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Elliott Smith : "From a basement on the hill"
A fond farewell

vendredi 19 novembre 2004, par Nicolas Thieltgen

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Digne héritier du White Album des Beatles, Elliott Smith avait su enchanter nos coeurs et nos oreilles au détour de la fin des 90’s avec 3 albums parfaits de pop délicate et mélancolique (Either/or, XO et Figure 8). Disparu l’an dernier dans des circonstances encore controversées aujourd’hui, Elliott finissait alors de préparer un double album ambitieux, qui sort aujourd’hui à titre posthume sous forme simple. Que de regrets à l’écoute d’un album crève-cœur, habité et désespéré…

Dissipons tout de suite les malentendus, évacuons d’ores et déjà toutes les petites histoires qui pourraient nous distraire de la vraie grande histoire qui nous intéresse à propos d’Elliott Smith, à savoir sa musique.

Alors, oui, il est vrai qu’Elliott Smith allait mal depuis quelques temps, traînant un mal de vivre profond, aggravé d’une série d’addictions sévères à des substances plus ou moins licites.

Oui, Elliott Smith nous a bien quitté il y a un an (le 21 octobre 2003, exactement) dans des circonstances quelque peu mystérieuses.

Non, on ne sait toujours pas avec certitude s’il s’agissait bien d’un suicide ou si sa petite amie de l’époque, Jennifer Chiba, l’a poussé/aidé à commettre l’irréparable (on a retrouvé Elliott un couteau enfoncé dans la poitrine).

Oui, à l’époque, Elliott avait déjà proposé à sa maison de disques, Dreamworks, un double album, portant le titre de From the Basement on the Hill, album composé en partie des chansons qui sortent en CD aujourd’hui.

Oui, sa maison de disques, très inspirée à l’époque, avait refusé de le sortir au prétexte qu’il aurait été trop « triste ».

Non, l’album n’était vraisemblablement pas entièrement fini, son fidèle producteur, Rob Schnapf et son ex-petite amie, Joanna Bolme, ayant du se pencher un peu plus longtemps que prévu sur les enregistrements laissés par Elliott pour que soit rendue justice à ces pépites laissées à l’abandon par leur auteur.

Ces quelques faits clarifiés, penchons-nous sur ce qui nous intéresse vraiment : la musique d’Elliott…

Il n’est jamais facile d’évaluer à leur juste valeur les albums posthumes d’artistes défunts. Les écueils sont nombreux sur la route du chroniqueur, allant du sentimentalisme (« On ne peut quand même pas taper sur un mort ! ») à la taromancie (« Regardez, dans cette chanson, il annonçait sa mort, plusieurs mois à l’avance ! »). De surcroît, la plupart de ce type d’albums n’ont pu être achevés par leur auteur de son vivant et ont du être terminés par ses proches. On ne dispose donc que d’un résultat se rapprochant approximativement de la volonté de l’artiste, résultat qui souvent rappellera les œuvres passées du défunt, ses proches ayant bien du se rattacher à quelque chose pour essayer de deviner les intentions du disparu.

From the Basement on the Hill ne fait pas exception sur ce point, alors qu’on l’écoutera comme la suite logique et sans surprise de Figure 8. On regrettera ainsi la sensation de surplace engendrée par cet album. On regrettera également le goût de trop peu laissé par certains morceaux (on pense notamment au fragile Twilight), alors qu’il est clair qu’ils auraient reçu dans d’autres circonstances un traitement autrement plus grandiose.

Ceci dit, il serait bien dur, et même injuste, de se limiter à ce constat et de ne pas vanter les mérites de From the Basement on the Hill, l’art du songwriting pop, et plus particulièrement celui d’Elliott Smith, ne consistant pas (plus ?) à proposer un son ou une idée musicale révolutionnaire, mais plutôt à offrir à l’écoute de fragiles morceaux de vie mis impeccablement en musique et aspirant à une certaine intemporalité.

Si l’on accepte ce présupposé, la découverte des diverses pépites dont est composé From the Basement on the Hill laissera bouche bée, la voix d’Elliott, son sens des mélodies toujours en équilibre au dessus du vide ainsi que sa science des arrangements les plus délicats (voir le complexe Pretty (Ugly Before)) s’imposant sans discussion après quelques écoutes.

Comme d’habitude chez Elliott Smith, ce sont d’abord les chansons les plus douces, ces comptines enfantines, véritables mini-symphonies à la guitare acoustique, qui enchantent d’abord l’oreille (le bouleversant A fond Farewell ou l’espiègle Let’s get lost), suivies ensuite par les morceaux plus durs, plus nombreux qu’à l’accoutumée, qui laissent transparaître les tempêtes intérieures que devaient braver l’artiste lors de la préparation et l’enregistrement de cet album.

A la sortie de Figure 8, Elliott Smith déclarait aux Inrockuptibles que ses chansons ressemblaient jusqu’à présent, Figure 8 y inclus, « à des paysages colorés » dans lesquelles il utilisait « toutes les teintes à sa disposition » et que s’il voulait éviter de se répéter, de tourner en rond, il aurait intérêt « à n’utiliser que certaines couleurs comme Nico  » sur son album The Marble Index, qui évoquait pour Elliott un « désert monochrome ».

A l’écoute de From the Basement on the Hill, on comprend mieux ce qu’il voulait dire. Ainsi, si XO et encore plus Figure 8 nous faisaient penser à un arc-en-ciel de couleurs pop, véritables kaléidoscopes de sentiments éclairés par un soleil radieux, From the Basement on the Hill évoque, pour sa part, un rouge carmin (pour ses sentiments à vif) tirant sur le gris (pour son atmosphère lourde) dans ses moments les plus désespérés. Un grand songwriter nous a quittés. On le savait déjà et From the Basement on the Hill ne fait que cruellement le confirmer. Elliot, we ’ll miss you…



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Nicolas Thieltgen





Il y a 4 contribution(s) au forum.

Elliott Smith : "From a basement on the hill"
(1/3) 8 mai 2006, par François, Maredret (Belgique)
> Elliott Smith : "From a basement on the hill"
(2/3) 11 décembre 2004, par Joe tatanne (batteur de the disco sensation)
> Elliott Smith : "From a basement on the hill"
(3/3) 25 novembre 2004, par joanny




Elliott Smith : "From a basement on the hill"

8 mai 2006, par François, Maredret (Belgique) [retour au début des forums]

Normal que "From A Basement On The Hill" ne soit pas parfait ni le meilleur d’Elliott Smith : il est mort prématurément avant d’avoir fini son album. C’est d’ailleurs pour cela que je trouverais mieux l’appelation d’album-posthume. J’ai toujours eu une nette préférence pour "Roman Candle" ou "Either/Or", les suivants ne m’ont pas encore transporté mais il n’empêche qu’Elliott Smith reste un songwriter incroyable, pratiquement oublié de tous. Ce que je voudrais juste dire, c’est pourquoi un artiste pareil est souvent plus connu à sa mort : on parle toujours d’un artiste à sa mort, pourquoi pas avant ? Cela aurait résolu certainement moins de dépression chez lui...

Il est clair que ce n’est pas le meilleur album mais on se met à dire qu’au fond, il n’est pas si mauvais, puisque Elliott Smith n’est plus là pour nous en chanter d’autres... Allez faire un tour sur le site des B-Sides d’Elliott Smith et vous verrez qu’il avait encore tant à nous apporter :D

So Long Pal...

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> Elliott Smith : "From a basement on the hill"

11 décembre 2004, par Joe tatanne (batteur de the disco sensation) [retour au début des forums]

Il est clair que From A basemant on the hill ne restera pas comme le meilleur album d’elliott smith, d’abord pour ses sons de guitares acoustiques d’une etrange mocheté (Little one par exemple) mais aussi parcequ’il ne me semble pas vraiment cohérent dans l’ensemble.

On voit clairement une volonté de nouveauté de l’artiste avec les morceaux un peu plus musclé, d’une beauté troublante et paradoxalement, une espece de redite des morceaux dit "a la elliot smith" mais dans lequels on n’y croit plus vraiment je trouve.

Alors volonté des proches de choisir des morceaux plus proche d’un repertoire habituel du songwritter pour les fans ? mystere mais un tres bon album tout de meme, rappelons qu’on parle quand meme d’elliott smith... dommage pour nous

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> Elliott Smith : "From a basement on the hill"

25 novembre 2004, par joanny [retour au début des forums]

"Suite logique de Figure 8" ? Honnêtement je ne pense pas. D’une part les guitares électriques sont beaucoup plus présentes (Coast To Coast, Don’t Go Down), la production plus épurée (pas d’envolées de cordes, pas de mini-symphonies, pas de polyphonies sublimes façons "Everything Means Nothing To Me"), la voix d’Elliott semble moins affirmée et me rappelle plutot ses 3 premiers albums solos et on remarque certaines dissonantes qui auraient été curieuses dans un album aussi "léché" que Figure 8.

Ce qui n’empêche pas ce disque d’être un véritable chef-d’oeuvre. Les mélodies d’Elliott sont toujours à tomber, tristes mais jamais pathétiques, sombres mais jamais noires. Le texte de King’s Crossing fait froid dans le dos ("It doesn’t matter cos I have no sex life / All I want to do now is inject my ex-wife") et des morceaux comme Twilight et A Distorted Reality Is Now A Necessity To Be Free (ce titre !) sont totalement poignants.

Définitivement mon album de l’année.

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    > Elliott Smith : "From a basement on the hill"

    26 novembre 2004, par Nicolas Thieltgen [retour au début des forums]


    Assez bizarrement, je n’ai jamais trouvé que "Figure 8" était un album très "léché". C’est le cas de XO, mais pas de Figure 8 selon moi, qui constitue plutôt une éloge du flou, une sorte de manifeste impressioniste pop. D’où, le fait que je ne considère pas le nouvel album d’Elliot comme une rupture, ni comme une avancée spectaculaire dans sa discographie (malgré quelques nuances bien entendu). Mais, ainsi que je le relève dans ma chronique, cela n’enlève rien à la qualité de ce disque !

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