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Electric Six : "Fire"
La lente agonie de Dick Valentine (accroche temporaire en attendant de trouver mieux).

dimanche 13 septembre 2009, par Yû Voskoboinikov

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La principale difficulté d’un sujet de philosophie est l’intitulé. Il s’agit de bien définir les termes, en fait de les déconstruire pour mieux les reconstruire, comme le regretté John Lydon l’a jadis souligné de façon très pertinente : « De la destruction naît la [dissertation]. » A l’heure où je compose ces lignes, nous sommes samedi soir, il est 22h44, je ne partirai pas en soirée avant minuit, j’ai donc le temps de rapidement déconstruire la notion de chef-d’oeuvre pour tenter d’expliquer pourquoi Fire est un album que vous devez tous avoir dans vos bibliothèques musicales.

La définition première d’un chef-d’oeuvre est assez laconique : c’est la meilleure oeuvre d’un auteur. De façon plus développée, un chef-d’oeuvre est une oeuvre que l’on considère comme « parfaite », c’est à dire accomplie, qui est allée au bout de sa direction artistique, mais qui également est représentative, d’un genre et d’une époque. C’est une sorte d’absolu d’où découlent les deux caractéristiques les plus élusives de l’art : l’immortalité et l’universalité.

« Les chefs-d’œuvre ont un niveau, le même pour tous, l’absolu. »

A n’en point douter, Fire est une oeuvre accomplie, créant un sous-genre bâtard — appelons-le rock disco même si le terme est de longue date galvaudé — et le poussant dans ses derniers retranchements, après en avoir fait tout le tour. Les impasses ont toutes été visitées puis éliminées, et tous les chemins débouchant sur quelque chose ont été inspectés de fond en comble, toutes les pierres retournées, ainsi que les jupettes de passage. Après tout, l’album était en gestation depuis plusieurs années déjà, avec un Dick Valentine (chanteur et capitaine de navire) qui n’en était pas à ses premières armes. Danger ! High Voltage était même déjà apparue sous le nom de Vengeance and Fashion sur l’album Smog Cutter Love Story du premier groupe de Valentine, The Dirty Shame. Fire avait donc toutes les chances de son côté ; les mauvaises idées ayant toutes été exploitées, il ne restait plus que les bonnes.

« Une fois l’absolu atteint, tout est dit. »

En outre, il est intéressant de noter que l’universalité de Fire est paradoxale, puisque découlant d’une certaine futilité plus ou moins affectée. La nuance est ici capitale, car si les textes ont leur lot de propos sous-jacents — on trouve pêle-mêle des dénonciations du fascisme, de l’impérialisme (américain), et du militarisme — ils ont également (et majoritairement !) leur lot d’imbécilités décomplexées, dont une référence tortueuse mais ô combien croustillante au Big Lebowski (Every bodys doin’ what they shouldn’t be doin’). Et cela se trouve dans la construction même de l’album, où le commandant de la dance lance le pugilat (Dance Commander), ou encore lorsqu’il nous propose de déclencher une guerre nucléaire dans un bar homo (Gay Bar), dont acte (Nuclear War). Ce ne sont pas des Anglais, mais des péquenots de Detroit, alors, forcément, c’est gras comme de la frite belge. Mais force est de constater que c’est exactement le traitement qu’il fallait.

« Cela ne se dépasse plus. »

Cette même futilité se retrouve dans la musique, certes très léchée (avec et sans jeu de mot), mais avant tout festive. Comme le disait le grand (en talent) Seiji Toda : « la force des Japonais est de travailler sérieusement tout en ne se prenant pas au sérieux ». Et c’est exactement ce qui ressort d’Electric Six lors de l’enregistrement de Fire : c’est impeccable en tout point, mais le sérieux de la réalisation est maîtrisé au point de laisser transpirer le plus important, à savoir une énergie hystérique et rigolarde, une sorte d’anti-Morrissey période Vauxhall and I, où l’énergie provenait d’un cynisme désespéré. Le point commun étant l’hystérie, ou créativité bouillonnante en langage politiquement correct, qui fait passer à l’acte les artistes fous, devenus spectateurs impuissants de leur système nerveux se comportant tel un fantôme dans la coquille (mot de passe : 2501).

« L’œil n’a qu’une quantité d’éblouissement possible. »

Et puis survient la mort. Au pire artistique, au mieux juste physique. Le créateur n’est plus, seule sa créature survit. Elle perdure dans un monde changeant, où les générations futures sont nées après la mort d’Alain Pacadis. Et tandis que les archivistes assurent la diffusion de l’oeuvre, ce sont nos petits-enfants qui auront le recul nécessaire pour définitivement consacrer Fire comme chef-d’oeuvre, un absolu tel que ses géniteurs, à commencer par Dick Valentine, n’ont jamais plus été que des cadavres mécaniques alignants les merdes comme Vincent Ouslati les bons mots. Victor Frankenstein a créé un monstre et, petit à petit, il en est mort, la créature s’évanouissant dans le brouillard jusqu’à devenir comme le sucre dans le chocolat chaud : on ne la voit pas, mais on sait qu’elle est là.

(Les citations sont de Victor Hugo, et vous devez acheter ce disque parce qu’il ne coûte que 8,23€ à la Fnac des Halles.)



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Yû Voskoboinikov





Il y a 6 contribution(s) au forum.

Electric Six : "Fire"
(1/2) 14 septembre 2009, par HB
Electric Six : "Fire"
(2/2) 14 septembre 2009




Electric Six : "Fire"

14 septembre 2009, par HB [retour au début des forums]

Vendu !!!

Voyez quand vous voulez. Vous devez être en période d’ovulation, quoique j’aime moins quand vous avez vos râgnâgnas devant tout le monde.

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Electric Six : "Fire"

14 septembre 2009 [retour au début des forums]

si ya plus que pti merdeux qui y écrit alors c la mort de ce site assurée ! dommage.

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