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Eyeless In Gaza : "Summer salt & subway sun"
L’alpha et l’oméga

lundi 11 décembre 2006, par Albin Wagener

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Six ans après l’ambitieux Song of the beautiful Wanton et trois ans après The Tago Mago recordings avec Lol Coxhill, les nouvelles allaient bon train concernant un nouvel album d’Eyeless In Gaza. Accouché pratiquement dans la douleur, entre des sessions d’enregistrement exigeantes et des pauses salutaires, Martyn Bates et Pete Becker avaient même trouvé le temps d’effectuer deux concerts à l’Eglise Sainte-Catherine de Bruxelles...

Bates et Becker n’ont plus vingt ans, c’est sûr et certain, et la prolixité des années 90 a laissé place à des années 2000 plus en retrait, consacrées essentiellement aux rééditions des premiers albums sur le label Cherry Red et à des compilations diverses et variées. Comment accueillir alors un nouvel opus du duo mythique, accessible uniquement via le site officiel du groupe et limité à mille exemplaires ? En d’autres termes, Eyeless In Gaza en tant qu’entité musicale a-t-elle encore un sens aujourd’hui, et est-ce que la difficulté de terminer cet album ne pourrait pas traduire un perfectionnisme qui n’aurait qu’un rôle de cache-misère ?

La réponse se fait attendre tout au long de l’album, à vrai dire. Pour les fans, il sera indispensable. En vérité, Summer salt & subway sun s’inscrit dans la droite lignée des atmosphères intrigantes développées dans Song of the beautiful Wanton : on y retrouve des désirs d’expérimentation plus marqués que d’habitude, et après une courte et dispensable introduction bruitiste nommée Dust box / Subway sun, on retrouve de subtiles textures sonores auxquelles viennent parfois se mêler les chuchotements chantés de Martyn Bates. Le folk élégiaque de Whitening rays semble parfois donner l’illusion de renouer avec To cry mercy de l’album Bitter apples, et Summer salt développe une musicalité et une émotivité rarement atteintes chez Eyeless In Gaza. C’est bien simple : on se croirait plongé dans un de ces films indépendants intimistes dont certains réalisateurs britanniques ou américains ont le secret et qui mélangent les histoires personnelles et des hasards destructeurs et touchants à la fois.

L’album est déroutant. Non pas qu’il soit mauvais, mais il faut attendre The 3-D picture pour obtenir enfin les sonorités plus rauques et plus rock que le duo nous promettait entre quelques inventions sonores bien trempées. Malheureusement, les paroles se font rares, et on a l’impression que Bates et Becker développent instinctivement des objets d’art instrumentaux et atmosphériques, bien loin du songwriting savant et sensible de Martyn Bates lui-même. La rythmique free jazz de Paper aeroplanes termine de brouiller les pistes et laisse quelque peu sceptique et interrogateur quant à la teneur artistique de ce Summer salt & subway sun.

Loin d’être mauvais, cet album s’apprivoise au fur et à mesure des écoutes, glorifiant la new wave sur l’anthémique Antipathy whisper ou modélisant des ambiances douces et amères avec Before beginning ou le très éclatant Where vivid bloomed. Au final, on se dit que l’on tient là un album hybride, un album solaire et aveuglant parfois, qui porte en lui la quintessence même de tout ce qui fait le charme et l’originalité d’Eyeless In Gaza : une indépendance de création assumée, un mélange de folk, d’univers synthétiques et de rythmiques appuyées et froides. On a l’impression que Summer salt & subway sun parvient à lui seul à résumer la carrière du duo dans une sorte de rétrospective, comme si toute leur vie défilait devant leurs yeux. Si la carrière musicale de Bates et Becker s’arrête là (ce qu’on ne leur souhaite pas), on pourrait même se dire que l’on tient enfin l’ultime album d’Eyeless In Gaza, l’album qu’ils avaient toujours voulu écrire, l’album de la fin, après lequel plus rien n’est possible. Comme le disait Mark Hollis : "après une note, il n’y a plus de note". C’est exactement l’impression que l’on a après l’écoute de cet étonnant et salvateur nouvel opus.



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Albin Wagener





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Eyeless In Gaza : "Summer salt & subway sun"
(1/1) 31 juillet 2015




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Like other extended releases, I will make it sure not to miss this. - Marla Ahlgrimm

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