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Gary Numan : "Jagged"
Frissons garantis

mardi 14 mars 2006, par Albin Wagener

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J’ai trois bonnes nouvelles : la première, c’est que Gazza a décidé d’arrêter d’imiter poussivement Nine Inch Nails. La deuxième, c’est que Jagged n’est pas un deuxième Pure. Et la troisième, c’est que Numan signe ici son meilleur album depuis Metal rhythm. Alors que depuis quelques années, le pape des musiques électroniques avaient suscité nombre de vocations et de louanges quant à sa contribution magistrale au monde des musiques modernes, les dernières productions de Numan laissaient parfois à désirer. Mais fort heureusement, nous venons d’obtenir réparation : sur la pochette, déjà, c’est un homme serein et rassuré qui nous fait face.

Exit les Sulpher et leur son industriel qui ne semblait pas être à la hauteur des compositions du maître : cette fois, pour ce Jagged, c’est Ade Fenton qui s’y est collé. Pratiquement inconnu du grand public, mais reconnu dans le milieu de la techno alternative, ce fan de la première heure a réussi à éclaircir la production de ce nouvel album et à en faire un véritable objet d’innovation et de respect. Epique et mystérieux, Jagged plonge dans les méandres de l’esprit torturé de Numan, en réussissant avec brio à s’autoproclamer comme un mélange entre I, assassin et Sacrifice, dont on retrouve par ailleurs les nappes et les ambiances quasi-mystiques.

Comprendre un album de Gary Numan, c’est le replacer dans le contexte de l’œuvre entière de ce jeune Anglais atteint du syndrôme d’Asperger, qui avait commencé par faire du punk à la fin des années 70 avec Tubeway Army. Comprendre un album de Gary Numan, c’est comprendre les thématiques chères à ce musicien talentueux et introspectif, comprendre les interrogations qui jalonnent sa carrière et ses chansons. Comprendre un album de Gary Numan, c’est d’abord comprendre Gary Numan, les hauts et les bas de sa carrière, sa traversée du désert du début des années 90, ses histoires plus ou moins heureuses avec les différents labels qui l’ont hébergé, c’est comprendre l’être humain qui se cache derrière cette musique si unique et si transfigurée.

A vrai dire, dès les premières notes de Pressure, on a l’impression de se retrouver en face d’un Magic musclé (à mon sens un des meilleurs morceaux de toute la carrière de Gazza, avec Voix sans doute). Première caractéristique de Jagged : les guitares écorchées laissent leur place aux synthétiseurs, qui ont toujours constitué les instruments premiers des disques de Numan. Avec ce retour aux sources, on obtient des morceaux qui renouent avec l’essence même de l’œuvre de Gazza, tout en parvenant à contenir une modernité évidente et même avant-gardiste. En effet, sur Fold et même Jagged, on retrouve, aux milieux des ambiances ésotériques, des notes orientales très proches du magnifique Dust de Peter Murphy, mais aussi des synthés saturés et à fleur de peau, tout à fait à même de développer une énergie tendue pour soutenir les morceaux.

Chaque morceau paraît développer un monde à soi. Le single In a dark place est absolument imparable, avec son refrain anthémique, son énergie à la fois noire et aérienne et ses accords surprenants et tout simplement merveilleux. Avec Halo, l’ambiance se fait plus rock et plus mordante, martelée par un groove acéré et des sonorités industrielles et technoïdes. Sur Blind enfin, c’est une explosion ténébreuse mais positive qui parvient à se dégager après une introduction douce et faussement calme. Mais sur tous ces titres, c’est un Gary Numan sûr de lui que l’on retrouve, une voix savamment étudiée, des mélodies mûres, travaillées et d’une redoutable efficacité. Un Gazza en grande forme, bien au-delà de nos espérances pour cet album, parvenant à jeter des ponts assez inattendus entre Curve et Martyn Bates.

Peut-être que je suis trop enthousiaste, peut-être que je ne suis pas assez objectif. Mais ce stupéfiant Jagged est une très bonne surprise, et comptera certainement parmi les meilleurs albums sortis cette année. On y retrouve des morceaux plus expérimentaux, comme Melt ou Before you hate it, ou aussi de véritables hymnes que l’on a vraiment hâte de voir en concert, comme Jagged justement, le morceau titre qui agit comme une bombe à retardement, mais aussi l’énigmatique Scanner.

Enthousiasmant et très étonnant, Jagged est l’opus qui parvient à conjuguer Sacrifice, Exile et Pure tout en se projetant loin dans l’avenir. Il constitue à lui tout seul l’aboutissement du développement musical de Numan depuis le début des années 90, et le hisse sans complexe parmi les artistes les plus novateurs des musiques rock et électroniques dans les années à venir. Oui, Gary Numan vient de remonter sur son trône - et c’est tout le bien qu’on souhaitait, à lui comme à nous.



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Albin Wagener





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Gary Numan : "Jagged"
(1/3) 18 octobre 2016
Gary Numan : "Jagged"
(2/3) 18 septembre 2006
Gary Numan : "Jagged"
(3/3) 15 mars 2006, par JiMMy




Gary Numan : "Jagged"

18 octobre 2016 [retour au début des forums]

The trends in music is fast paced. New versions supersede the old ones. - Marla Ahlgrimm

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Gary Numan : "Jagged"

18 septembre 2006 [retour au début des forums]

La Musique N’est pas Faite pour La Critique , Car touts Les Gouts sont dans la Nature

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Gary Numan : "Jagged"

15 mars 2006, par JiMMy [retour au début des forums]

Effectivement, un très très bon album qui m’a réconcilié avec Monsieur Numan. Subtil mélange d’électronique dark et de guitares. Toutefois certaines sonorités me font penser à des fragments de Front Line Assembly. Mon épouse trouve qu’il y a pas mal de // avec le dernier opus de Depeche Mode... en tout cas l’aspect noir y est assurément.
A conseiller certainement.

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    Gary Numan : "Jagged"

    21 mai 2006 [retour au début des forums]


    Ce nouvel album de Gary Numan est effectivement de la meilleur veine. La sonorité même si elle se rapproche de son précédent opus reste un gisement de morceaux fabuleux. Batis pour la scène, ils prennent toute les ampleurs en concert. Celui qu’il a donné à Paris nous a permis de l’apprécier. Surtout que Gary se fait rare dans notre pays. Pas grand chose à voir avec le gloubiboulga de DM dont on se lasse après 2 écoutes... (même si ma femme préfère également)

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