of my favorite songs are included. - Bath Planet

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> HRSTA : "Stem Stem In Electro"

30 mai 2005, par nooni [retour au début des forums]

Belle chronique pour un très bel album. J’avais déja beaucoup aimé le 1er et celui me semble encore meilleur. Je le conseille à tous le amateur de rock calme, tendu et assez sombre.

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> HRSTA : "Stem Stem In Electro"

30 mai 2005, par lkj [retour au début des forums]

J’ai une question Geoffroy : si on n’accroche pas trop sur Godspeed you black emperor peut-on quand même apprécier ce disque ?
C’est que ta chronique donne envie mais j’ai un peu peur de tomber sur une musique alternant un peu trop schématiquement calme et tempête.

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    > HRSTA : "Stem Stem In Electro"

    30 mai 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


    Question délicate...

    Tout d’abord, HRSTA ne joue pas vraiment dans la même cour que GYBE. Alors que celui-ci donne dans le post-rock crépusculaire, ceux-là tendent vers une musique qui est quand même plus simple d’accès.

    Ensuite, le format de l’album et des chansons est totalement différent. GYBE n’a pas peur de sauter du coq à l’âne dans une seule chanson (encore heureux, avec des titres de plus d’un quart d’heure). HRSTA, quant à lui, c’est 8 chansons bien différentes en 43 minutes, et à part Swallow’s Tail qui passe de l’intimité la plus totale à une puissance toute électrique (mais en restant une chanson très homogène), la majorité des titres plantent une seule ambiance et s’y tiennent. De manière générale, c’est le calme qui prédomine. Peu de guitares saturées, peu d’explosions, excepté Swallow’s Tail, toujours, qui fait figure de coup de tonnerre unique dans un ciel chargé, lourd, mais qui ne se décide pas à faire tomber une bonne grosse pluie.

    Enfin, HRSTA n’est pas un album instrumental et les voix jouent un rôle primordial.

    Tu en tireras les conclusions que tu voudras. Pour moi, HRSTA vit très bien en dehors de l’ombre de GYBE, mais il y a toutefois une parenté presque obligatoire.

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      > HRSTA : "Stem Stem In Electro"

      30 mai 2005, par lkj [retour au début des forums]


      Merci pour tes précisions :)

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        > HRSTA : "Stem Stem In Electro"

        30 mai 2005, par Geoffroy Bodart [retour au début des forums]


        Il n’y a pas de quoi.

        Si tu te décides à les écouter, n’hésite surtout pas à nous dire ce que tu en auras pensé ;-)

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          > HRSTA : "Stem Stem In Electro"

          30 mai 2005, par lkj [retour au début des forums]


          J’ai la facheuse tendance à démolir rapidement les albums de rock (là dedans je range grosso modo tout ce qui ressemble de près ou de loin à un groupe batterie-basse-guitare).
          Les trucs qui me passionnent vraiment y sont rares (je suis difficile, certainement trop).

          Enfin j’ai quand même envie d’essayer ce disque, pour voir.
          Et j’aime bien la pochette :)

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