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Fields : "Everything last winter"
Champs élyséens

samedi 26 mai 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Note pour plus tard : si j’utilise le groupe lexical qui rappelle la célèbre avenue parisienne où se croisent starlettes Gucci et touristes d’Osaka, c’est plus par velléité helléniste que par fascination parigote. Parce que ce nouvel album des Fields rappelle tout simplement le pays de cocagne de l’Antiquité grecque. Parce qu’il est gorgé d’une musique séductrice et rayonnante. Parce qu’en dix titres, tout y est dit avec un savoir-faire époustouflant.

Difficile du coup de faire une chronique qui tienne la route, pour être tout à fait honnête. Oh, certes, je pourrais me répandre en éloges sur le folk élégiaque du nostalgique Schoolbooks et m’extasier devant son décollage rythmique à la moitié de la chanson ; je pourrais également vanter les mérites de la pop légère de You don’t need this song (To fix your broken heart) et son utilisation intelligente des claviers et d’une trompette feutrée, assortie à une batterie plus proche du jazz que du rock. Je pourrais surtout vous expliquer à quel point les jeux de voix et de chœurs des Fields sont à tomber par terre, à quel point les deux chanteurs, à savoir le guitariste Nick Peill et la claviériste Thorunn Antonia, parviennent à vous extirper des frissons d’admiration au moindre intermède vocal. Je pourrais aussi glisser quelques références bien pensées et bien pensantes, qui Echo & The Bunnymen pour l’ambition lyrique, qui Ride pour ses nappes de grattes superposées sur le formidable Song for the fields, qui encore Bob Dylan pour cette capacité à écrire des titres qui se réclament seulement du songwriting le plus élémentaire et le plus essentiel.

Et pourtant, malgré tous ces efforts rhétoriques, je n’aurais réussi qu’à faire naître dans votre esprit avide de connaissance des associations sémiotiques plus ou moins inexactes. Parce que sans écouter cet album, on ne peut pas réellement comprendre de quoi il s’agit. Pour comprendre ce mélange subtil de folk, de pop et de rock, d’années 70 et d’années 90, il faut simplement se pencher pour ramasser la fragile mélopée de Feathers. Il faut oser mouiller sa chemise pour se plonger dans l’écoute du poisseux The death et de ses expérimentations diverses. Il faut pouvoir accepter que l’on tient ici un album qui dépasse de très loin toutes les références qu’on peut lui acculer pour synthétiser une approche très personnelle et pourtant universelle de la musique. Certains souligneront le rapprochement avec Arcade Fire, certaines mauvaises langues argueront même qu’on a simplement affaire à un Snow Patrol en plus couillu.

Personnellement, sans rentrer dans ces querelles de clocher stériles, j’ai envie de dire ces mots simple à l’amateur de pop/rock qui me lira : voici simplement un album fabuleux et solaire, mirifique et contagieux, féérique et authentique. Encore une avalanche de qualificatifs, me sussurerez-vous doucement à l’oreille. Bien sûr, puisque je vous dis qu’il faut simplement donner sa chance à ce somptueux Everything last winter, qui fait voler en éclat tous les canons du genre tout en se les réappropriant. Chaque morceau est une invention en soi et l’album trouve résolument son point d’orgue dans l’urgence véhémente d’un If you fail we all fail qui prend sa source dans le shoegazing.

Bon, je vais essayer d’arrêter de vous saoûler avec mes syntagmes poussifs ; plus sérieusement, cet album est tout simplement monstrueusement bon. Il est extrêmement inspiré du début à la fin, absolument aucun morceau n’est à jeter (même si j’aurais préféré que l’album se termine sur If you fail we all fail plutôt que sur le discret Parasites). Oh bien sûr, ce n’est pas un disque qui va révolutionner la musique dans son intégralité, mais c’est simplement la galette d’un quintet londonien qui parvient à imprimer avec intelligence sa patte sur l’avenue pavée de bonnes intention de la pop et du rock. C’est certainement, du moins je l’espère, un album dont on se souviendra à la fin de l’année pour établir notre classement des meilleures surprises. Et sinon, ce n’est pas grave, car l’écoute de ce disque nous aura procuré un moment de plaisir comme on n’en connaît guère plus en cette époque de resucées et de verbiage musical.



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Clarisse de Saint-Ange





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Fields : "Everything last winter"
(1/2) 23 décembre 2014, par Michelle
Fields : "Everything last winter"
(2/2) 26 mai 2007




Fields : "Everything last winter"

23 décembre 2014, par Michelle [retour au début des forums]

I totally agree of this review. This album is a unique set of songs. - Nova Science Publishers

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Fields : "Everything last winter"

26 mai 2007 [retour au début des forums]

...les références qu’on peut lui acculer ...

 ???

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