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Einstürzende Neubauten : "Alles wieder offen"
Jeu avec le silence

mercredi 28 novembre 2007, par Clarisse de Saint-Ange

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On attendait avec impatience le successeur éventuel de Perpetuum mobile ; après trois fébriles années et des petits soucis de maison de disque, Blixa Bargeld, Alexander Hacke et leur bande de joyeux lurons reviennent donc avec un tout nouvel opus qui parvient une nouvelle fois à se démarquer radicalement du disque précédent. Fini le mouvement, comme l’indique le titre : tout est à réinventer, tout est à refaire. On ouvre les écoutilles.

Le chaos assagi de Perpetuum mobile n’est plus du tout de mise sur Alles wieder offen. Avec l’ouverture sonore annoncée, on se retrouve souvent à tout recommencer à zéro. Et ce zéro absolu de la musique, c’est le silence. Un silence qui se trouve être l’instrument le plus cultivé de ce disque, entre les machines, les percussions métalliques, les cordes ou la basse caractéristique. Sur cet album, la plupart des titres sont doux ou s’articulent tendrement autour du silence, comme pour ne pas le réveiller ou pour le ménager. C’est le cas de Nagorny Karabach et même du jovial Ich hatte ein Wort, qui prend garde de ne pas trop dévier de son volume originel. Et même sur un morceau aussi typiquement neubautien que Weil weil weil, les saccades entre les instruments et les bruits laissent beaucoup d’espace dans la compositiond musicale ; et cet espace, c’est une nouvelle fois le silence qui parvient parfois à s’en emparer.

Ouvrir une musique, c’est justement cela : c’est la faire jouer avec ce qui n’est pas musical (dans le cas des Neubauten, ce qui n’est pas musical, ce n’est pas le bruit, mais bel et bien l’absence de bruit). Seul l’électrique Let’s do it a Dada s’offre une apparente pause hors de ce concept singulier, bien qu’un passage dans son développement ouvre à nouveau le morceau. L’album se termine même sur un quasi folk médiéval, le ténébreux et hivernal Ich warte, qui s’achève finalement sur une mise en bruitisme assez frappante. La voix de Blixa, instrument particulier de Neubauten, joue également avec ce silence, entre les murmures, les éruptions vocales et les chants assurés.

Alles wieder offen pousse le bouchon encore plus loin dans le bonhomme de chemin musical entrepris par les Allemands. Il est résolument loin, le temps du bruit absolu ; mais ici, un chapitre se clot une nouvelle fois en orientant les aspirations musicales du groupe vers une toute autre version des faits. L’emblème de ce changement radical pourrait sans doute être Von wegen, qui se fait doucement approcher et étrangler par un doux silence qui, comme un serpent, s’accouple lentement avec la musique de Neubauten, avant de terminer dans une éruption extrêmement érotique et de se rendormir, éreinté par une étreinte si intense. Alles wieder offen est un disque qui joue, un disque où musique et silence flirtent à maintes reprises, un disque qui réoriente totalement les aspirations musicales de la bande allemande et saura captiver son auditoire avec majesté.



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Clarisse de Saint-Ange