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Electric : "Coma"
Se bonifie en cours de route

mercredi 24 mai 2006, par Geoffroy Bodart

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Dès les premières minutes, le groupe cède à la facilité en proposant coup sur coup les deux titres les plus énergiques de l’album, histoire d’accrocher l’auditeur blasé en quête de débauche d’énergie et d’électricité. Grave erreur (de jeunesse, dirons-nous, magnanimes) car non seulement ces deux chansons sont parmi les plus faibles de l’album, mais en plus elles ne représentent en rien la musique du groupe.

C’est bien connu, la première impression qui vient à l’esprit à l’écoute d’un disque a de grandes chances d’être celle que l’on retiendra une fois l’album écouté. Raison pour laquelle nombreux sont les groupes à succomber à la tentation d’aligner leurs titres les plus percutants en début d’album. Tant pis si le reste n’est que remplissage, le public lambda, étant considéré comme peu regardant, ne retiendra que le single placé en ouverture. Mais voilà, à la fin de Coma, on ne sait plus ce qu’on a écouté, finalement. Dès le départ, on pensait avoir affaire à du rock énergique, boosté avec des amphétamines achetées en solde et aussi prévisible que le retour de Kelly auprès de Bryan après que celui-ci ait laissé tombé Kimberley qui l’avait trompé avec Kevin (exemple tiré d’une célèbre série française, les noms ayant été modifiés pour éviter toute publicité indirecte). Mais ce côté « rock torché en dix minutes » a cédé sa place, en cour de route, à tout autre chose, de moins surfait, peut-être moins immédiat, mais nettement plus pertinent. La raison de ce manque d’homogénéité est peut-être à chercher du côté du fait que, s’agissant d’un premier album, ces Français ont condensé dans ce disque des titres composés à différents moments de leur jeune carrière, avant de figer définitivement leur identité.

Mais plutôt que de s’éterniser sur ces menus détails qui ne feront rouspéter que les plus intransigeants, si l’on s’intéressait à ce qui mérite que l’on s’y attarde, ce qui a de quoi charmer même les plus réfractaires ? Car ce groupe est de ceux, trop rares, à avoir une personnalité et à savoir la dévoiler au-travers de chansons qui créent de véritables ambiances. La poésie et la sensualité qui se dégagent d’un titre aussi langoureux et reposant que Paresse en sont les meilleurs gages. La voix d’Isabelle Millet, tantôt nonchalante, murmurée, tantôt emballée et portée par les envolées de guitare, colle parfaitement au propos. Le groupe a aussi ce talent de dévoiler ses influences sans pour autant que celles-ci soient trop ostentatoires dans la musique. Ainsi, le refrain de Radio n’est autre que « Dance, dance to my radio », sans que la chanson ait quoi que ce soit à voir avec le Transmission de Joy Division. Des clins d’œil à The Cure sont également glissés par-ci, par-là, tant dans la musique (quelques sons de clavier, le solo de guitare final de Je me souviens) que dans les paroles, lesquelles sont par ailleurs remarquablement écrites (allusions à un « jardin suspendu », « donne aux ombres des formes d’anges », etc.). Et pourtant, pas un instant le groupe ne sombre dans un trip cold-wave ou dans un rock revival des années 80. Référentiel, le groupe l’est certainement, mais il ne sacrifie pas sa personnalité. Et pour finir sur un contre-pied total par rapport aux deux titres d’ouverture, Couloir et Chamane, qui clôturent l’album, sont deux merveilles de rock atmosphérique.

Même si cet album est loin d’être parfait et ne risque pas de squatter les platines pendant des lustres, il constitue un premier essai convaincant. Le groupe est à surveiller, et on espère franchement les retrouver bientôt avec un album qui assoira définitivement leur style, pour autant qu’il soit gorgé de compositions aussi attachantes et chaleureuses que les cinq ou six titres qui poussent Coma un poil plus haut que la majorité du rock francophone entendu ces derniers temps.



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Geoffroy Bodart