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Eric Clapton : "Back home"
En famille

dimanche 30 octobre 2005, par Marc Lenglet

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Eric Clapton a une telle carrière derrière lui que, même dans le cas très improbable où il signerait un album époustouflant aujourd’hui, ce dernier inspirerait nettement moins de choses que ses prouesses au sein des nombreuses formations où il joua un rôle de premier plan dans les années 60 et 70. Et l’excellent guitariste ne faisant pas nécessairement un excellent compositeur solo, cette possibilité paraît aujourd’hui plus éloignée que jamais.

Il ne faut pas oublier qu’Eric Clapton est le géniteur du formidable Layla (du temps où il officiait au sein de Derek & The Dominos), le guitariste du grand Cream, premier supergroupe de l’histoire, l’adaptateur inspiré de nombre de succès imaginés par d’autres (pour n’en citer que quelques uns, All along the watchtower, I shot the sheriff et Cocaine, composés respectivement par Bob Dylan, Bob Marley et J.J. Cale). On n’oubliera malheureusement pas non plus que c’est à lui que l’on doit des mélopées aussi sirupeuses et gnangnan que Wonderful tonight ou Change the world. C’est tout le drame de Slowhand : technicien hors-pair, pièce maîtresse de tous les groupes auxquels il eut partie liée... et compositeur solo on ne peut plus hasardeux, malgré quelques fulgurances ici et là.

Après l’insignifiant Reptile en 2001, Clapton s’était octroyé un petit répit dans ce processus de composition personnelle qu’il semble toujours aborder avec réticence, en reprenant avec une humilité admirable les chansons de Robert Johnson, ce bluesman dont il est dit qu’il vendit son âme au diable en échange du génie. Me & Mr Johnson fut, de mon point de vue de dilettante en blues, une réalisation particulièrement intéressante. Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de se risquer à nouveau au jeu des compositions originales, avec aussi peu d’inspiration que d’ordinaire.

Quand Clapton renoue avec le blues de ses origines (Lost & found), le résultat est pourtant satisfaisant. Quand il reprend une chanson de son vieux pote George Harrisson (Love comes to everybody), on est en terrain connu. Quand il se risque à tenter un morceau reggae (Revolution, Say what you will), on sursaute brièvement de surprise mais après tout, pourquoi pas ? Mais quand Clapton s’égare dans ces tristes tendances pop fadasse (tout le reste...), on baille et on cherche à se souvenir pourquoi diable on attendrait encore quelque chose d’explosif de la part de cet homme aujourd’hui rangé.

C’est un euphémisme de dire qu’on s’ennuie ferme au gré de ce dispensable amas de ballades pleine de romantisme naïf, signées Simon Climie, où les capacités techniques de God semblent intentionnellement sous-employées au profit d’on ne sait quelle folle espérance d’être reconnu comme un grand compositeur. L’essentiel de Back home est mou et redondant, sans âme et sans audace. Eric Clapton serait-il possédé par Elton John et Phil Collins ? Pas qu’on ait quelque chose de particulier contre ces deux individus. Mais on attend autre chose de Clapton que de la pop familiale à écouter au coin du feu avec bobonne, les trois gosses et les deux yorkshires. Pas spécialement du blues/rock rageur, il a nettement passé l’âge, mais des morceaux où brûlerait encore la flamme. Même une flamme de briquet. Ce serait déjà ça. Peut-être est-ce un tort de nourrir de tels espoirs ? A chaque âge ses plaisirs après tout. L’homme, récemment promu commandeur de l’Empire britannique, est depuis un certain temps une institution académique indéboulonnable, qui n’a plus grand chose à prouver à qui que ce soit. S’il s’en tire toujours très honorablement dans l’art de la cover, il fait par contre preuve d’une manque d’inventivité pathologique lorsqu’il s’agit d’apporter sa pierre personnelle à l’édifice de la musique anglo-saxonne.

Back home est un album gentillet et insipide, plein d’une douce passivité, idéal en discret fond sonore d’une réception entre gens comme il faut, coincé entre Vangelis et Indian Sacred Spirit, mais pas une œuvre haletante que l’on écoute dans l’attente fébrile de quelque chose de spécial. The thrill is gone, chantait B.B. King...



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Marc Lenglet





Il y a 2 contribution(s) au forum.

Eric Clapton : "Back home"
(1/2) 4 janvier 2014, par eduardo
Eric Clapton : "Back home"
(2/2) 31 octobre 2005, par Paipone




Eric Clapton : "Back home"

4 janvier 2014, par eduardo [retour au début des forums]

Informations impressionnante que vous avez ici. Continuez votre bon travail sur le partage de vos idées à d’autres. Visit Key Biscayne Real Estate page.

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Eric Clapton : "Back home"

31 octobre 2005, par Paipone [retour au début des forums]

Oui, c’est vrai que ce dernier LP m’a laissé la même impression, un disque assez insipide. Pourtant, ces 10 dernières années, il a quand même sorti au moins 2 excellents disques : "Pilgrin" et "From the cradle".

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