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Front Line Assembly : "Civilization"
Douce rebellion industrielle

vendredi 30 janvier 2004, par Jérôme Prévost

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Après des années de destruction manifeste, Civilization est la marque pour Front Line Assembly d’une thématique bien plus paisible...

Après six ans de séparation, Bill Leeb et Rhys Fulber se retrouvent pour le projet qui les a rendus populaires dans le monde électro-indus à partir de 1990. Malgré la sortie de trois albums de grande qualité sans le sieur Fulber, parti vers d’autres horizons, les fans attendaient la réunion du duo. Leurs retrouvailles furent d’abord fêtées par la sortie en 2003 pour le side-project Delerium de l’album Chimera : à mon sens une véritable catastrophe, réprésentative de la prostitution pop du talent des deux hommes. Le single Maniacal, annonciateur du nouvel album d’un FLA ressuscité sous sa forme la plus connue, était rassurant et laissait présager le meilleur.

Qu’en est-il au final ? Un album très varié, parfaitement dans la continuité de Implode et Epitaph, auxquels Fulber n’avait pourtant pas participé. Plutôt que de revenir en arrière, les deux hommes se concentrent sur ce qu’ils savent faire de mieux : la technique pour l’un, le songwriting pour l’autre. Ces deux choses ayant bien mûri chacune de leur côté, ce qui en résulte peut surprendre. Entre certains titres sonnant old school par leur atmosphère et d’autres presque sacrilèges par leurs innovations, il vous faudra un temps d’adaptation pour vous y fondre. Pour une fois, je me livrerai ici à une analyse titre par titre de l’album, cela vous permettra d’ailleurs de retrouver vos petits, l’éditeur Metropolis ayant eu la mauvaise idée de se tromper sur le tracklisting indiqué sur la jaquette.

Le premier titre, Psychosomatic, s’ouvre étrangement avec un rythme de batterie, (une première chez FLA), sur lequel le synthé vient se superposer lentement. La voix de Bill Leeb est traitée comme autrefois : les mots ne sont pas toujours distincts, l’agressivité est là... et pourtant, le refrain (le point fort du songwriting du groupe depuis toujours) est presque apaisé. A la moitié du morceau, un break ouvre la voie aux vocalises vaguement orientales de Leah Randi, la bassiste de Delerium lors de leur tournée l’an dernier. Electro dark + voix féminine : la chose pourrait justement faire penser à Delerium, mais il n’en est rien. Si la voix de Randi n’apporte pas la même poésie que Ofra Haza dans le Temple of Love ’92 des Sisters of Mercy, il se dégage une impression similaire dans la manière dont elle et Leeb se "parlent". La chanson se clôt par quelques notes de piano, simples et belles...

Arrive ensuite la lente intro de Maniacal - intro raccourcie par rapport à la version single de ce titre. Chose étonnante, car rien sur le CD maxi n’indiquait alors qu’il s’agissait d’une version longue. Quoi qu’il en soit, le titre reste ici particulièrement efficace et puissant. La voix est hargneuse, volontaire ; l’électro est discrètement soutenue par une guitare fondue dans la masse ; la rythmique est irrésistible... et le refrain est à mourir : impossible de ne pas hurler BANG ! avec Leeb. Le titre le plus uptempo de l’album.

Transmitter s’ouvre avec une voix féminine étouffée dans un écho, puis une rythmique assez rapide. Une guitare acoustique intervient pour lâcher quelques arpèges, puis des violons. Le bass synth et la voix de Bill, vocodée, arrive peu après. Quelque chose d’étrange se dégage alors de ce titre : de la positivité. Scandale ? Presque : le refrain scande "let’s all come together, let’s all join hands, let’s all march together, let’s do the war dance". La structure de ce morceau est purement exceptionnelle : un rythme groovy, des samples vocaux saccadés façon Zoolook de J.M. Jarre, des boucles presque pop, des cordes, des choeurs féminins... et ce refrain qui revient encore et encore provoquer le fan de FLA qui est habitué depuis 15 ans à entendre parler de la destruction nucléaire et de la domination de l’homme par la machine. On aime ou on n’aime pas.

Vanished. Un souffle, puis une rythmique étouffée. Fermez les yeux. Une ligne de basse, et la voix de Bill presque naturelle, fredonnant... Après une minute trente arrivent les synthés et le piano, appuyant l’impression de flottement. Le refrain, chanté en duo par Bill et Leah, débouche sur un break où Leah chante dans un style oriental très pur et plus franc que sur Psychosomatic, soutenue par quelques sons d’ambiance. "Vanishing horizons, we leave each other cold...". Un titre mélancolique, qui se termine là encore par quelques notes de piano.

Strategic est sans doute le titre le plus frustrant produit par FLA depuis des années : un instrumental ultra agressif constitué de quelques couches de sons électro et d’une boîte à rythmes... qui s’arrête au bout de deux minutes. Pourquoi ??

Une très lente intro atmosphérique d’une minute ouvre Civilization  ; des samples vocaux, très calmes et bien différents des habituels extraits de Blade Runner et Re-Animator, ouvrent la porte à des rêves d’exploration spatiale. A la deuxième minute débarque la rythmique, plus syncopée, les samples étant toujours audibles en arrière. L’auditeur attend, jusqu’à ce que la voix de Leeb arrive : "we fight, we rule, the will to conquer". Nous sommes en terrain connu sur le plan parolier, et pourtant tout cela est dit très calmement. Après le refrain, très mélodique, arrive la basse de Leah Randi, jouée simplement, sans effets, ainsi que la guitare électrique de Christian Olde Wolbers de Fear Factory. Surprenant.

Une boucle électro presque joyeuse annonce Fragmented  ; au bout d’une minute, la ligne de basse, la rythmique et une boucle plus aigue et rapide prennent place. Bill Leeb crie comme autrefois, mais les sons mis en parallèle créent un constraste surprenant. Des voix samplées se trouvent en arrière tout le long de la chanson et donnent une impression de parasitage radio. Au bout de trois minutes, le break intervenant après le refrain laisse place à une voix féminine étouffée dans un filtre... et à un rap de Bill Leeb. Ce n’est pas moi qui le dis, mais lui dans le livret. Oh, un très court rap, rassurez-vous - et qui plus est, il débouche sur une mélodie de quatuor à cordes retraitée de manière très fine, qui clotûrera la chanson. Un titre assez irrésistible, qui a des chances de vous scotcher au mur si vous l’écoutez au casque.

Parasite. Une voix vocodée fredonne, des plages de synthé investissent l’espace sonore... des voix samplées se placent de nouveau au fond, puis une rythmique arrive, basée sur une ligne de basse assez lente. Une base musicale rêveuse, pense-t-on. Que nenni ! Débarque un son de batterie très hardfloor, sur lequel Bill Leeb chante rapidement, overdubbé dix fois : "work it out / why don’t you kill yourself / work it out / can’t trust nobody else". Une guitare wah-wah vient l’interrompre avant qu’il ne scande le second verset, toujours très rapidement. Une boucle acid, assez similaire à celle de Fragmented, vient se plaquer sur la partie instrumentale du titre, qui se ferme sur des voix samplées à l’envers, façon Pornography de Cure. Ce titre nécessite plusieurs écoutes avant de réellement faire son effet.

Dissident. Un titre presque ambient, dont l’intro rappelle le side-project Synaesthesia et les derniers instrumentaux de Delerium. La rythmique, presque métallique, se trouve plus agressive que sur les autres titres de l’album. La voix de Bill, filtrée comme sur l’album Hard Wired, scande des mots l’un après l’autre : cruelty / hope / segregation / reality... Des choeurs masculins viennent former un ensemble mélodique au milieu du titre, pendant que Fulber lance des samples vocaux presque au hasard. Un titre qui n’apporte sans doute rien au moulin, mais qu’on aimerait entendre en live.

Schicksal. Un sample vocal distordu laisse place à une mélodie mélancolique jouée au piano. Un beat binaire à 160BPM s’ensuit, soutenu par une ligne de bass synth agressive et quelques cris de douleur de Bill. Tout s’arrête ; un sample vocal féminin débite the way he was and the way he has somehow said goodbye, puis Bill Leeb enchaîne... en allemand ! Grosse surprise, il faut le dire, le seul exemple qui me revient étant le titre Alle Gegen Alles sur l’album Strategy of Violence du side-project Noise Unit en 1990. Lorsque cette voix furieuse est présente, l’atmosphère est très sombre - mais là encore, le refrain tranche avec ses notes de piano et le sample féminin répété à l’infini. Opposition classique calme / tempête ? Pas tant que ça, car les deux ambiances finissent par se mélanger, très habilement. Ce titre pourrait assez facilement devenir un single - cette problématique a un sens, Maniacal ayant atteint la première place des dance charts allemands, et la 15ème place des dance charts américains.

Bill Leeb ayant conditionné le futur de FLA aux ventes de cet album, les amateurs d’électro-indus de qualité ont tout intérêt à se jeter sur ce disque ! Schicksal veut dire destin, rappelons-le.

Tracklisting officiel - en espérant que Metropolis finira par sortir un pressage avec une jaquette corrigée :

- 01- Psychosomatic
- 02- Maniacal
- 03- Transmitted
(et non Fragmented)
- 04- Vanished
- 05- Strategic
- 06- Civilization
- 07- Fragmented
(et non Transmitted)
- 08- Parasite (et non Dissident)
- 09- Dissident (et non Schicksal)
- 10- Schicksal

Autre remarque concernant l’artwork, si l’on peut déplorer l’absence de Dave McKean au design au profit de Carylann Loeppky, épouse de Bill et auteur des pochettes de plusieurs side-projects de son homme, le résultat très simple et épuré laisse la place aux paroles écrites de la main même du chanteur. Une petite part d’humanité...



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Jérôme Prévost





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Front Line Assembly : "Civilization"-Décevant !
(1/1) 24 avril 2006, par Evil Frissou




Front Line Assembly : "Civilization"-Décevant !

24 avril 2006, par Evil Frissou [retour au début des forums]

Une galette inutile. À déconceller ! Je crois que le meilleur de Front Line a été dans les années 90.

Evil Frissou

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    Front Line Assembly : "Civilization"-Décevant !

    21 février 2008 [retour au début des forums]


    Même pas ! fin années 80, avec "State of Mind", et "Gashed Senses & Crossfire", la suite consistant en resucées post-coïtales à l’attention des seuls jouisseurs de la premère heure.

    [Répondre à ce message]