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Garbage : "Bleed like me"
« Je me demande si le monde peut encore absorber une autre chanteuse blonde à gros nichons »

vendredi 6 mai 2005, par Marc Lenglet

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Sacrée Shirley, elle n’a jamais eu sa langue dans sa poche ! Le pire, c’est qu’elle a indubitablement raison (ceux qui ne sont pas d’accord avec ce constat peuvent sortir). Mais à l’époque de Beautiful Garbage, on aurait eu du mal à ne pas lui signifier venimeusement qu’il valait sans doute mieux composer de bonnes choses soi-même avant de cracher du fiel. Mais, aujourd’hui que sort Bleed like me, il n’est nul besoin de lui reprocher quoi que ce soit. On se contente d’apprécier comme il se doit l’album rédempteur d’un groupe tombé bien bas.

Au cœur des années 90, Garbage avait eu le grand mérite de rassembler sous une même bannière - et sans le savoir - les éléments qui allaient cartonner quelques années plus tard : du rock revêche, une forte prédominance electro et une chanteuse rouquine aussi mystérieuse que sensuelle. Le groupe avait crevé l’écran au bon endroit et au bon moment, à une époque où, avec une scène alternative déjà en déclin, et d’anciennes gloires qui peinaient à prouver leur pertinence, le rock ne vivait pas des heures particulièrement glorieuses.

Un heureux concours de circonstances qui, pour autant, ne doit faire remettre en question ni le talent de Shirley Manson pour la composition et l’interprétation, ni les dons de producteurs des ses trois camarades de chambrée - parmi lesquels le célèbre Butch Vig, responsable de quelques-uns des plus fameux albums des années 90. Après deux albums fédérateurs, Beautiful Garbage avait sonné comme un glas de sinistre présage. Garbage s’y métamorphosait en dispensateur de tubes mous et grotesques, s’abîmant même dans un R&B à la mode du plus mauvais effet. On apprit par après les divers problèmes relationnels et de création qui avaient miné entre-temps le groupe de Madison, et qui avaient abouti à un split temporaire plus ou moins passé sous silence. Dans ces cas-là, généralement, ça passe ou ça casse. Et quand ça ne casse pas, c’est presque devenu un poncif, mais on récolte généralement un album secoué et vindicatif, tout de rancœurs et de frustrations accumulées. C’est clairement dans cette optique que semble s’être déroulée la mise à bas de Bleed like me.

Si les pistes plus electro sont d’un intérêt non négligeables, ce sont surtout les morceaux les plus rock qui retiendront l’attention. Les guitares y rugissent avec une vigueur à laquelle on ne s’attendait pas vraiment, l’inénarrable Dave Grohl (décidément incapable de rester cantonné à son propre groupe) venant même réduire les fûts en charpie sur le brutal Bad boyfriend. Quant à Shirley Manson, elle retrouve les accents vénéneux de la Riot-Girl de jadis, et vitupère avec rage tout autant contre la pudibonderie américaine (Sex is not the enemy) que contre l’esprit belliqueux et infantile qu’elle juge animer cette nation (Boys wanna fight). On signalera un premier simple, Why do you love me, qui remplit son rôle de single sur un rythme effréné, ainsi qu’un Run baby run de facture exceptionnelle, en forme de clin d’œil à The Cure. A la rigueur, on pourrait déplorer que les deux ballades (Bleed like me et It’s all over but crying), un peu fades et dépourvues de la langueur éthérée de leurs consœurs des deux premiers albums, ne parviennent pas à susciter la même satisfaction. Sans être vraiment faibles, elles demeurent néanmoins très en-deçà des autres morceaux proposés.

Non, Bleed like me n’est probablement pas l’album de l’année. L’ensemble demeure souvent assez évident, à la limite du formatage. Mais du bon formatage, celui qui parvient, malgré son évidente facilité, à séduire et à provoquer une adhésion instinctive et sans complexes. Et quand on a à l’esprit les tréfonds d’où Garbage revient, on ne peut que s’incliner devant ce rock solide, nerveux, en colère, qui semble avoir enfin assumé ce qu’il était.



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Marc Lenglet





Il y a 16 contribution(s) au forum.

> Garbage : "Bleed like me"
(1/4) 10 juin 2005, par devloop
> Garbage : "Bleed like me"
(2/4) 26 mai 2005, par No enemies
> Garbage : "Bleed like me"
(3/4) 6 mai 2005, par Jé
> Garbage : "Bleed like me"
(4/4) 6 mai 2005, par Gérard Meanvussat




> Garbage : "Bleed like me"

10 juin 2005, par devloop [retour au début des forums]
Deux critiques d’album

J’aime beaucoup Bleed Like Me... je le compte dans mes albums préférés

Je n’ai pas détesté Beautifull Garbage, il y a des chansons que j’écoute avec plaisir mais je croisais tout de même les doigts pour que Garbage revienne à ses origines... et là c’est gagné
Des textes à la fois personnels et hard à encaisser puis les guirates sur l’album qui assurent :)

Puis Shirley est toujours aussi orgasmique :))

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> Garbage : "Bleed like me"

26 mai 2005, par No enemies [retour au début des forums]

BLM est tres bien, mais malheureusement beaucoup des critiques parlent à nos jours des problèmes pour arriver à cet album.

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> Garbage : "Bleed like me"

6 mai 2005, par  [retour au début des forums]

Impeccable chronique d’un come-back réussi. Exit les expérimentations pop hésitantes du précédent "BeautifulGarbage" : retour aux guitares enrobées de discrètes touches électro.
On retrouve avec "Bleed like me" le Garbage flamboyant des deux premiers albums.

Rien de bien neuf sur ce nouvel opus, mais on éprouve toujours le même plaisir à savourer les mélodies bien troussées de Garbage, accessibles mais dépourvues de la vulgarité inhérente à ce genre de production. Mieux, toutes les chansons se révèlent attachantes, parfois furieusement rock ("Bad boyfriend") avec des clins d’oeils ça et là (un pont dédié aux Pumpkins sur "Sex is not the enemy", les Undertones sur "Right between the eyes"). Une agréable surprise qui devrait réjouir les nostalgiques de "Garbage" et de "Version 2.0".

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> Garbage : "Bleed like me"

6 mai 2005, par Gérard Meanvussat [retour au début des forums]

Butch Vig est surtout responsable d’avoir gacher, avec sa production souvent trop léchée, des albums qui auraient pu être irréprochable, tels que "Nevermind" ou, d’un degré moindre, "Siamese Dream".

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    > Garbage : "Bleed like me"

    6 mai 2005, par Kevin [retour au début des forums]


    Alors là, je ne suis pas du tout d’accord avec toi... Dire que Nevermind et Siamese Dream sont des albums "gâchés" par leur production, c’est un peu naze si je peux me permettre... Certes, c’est très "propre", mais est-ce vraiment un problème ? Est-ce que porter Nirvana et les Pumpkins au sommet est une faute ? Si tu ose prétendre que tu connaissais les deux groupes avant ces deux albums fondamentaux, je peux peut-être te donner raison, mais comme ça m’étonnerait fort, je me permets de te dire stop... Kurt Cobain n’a certes pas supporté le succès remporté, mais quant à Billy Corgan, c’était un choix avoué, s’il a voulu jouer dans un groupe rock, c’était bien pour "être une star...", et s’il a choisi Butch Vig, ce n’était pas pour rien...

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      > Garbage : "Bleed like me"

      6 mai 2005, par Gérard Meanvussat [retour au début des forums]


      Eh bien oui c’est un problème. "Nevermind" serait aujourd’hui sans conteste l’album punk-rock des 90’s si Butch Vig n’avait pas été producteur. Car une production peut gacher un album, et inversement. Je te conseille d’aller (ré)écouter "In Utero", produit par l’excellent Steve Albini, et tu te rendras compte que le résultat surplombe totalement celui de Butch Vig. Là où "Nevermind" n’apparait que comme un album efficace et énergique, "In Utero" se distingue comme étant un disque sombre, brut, sale, viscéral et désespéré. Et concernant les Smashing Pumpkins, ils ont certes connu un certain succès grace à "Siamese Dream", mais c’est bel et bien deux ans plus tard avec "Mellon Collie and the Infinite Sadness" (chef-d’oeuvre incontestable, là encore du à une production frôlant la perfection) que le groupe a littéralement explosé. Amicalement.

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      > Garbage : "Bleed like me"

      6 mai 2005, par jp [retour au début des forums]


      Mais tout dépend de quel sommet on parle !
      Moi je suis 100 pour 100 d’accord avec Gérard.
      J’étais bien là qd est sorti Nevermind, et honnêtement, si trahison est un mot trop fort, perte de substance est à mon sens tout à fait approprié.
      Mais c’était du tout cuit pour la radio et la télé sans parler des sorties du samedi soir.
      On en a bouffé jusqu’a la nausée.
      C’est une erreur monumentale de consacrer Nevermind disque punk-rock du siècle alors que 95 % des gens ne connaissent même pas l’existence d’ Alice in chains, Pearl Jam, ... et j’en passe.
      Encore bien qu’ In utero avait qd même planté quelques jalons, parce que si Nevermind avait été le premier album du groupe, on aurait pris Kurt pour Avril Lavigne.

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        > Garbage : "Bleed like me"

        6 mai 2005, par jp [retour au début des forums]


        Ma langue a fourché, il faut lire Bleach à la place d’In utero pour les jalons.
        Mais bien entendu, avec In utero, ils ont corrigé le tir raté de Nevermind.

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        > Garbage : "Bleed like me"

        7 mai 2005, par Kevin [retour au début des forums]


        Sauf que les Avril Lavigne de l’époque étaient plutôt techno voir disco...
        Sinon, il faut aussi dire que les chansons de Nevermind sont beaucoup plus "pop", et c’était bien voulu... Sauf que Kurt n’avait pas vraiment prévu la dimension que ça allait prendre... Et si In Utero est plus sombre, la réponse vient aussi du songwriting (mais je te l’accorde, Steve Albini n’a pas été choisi pour rien et c’est tant mieux s’il a choisi une production beaucoup moins mainstream...). Mais il reste quelques traces "à la" Nevermind, Heart-Shaped Box ou Rape Me par exemple...

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      > Garbage : "Bleed like me"

      3 juin 2005 [retour au début des forums]


      mais les mecs..... vous ne savez rien de la prod d’un album, c’est lamentable
      de vous voir discourir comme des grandes folles sur un album aussi réussi
      que commun c-à-d une arnaque r&roll de plus, c’est tout !
      Et c’est cela qui est fantastique dans le rock...l’arnaque !

      [Répondre à ce message]