Pop-Rock.com



Grails : "Burning off impurities"
La route des Indes

vendredi 7 décembre 2007, par Geoffroy Bodart

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Idlewild : "Warnings/Promises"
The Mooney Suzuki : "Have mercy"
Mint : "Magnetism"
Citadel : "Pluies acides"
Mercury Rev : "The secret migration"
Crowded House : "Time on earth"
Devendra Banhart : "Smokey rolls down Thunder Canyon"
Kanye West : "808s & Heartbreak"
Etron : "A world of nerds"
Major Deluxe : "Skyline Society"


Du post-rock teinté de world music. Voici brièvement exposé ce que nous proposent les Américains de Grails. Lâché comme ça, on sent venir le groupe bobo à des kilomètres, le genre de CD à présenter fièrement à ses camarades architectes d’intérieur, web-designers et avocats pro deo pour Amnesty International ; l’objet idéal pour passer pour un gars ouvert, fervent défenseur du métissage culturel et blasé du rock simplet anglo-saxon (sauf quand il s’agit de disserter entre amis des bienfaits du rock urgent, jubilatoire, creuset de pulsions animales, exécuté par des lads bien habillés). Par bonheur, Grails plaira aussi aux amateurs de musique, les autres.

S’il accumule tous les poncifs du genre, Grails va toutefois plus loin que le groupe de post-rock de base (comprenez : trois titres de quinze minutes, alternance de passages calmes et de murs de guitares, ambiance post-apocalyptique). Certes, les huit titres sont instrumentaux, ambiants, et longs pour la plupart. Mais de multiples éléments intégrés par le groupe à sa musique lui confèrent rapidement une personnalité et une aura unique.

Le plus évident de ces aspects est le recours à de multiples instruments et sonorités indiennes, lesquels ont vite fait d’imprégner à la musique de Grails une ambiance méditative et contemplative qui nous change des bandes-sons pour films de genre. Bien plus qu’un joli élément décoratif légitimant l’ouverture d’esprit du groupe, ces instruments jouent à l’égale avec les classiques guitare/basse/batterie, et permettent des sauts incessants entre les ambiances. De la sérénité aux poussées d’adrénaline (lesquelles n’ont pas besoin d’être dopées à la saturation électrique), le groupe remplit son office et nous offre un passionnant voyage où se mêlent dépaysement et introspection.

On est également rapidement impressionné par la technique des musiciens. Tous extrêmement précis et mélodiques, ils chargent leur interprétation d’une émotion palpable (le jeu subtil et varié du batteur risque bien d’en remonter à plus d’un). Bref, on sent autant le travail et la recherche de la perfection que l’implication dans le jeu de ces musiciens biberonnés au mouvement psychédélique et qui confèrent presque inconsciemment un rendu typé des 60’s et 70’s à leur musique.

Mais ce n’est pas tant cette agréable sensation d’entendre quelque chose d’assez rare et bien joué qui séduit in fine, mais bel et bien la force de frappe des chansons. Même si elles tournent généralement autour des huit minutes, elles ne s’égarent jamais dans des essais bruitistes ou purement ambiants et sont toujours construites autour d’une mélodie, d’un crescendo qui confèrent à chaque titre son identité propre (à l’exception d’un Origin-Ing complètement déstructuré). Cette volonté de constuire des chansons indépendantes permet de détacher clairement certains morceaux du lot, plutôt que de les considérer comme des parties d’un ensemble impénétrable. L’apogée de l’album est certainement atteint sur Silk Rd, dont la tendue introduction laisse place à une accélération irrésistible et jubilatoire. Mais on retiendra également la lente montée en puissance de Soft temple qui introduit l’album, ou encore la précision diabolique des arpèges de Dead vine blues mêlés à un clavier aérien, ou la boucle à la basse autour de laquelle est construite More extinction, etc. Les occasions de bander ne manquent donc pas... ce qui nous fait dire que le post-rock est loin d’être mort, surtout si l’on considère la fournée d’excellents disques qui nous sont tombés dessus ces derniers mois.



Répondre à cet article

Geoffroy Bodart





Il y a 1 contribution(s) au forum.

Grails : "Burning off impurities"
(1/1) 21 août 2015




Grails : "Burning off impurities"

21 août 2015 [retour au début des forums]

Good music can make someone to feel comfortable which can be good for reading or studying. - Dony McGuire

[Répondre à ce message]