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L’album du mois
Girls in Hawaii : "Plan your escape"
Belle échappée

vendredi 8 février 2008, par Geoffroy Bodart

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Il s’en est fallu de peu pour que cet album finisse quelque part au fin fond de notre décharge. Le sort en aura étrangement décidé autrement, en faisant atterrir cet album dans les mains d’un des rédacteurs de Pop-Rock les moins disposés à l’encontre du style pratiqué par les Girls, qui se sera au final révélé être l’un des seuls chroniqueurs de notre rédaction à succomber au charme de ce deuxième album.

J’avais un peu zappé le premier album des Brabançons wallons. Trop de hype autour d’eux à cette époque pour qu’ils m’intéressent. Leur album, écouté entre deux portes, ne m’avait pas dérangé une seconde, mais pas une seule fois par la suite je ne fus pris de l’envie de l’écouter à nouveau. Par la suite, le principal reproche que j’eus jamais à adresser aux Girls était le fait qu’il faille systématiquement y accoler le label « produit du terroir » pour que ce groupe puisse susciter un intérêt. Nous ne l’avons que trop dit et répété en nos pages : un groupe de rock est un groupe de rock. Il n’a pas à être plus intéressant du fait qu’il vient de Kiev, de Chicago, de Paris, de Manchester ou de Gosselies. Avec Plan your escape, les Girls proposent un album qui n’a pas besoin d’être rattaché à la scène belche pour qu’on parle de lui. C’est un album de pop-rock, tout simplement.

Tout simplement, car il ne faut évidemment pas s’attendre à des miracles en écoutant cet album. Plat, insipide, insignifiant, inintéressant sont autant de qualificatifs que l’on pourra émettre à l’encontre de ce disque très uniforme, cotonneux, et lisse (avec une pochette qui ressemble à un détail de celle de Our love to admire d’Interpol, le pire était effectivement à craindre). La première écoute ne fut à cet égard pas la plus convaincante, mais trois chansons (deux et demi, en fait) me firent dresser l’oreille. Ce fut suffisant pour me persuader de donner à l’album sa chance. Car même s’il est très easy-listening, c’est sur la longueur qu’il finit par s’imposer.

On retiendra surtout de cet album, outre sa facilité pop (qui fait souvent mouche), de nombreux arrangements et « expérimentations ». Celles-ci constituent plus un decorum qu’elles ne forment le substrat des chansons, ce qui rend la comparaison avec Radiohead aussi fortuite que ne le fut en son temps celle avec dEUS. C’est ainsi qu’un intermède comme 5.20.22, qui dure une grosse minute, ne vit pas par lui-même en temps que morceau indépendant, mais il donne corps à cet album (dommage que le groupe ait supprimé, en dernière minute, un autre morceau du genre, Coral, qui appuyait cette dimension aérienne).

Si on n’est jamais impressionné par la technique des musiciens, ni par le chant d’Antoine Wielemans, assez passe-partout et parfois étrangement détaché, on ne pourra s’empêcher de noter cette production assez brumeuse qui canalise les élans électriques et rock du combo. Le reproche avait déjà été émis à l’encontre de From here to there, qui se réalisait, au niveau de l’énergie pure, sur scène. Aucun doute, une fois encore, que des morceaux comme Bored ou Sun of the sons prendront une autre dimension en live. Quoiqu’il en soit, l’impression d’album compact et cotonneux que laisse Plan your escape est loin d’être déplaisante en tant que telle, et permet à plusieurs chansons de s’épanouir dans un registre propre. Couples on TV, par exemple, étrange et torse valse qui aurait tout à fait trouvé une place sur le Drinking songs ou le Failing songs de Matt Elliott, ne demande assurément pas une production plus rentre-dedans. Idem pour Fields of gold, qui se pose dans la catégorie « plus c’est long, plus c’est bon ». Avec ses six minutes au compteur, cette ballade folk et épique, centrée sur les battements métronomiques d’une guitare sèche et les lignes de chant les plus inspirées du chanteur, constitue le cœur et le climax de l’album. Le très atmosphérique Colours, le final splendide de Bored et le morceau conclusif, l’ombrageux Plan your escape, achèvent de conférer à l’album son tempo général et son ton mélancolique. S’il y a un reliquat de belgitude à déceler dans la musique des Girls, c’est bien dans cette mélancolie qui évoque parfaitement la météo d’un pays où il pleut durant neuf mois et où il drache les trois autres.

On notera quelques facilités et morceaux dispensables qui trainent toujours ici et là, mais rien qui vienne heurter l’excellente impression globale que laisse l’album au terme de nombreuses écoutes. Si l’on s’attend à un album de rock avant toute chose, qui soit plus brut que leur premier essai et qui grise de par le voltage déployé, on sera déçu, les Girls ayant définitivement opté pour une autre option, plus fine et acoustique. Si l’on attend des expérimentations, de l’audace, de l’innovation, on sera également déçu, les Girls n’ayant clairement pas le niveau pour aller titiller ceux qui s’adonnent à ce genre d’exercice intellectuel. Mais si on laisse à cet album le temps de révéler ses richesses, si on laisse au groupe l’occasion de définir et d’imposer ses choix au-delà de toute référence, alors il y a de fortes chances qu’on prenne pas mal de plaisir à écouter ce deuxième album, sans prise de tête aucune.



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Geoffroy Bodart





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Girls in Hawaii : "Plan your escape"
(1/3) 12 avril 2009
Girls in Hawaii : "Plan your escape"
(2/3) 27 avril 2008, par DaDoZ
Girls in Hawaii : "Plan your escape"
(3/3) 9 février 2008




Girls in Hawaii : "Plan your escape"

12 avril 2009 [retour au début des forums]

"avec une pochette qui ressemble à un détail de celle de Our love to admire d’Interpol" c’est sur que si on va chercher toutes les pochettes avec des animaux dessus ça ressemble à l’album d’Interpol... Bravo la référence ! Ils vont les chercher où les chroniqueurs ici ?
PS : puis bon il faut apprendre à écrire

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Girls in Hawaii : "Plan your escape"

27 avril 2008, par DaDoZ [retour au début des forums]

Il ne vaut pas le précédant, ne fuse qu’à la première écoute je me suis dit " Dodo toi"

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Girls in Hawaii : "Plan your escape"

9 février 2008 [retour au début des forums]

Rien que le fait de craindre le pire en voyant la pochette de l’album, qui s’apparente à celle du dernier et ô combien superbe opus d’Interpol, me laisse supposer que le sieur Bodart G. possède à tout le moins des goûts, au demeurant, extrêmement douteux !

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    Girls in Hawaii : "Plan your escape"

    9 février 2008, par Jimbo [retour au début des forums]


    C’est écrit sans méchanceté aucune, et désolé de ne pas m’être identifié, ça fait faux ch’ton !

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      Girls in Hawaii : "Plan your escape"

      14 février 2008 [retour au début des forums]


      le dernier Interpol est très bon.
      Et cet album est excellent, ça reste du Girls in Hawaii. Il faut apprendre à écouter un album plus dans la longueur pour l’apprécier vraiment. Ce disque sera comme pour le précédent dans ma discothèque et ne prendra pas la poussière de si tôt.
      Bravo les Girls.

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      Girls in Hawaii : "Plan your escape"

      27 mars 2008 [retour au début des forums]


      Faux jeton, mon ch’ti éléphant.

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