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Etienne Daho : "L’invitation"
Be my guest tonight

vendredi 30 novembre 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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Le plus Britannique des chanteurs français se réinvite dans les bacs de nos magasins de disques favoris pour le successeur de son ennuyeux Réévolution. Et tant mieux, car le disque qu’il nous sert cette année, c’est ni plus ni moins que du grand Daho. Oui, celui-là même que l’on n’avait plus entrevu depuis Paris ailleurs.

Daho, j’ai toujours eu un faible pour lui. Je n’écoute pas grand-chose de français, j’avoue, et la façon dont ce pays a vécu les années 80 me fait soit franchement rigoler, soit carrément fuir tellement c’est glauque. Mais avec Daho, tout a toujours été assez différent : Breton d’origine, Parisien d’adoption et Londonien d’obédience, le petit Etienne n’a jamais voulu faire la même chose que ses camarades de variétoche franchouillarde. Il en a toujours résulté des albums singuliers, véritables ovnis pour l’époque, sans aucun compromis. A l’image des paroles de Daho, qui revêtent ici une sensibilité très particulière, avec un intimisme rarement envisagé chez lui, et toujours cette finesse descriptive qui lui sied si bien.

Voilà pour le personnage. Pour la musique, on commence par l’exotique et hispanisant L’invitation, qui donne le la de l’album tout entier, en ciblant l’auditeur par une danse ténébreuse et tentaculaire. Ensuite, Obsession se glisse assez doucement du côté de Rendez-vous à Védra, et redonne un tempo bien plus pop (au sens de "pop anglaise", très cher à Daho). La tonalité générale de l’album est plutôt tortueuse et, derrière les optimismes affichés, brandis comme des porte-drapeaux, se cachent parfois des regards bien plus noirs, bien plus insidieux. Le vénéneux L’adorer, par exemple, se drape d’une basse feutrée (qui fait très James Bond, par-dessus le marché), invoquant ça et là des cordes, une guitare aiguisée et surtout des textes largement évocateurs.

Dans un registre moins dramatique, mais toujours aussi amer, on se retrouve avec un Boulevard des Capucines extrêmement émouvant, et un La vie continunera qui joue avec les codes musicaux des ballades américaines des sixties, malgré ses paroles plutôt acerbes. Même tarif pour Un merveilleux été, qui commence sur des notes plutôt optimistes, avant de dévoiler l’intrigue principale de la chanson. Du grand Daho, parce que les paroles ne cachent jamais les nouvelles tragiques qui s’y dissimulent, parce que la musique souvent nonchalante parvient assez souvent à contrebalancer le ton sombre ou franchement triste des paroles. Du grand Daho, parce qu’il n’a plus rien à prouver à personne et que son inspiration fait de lui l’un des artistes français les plus intéressants depuis belle lurette. Du grand Daho, qui s’en fout de tout, qui livre ce qu’il veut, comme il le souhaite, et qui nous enthousiasme par les volutes de cet album parfait.



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Clarisse de Saint-Ange





Il y a 7 contribution(s) au forum.

Etienne Daho : "L’invitation"
(1/3) 21 décembre 2007, par The Bitch
Etienne Daho : "L’invitation"
(2/3) 4 décembre 2007
Etienne Daho : "L’invitation"
(3/3) 30 novembre 2007, par Mangouste




Etienne Daho : "L’invitation"

21 décembre 2007, par The Bitch [retour au début des forums]

Etienne Daho n’est ni séduisant ni frappant ; Je préfère pour ma part D.Gahan.

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Etienne Daho : "L’invitation"

4 décembre 2007 [retour au début des forums]

Eh bien, moi, je partage tout à fait l’avis de Clarisse : ça fait des mois que je parcours les rubriques de ce site sans piper un commentaire, mais là, je me jette à l’eau. Bravo pour cette chronique. Daho, on aime ou on n’aime pas. Moi, j’aime. Et dans la version bonus, quel goût de reprendre "Cirrus Minor" de Pink Floyd, chanson obscure et pourtant sublime (et ici parfaitement interprétée) ! Bravo, Daho, et bravo, Clarisse !

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Etienne Daho : "L’invitation"

30 novembre 2007, par Mangouste [retour au début des forums]

C’est fou ça ! Moi, Daho, je l’ai toujours trouvé bien mou du genou et franchement mièvre. Les goûts et les couleurs...

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    Etienne Daho : "L’invitation"

    30 novembre 2007, par Wolf [retour au début des forums]


    les mauvaises langues diront "l’égout et les couleurs" ;-)

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      Etienne Daho : "L’invitation"

      4 décembre 2007 [retour au début des forums]


      ou encore "les coups et les douleurs"...

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        Etienne Daho : "L’invitation"

        25 décembre 2007 [retour au début des forums]


        voir même l’égout et les couleuvres...

        [Répondre à ce message]

          Etienne Daho : "L’invitation"

          15 juin 2008 [retour au début des forums]


          Il y a tout de même un point pour lequel Daho me semble largement surestimé : son prétendu brassage subtil d’influences. J’aime sa voix, ses textes, mais sa musique est tellement synthétique, un vrai manque de chaleur qui contraste avec les points positifs. De plus, jamais on n’entendra le moindre solo de guitare sur un de ses disques - ni même en live. Pour un soi-disant grand fan du Pink Floyd de Barrett, c’est en fait une grosse faute de goût.

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